Your ‘green’ investment might not be as sustainable as you think.

Milos Schmidt

Des millions d’investissements « respectueux du climat » accordés aux géants des combustibles fossiles, révèle une enquête

Voici comment les entreprises de combustibles fossiles mettent la main sur des fonds « respectueux du climat ».

Des millions d’euros d’investissements « respectueux du climat » ont été accordés aux principaux émetteurs de carbone, révèle une nouvelle enquête.

Les géants des énergies fossiles BP, Chevron, Eni, Exxon, Repsol, Shell et Total Energies figuraient parmi les bienfaiteurs, selon Voxeurop.

L’enquête a porté sur les fonds verts promus par Eurizon Capital SGR, une société de gestion d’actifs contrôlée par Intesa San Paolo, la plus grande banque italienne.

Eurizon est l’un des nombreux acteurs financiers en Europe qui utilisent des formulations trompeuses et les failles du cadre réglementaire européen pour vendre des produits financiers soi-disant « verts » qui financent en réalité les grands pollueurs.

Les investissements « verts » ne sont pas toujours durables

L’Europe est un leader mondial sur le marché des investissements dits « verts ». Mais comme le révèle l’enquête de Voxeurop, ces investissements ne sont souvent ni durables ni responsables.

En exploitant des réglementations ambiguës et une terminologie obscure, certains d’entre eux financent en réalité des entreprises de combustibles fossiles.

Voxeurop a analysé quatre fonds dits « durables » proposés par Eurizon. La société de gestion d’actifs est l’une des nombreuses institutions financières proposant des produits « verts » en Europe, gérant des actifs de clients d’une valeur de 381 milliards d’euros.

En 2022, Eurizon a acheté des actions des sept sociétés de combustibles fossiles pour une valeur de plus de 208 millions d’euros et les a placées dans des portefeuilles qu’elle a qualifiés d’« investissements durables et responsables ».

Selon les données de l’analyste des marchés financiers Refinitiv, en avril 2023, un total de 8,2 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) de fonds classés verts selon les règles de l’UE ont été accordés aux entreprises d’énergie fossile par Eurizon.

Les majors des combustibles fossiles soutenues par Eurizon sont impliquées dans les 195 mégaprojets pétroliers et gaziers qui seraient à eux seuls capables d’épuiser le budget carbone restant de 1,5°C autorisé par l’Accord de Paris sur le climat.

Comment les entreprises de combustibles fossiles obtiennent-elles des financements verts ?

Repsol et d’autres sociétés d’énergie fossile « ont intérêt à se lancer dans les fonds ‘verts’ car ils recevront ainsi davantage de financements », explique Fabio Moliterni, spécialiste de la société de finance éthique Etica SGR.

En attirant les investisseurs par un langage ambigu, ces fonds faussement durables ont réussi à surperformer leur marché. Ils ont garanti des rendements élevés en suivant des indices totalement dépourvus d’objectifs de durabilité.

« Les règles de la Commission européenne laissent une marge discrétionnaire aux investisseurs dans la détermination de leurs objectifs de développement durable », explique Moliterni. « Cela permet au marché de s’adapter plus facilement avec flexibilité aux changements dans le paysage réglementaire de la gestion d’actifs, et ainsi de permettre une différenciation des produits.

« Mais cela ne semble pas exclure le greenwashing. En fait, de nombreux fonds sont encore capables de poursuivre des stratégies qui ne sont pas alignées sur les objectifs de durabilité de la Commission et qui privilégient plutôt les rendements, avec peu ou pas d’attention à l’impact environnemental et social.»

Alessandro Messina, expert en finance d’impact et développement durable pour la société indépendante de développement durable Avanzi, ajoute que « les gestionnaires de fonds essaient de se conformer autant que possible aux réglementations européennes, mais s’ils ont un produit rentable sur le marché, ils n’en font pas trop. pour imposer les règles.

Le prospectus précontractuel d’Eurizon présentait même les fonds en question comme des « investissements durables et responsables ». Et ce, malgré le fait qu’ils ne respectent pas les critères établis dans le cadre réglementaire de l’UE.

Comment la finance durable est-elle réglementée ?

Le règlement européen sur le reporting développement durable pour le secteur des services financiers, entré en vigueur en 2021, impose des critères de transparence que les conseillers financiers doivent respecter dans les documents précontractuels et sur les investissements verts.

Les investisseurs doivent être orientés vers des investissements qui peuvent être classés par le gestionnaire en deux nuances de « vert » (correspondant dans le règlement aux articles 8 et 9) ou en « gris », c’est-à-dire sans allégations durables (article 6).

Les produits « vert clair » répondent aux critères énumérés à l’article 8 et doivent promouvoir des « caractéristiques environnementales et/ou sociales ». Mais il n’existe pas de définition claire de ces caractéristiques.

Cette lacune permet aux gestionnaires de classer leurs fonds en vert clair selon leurs propres principes ou selon les évaluations des agences de notation – même si les fonds contiennent des entreprises peu respectueuses de l’environnement.

L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) affirme simplement que les fonds vert clair ont une ambition moindre en matière de durabilité que les fonds « vert foncé ». Ces derniers doivent avoir pour objectif un investissement 100 pour cent durable, c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas causer de dommages importants à l’environnement ou qu’ils doivent favoriser la réduction des émissions de carbone.

Fonds vert clair ou vert foncé

La différence entre les deux termes – produits « promouvant des caractéristiques environnementales » (vert clair) et « produits durables » (vert foncé) – peut paraître marginale à un investisseur inexpérimenté. Mais la distinction est claire d’un point de vue réglementaire.

Les fonds vert foncé doivent répondre à des critères beaucoup plus stricts. C’est pourquoi ils sont plus attractifs pour les investisseurs consciencieux, mais moins pour les gestionnaires de fonds qui auraient à supporter des contraintes plus lourdes pour se conformer à la réglementation.

La réglementation européenne repose entièrement sur la transparence. Les gestionnaires peuvent donc choisir la manière de classer les fonds : gris, vert clair ou vert foncé.

Les normes techniques de l’ESMA, adoptées le 1er janvier 2023, ont augmenté la charge de transparence pour les produits « vert foncé » à un point tel qu’elles ont entraîné une migration significative vers la classification « vert clair ».

Ces fonds reclassés ont atteint une valeur de 175 milliards d’euros en 2023, selon une étude du cabinet de conseil et d’analyse financier Morningstar.

Quels sont les critères pour les fonds vert foncé ?

Pour tous les investissements durables vert foncé, les gestionnaires de fonds doivent fournir des mesures, des données, des méthodologies et des informations détaillées sur 14 indicateurs prescrits par la réglementation européenne, appelés « principaux impacts négatifs » (PAI).

Ces indicateurs incluent les émissions de gaz à effet de serre des sociétés du portefeuille (directes, indirectes et totales) et la présence d’entreprises fossiles dans l’investissement.

Néanmoins, les gestionnaires de fonds durables peuvent toujours s’en tirer sans avoir de gros pollueurs dans leurs portefeuilles.

Premièrement, grâce à la flexibilité offerte par l’article 8, les gestionnaires de fonds peuvent définir de manière indépendante les critères selon lesquels ils considèrent qu’un fonds promeut des « caractéristiques environnementales et/ou sociales » (vert clair).

Deuxièmement, en exploitant les ambiguïtés du sens des mots pour l’investisseur imprudent, de nombreux gestionnaires choisissent de commercialiser des fonds qui ne répondent pas aux critères de l’article 9 comme étant « durables et responsables ».

Eurizon a qualifié les fonds consacrés aux énergies fossiles de « vert clair »

Dans son rapport de gestion, Eurizon qualifie ses fonds de « vert clair » alors qu’ils investissent dans des sociétés d’extraction d’énergie fossile.

La section relative aux informations sur la durabilité – où les caractéristiques sociales et environnementales du produit doivent être décrites – est laissée vide, même si ces informations sont requises par les normes de l’ESMA.

Depuis plus de trois ans, Eurizon a qualifié certains fonds de vert foncé, c’est-à-dire entièrement durables et responsables, dans les documents précontractuels mis à disposition des investisseurs. L’entreprise n’a corrigé le langage qu’après que Voxeurop l’ait contactée pour cette enquête.

Non seulement Eurizon admet qu’elle ne prend en considération que six des 14 indicateurs fournis par l’UE pour l’évaluation des investissements durables, mais dans sa publication périodique sur la promotion de la gouvernance environnementale, sociale et d’entreprise (ESG), elle s’est contentée de les mentionner. , plutôt que d’entrer dans le détail des informations requises par la réglementation européenne.

La conformité et l’application font défaut pour les fonds verts

Le règlement européen fournit en effet un tableau détaillé dans lequel les gestionnaires doivent inclure des métriques, des périodes prises en compte pour le calcul, une explication de la méthodologie et des prévisions pour les périodes ultérieures.

Ces critères sont censés identifier et quantifier de manière transparente tout impact environnemental et social négatif de l’investissement proposé.

Ces informations sont indispensables aux investisseurs pour évaluer si le produit est suffisamment durable avant d’y investir leur argent.

« Le gestionnaire peut déclarer ce qu’il veut, mais il doit ensuite documenter quels sont les impacts négatifs selon les mesures », commente Franco Moliterni d’Etica SGR.

Eurizon s’est pourtant limité à fournir les documents mentionnés dans la réglementation mais sans inclure les données.

« Cela me semble être une question de conformité et d’application », déclare Messina. « Vous ne pouvez pas qualifier un investissement de durable s’il relève de l’article 8. Vous pouvez le qualifier d’« Attention aux éléments de durabilité » : c’est la différence que font les réglementations.

« De toute évidence, il y a quelqu’un qui a été trop intelligent ou qui ne sait pas vraiment de quoi il parle. »

Interrogé par Voxeurop en mai 2023 sur cette incohérence, Eurizon a indiqué que la qualification d’investissement durable « sera supprimée à la première opportunité utile de mise à jour de la documentation de l’offre, déjà prévue en juillet prochain ».

Le 4 août 2023, Eurizon a mis à jour son document d’informations clés, en supprimant la mention « fonds durable et responsable », comme promis. Cette mise à jour intervient trois ans et six mois après l’entrée en vigueur du règlement sur la finance verte.

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