Grâce à une collaboration sans précédent entre le Musée de l’Orangerie de Paris et la Fondation Barnes basée à Philadelphie, la vie et l’époque d’Henri Rousseau sont explorées en France. C’est une occasion unique de s’immerger dans l’univers du peintre, souvent qualifié de naïf.
Une cinquantaine d’œuvres d’Henri Rousseau (1844-1910) font l’objet d’une nouvelle exposition approfondie au musée de l’Orangerie à Paris, intitulée Henri Rousseau : L’ambition de la peinture.
Le peintre, surnommé « Le Douanier » en France ou « le douanier » en raison de son travail quotidien de collecteur d’impôts, a souvent été tourné en dérision de son vivant et dont les premiers efforts artistiques ont été considérés par certains comme naïfs car autodidactes.
« Je dois dire que nous avons eu beaucoup de chance, nous avons eu une opportunité incroyable. En travaillant avec deux grandes institutions, une américaine et une française, nous avons pu mettre nos forces en commun, et grâce à cette coopération internationale, nous avons obtenu des prêts fabuleux », déclare Claire Bernardi, directrice du musée de l’Orangerie.
« Les premiers critiques ayant vu ses œuvres au Salon des Indépendants ont évoqué sa naïveté », ajoute Juliette Degennes, co-commissaire de l’exposition. « C’était avant tout un peintre autodidacte, mais il a bénéficié d’une formation, même s’il n’a pas suivi de cours d’art », poursuit-elle.
Inspiration sauvage
Rousseau, qui a commencé à peindre peu avant son cinquantième anniversaire après avoir quitté son emploi à la Douane de Paris, a trouvé son inspiration dans des albums d’illustrations d’animaux sauvages et dans des visites au Jardin des plantes.
Pour se démarquer des autres artistes, Rousseau, qui a toujours voulu vivre de son art, « a diversifié les genres et les techniques pour se faire une place sur la scène artistique parisienne », explique Bernardi.
Son style est particulièrement évident dans ses scènes de jungles luxuriantes peuplées d’animaux sauvages, comme le tableau « Le lion, affamé, se jette sur l’antilope ».
« C’était le plus exotique des peintres exotiques », disait un jour le poète Apollinaire.
« C’est une œuvre qui parle aux enfants parce qu’elle est tellement directe. Je pense qu’aujourd’hui plus que jamais, nous verrons dans ces œuvres leur force et leur modernité », explique Bernardi. « Ça sort du rêve, mais ça sort aussi de quelque chose qui nous touche, j’allais dire, assez directement dans nos rêves, mais aussi dans nos angoisses. »
L’exposition présente également le tableau « The Sleeping Gypsy », prêté par le Museum of Modern Art (Moma) de New York, l’un de ses chefs-d’œuvre mais aussi l’une de ses toiles les plus mystérieuses.
Reconnaissance aux États-Unis
Albert C. Barnes, fervent collectionneur, fut l’un des premiers à s’intéresser à l’œuvre de Rousseau : « Ses tableaux ont le charme des contes de fées pour enfants, mais il n’y a rien d’enfantin ou d’inculte dans l’habileté avec laquelle ils sont exécutés. »
Mais il n’est pas le seul outre-Atlantique à s’intéresser à Rousseau, selon Degennes : « Il y a de très beaux prêts d’institutions américaines, car Rousseau s’est très vite fait remarquer aux Etats-Unis. Tout d’abord son ami peintre Max Weber qui, à son retour aux Etats-Unis dans les années 1910, organise une exposition à la Galerie 291. »
« Les collectionneurs américains n’ont pas tardé à s’intéresser à son œuvre. « La Bohémienne endormie » par exemple a été acquise par le MoMA en 1939. C’est très tôt et une grande exposition monographique lui a été consacrée en 1942. Il y a donc eu une véritable attention précoce portée à Rousseau du côté américain », conclut Degennes.



