Comment Chypre est devenue l'une des plus grandes plaques tournantes du jeu vidéo en Europe

Milos Schmidt

Comment Chypre est devenue l’une des plus grandes plaques tournantes du jeu vidéo en Europe

Une petite île méditerranéenne se classe désormais parmi les 10 premiers marchés de jeux en Europe en termes de revenus – et au troisième rang mondial pour les téléchargements mobiles, derrière la Chine et le Vietnam.

Chypre est devenue une plaque tournante internationale beaucoup plus grande pour le développement et l’édition de jeux vidéo que sa taille ne le suggère, selon le rapport 2025 sur l’industrie du jeu vidéo à Chypre, présenté par l’association des créateurs de jeux de Chypre (CYGMA).

Le rapport décrit un écosystème de plus de 400 entreprises, générant environ 3,2 milliards d’euros de revenus annuels auprès des acteurs du monde entier. Elle représente une contribution significative à l’économie chypriote et une présence internationale exceptionnellement forte, notamment dans le jeu mobile.

L’industrie mondiale du jeu : un marché de 263,7 milliards de dollars

Le marché mondial des jeux vidéo est estimé à 263,7 milliards de dollars (228 milliards d’euros) pour 2025, soit une croissance annuelle d’environ 4 %, selon le rapport.

Les jeux vidéo constituent désormais la plus grande industrie du divertissement au monde. Leurs revenus dépassent ceux de la vidéo à la demande, du cinéma et de la musique enregistrée réunis, note-t-il.

L’industrie chypriote s’est développée en grande partie grâce au jeu mobile, précisément au moment où le smartphone transformait le jeu vidéo en un produit de masse mondial.

Le mobile a dépassé les consoles vers 2015 et, en 2018, il avait déjà dépassé le PC et la console réunis. Dans le même temps, le modèle free-to-play – installation gratuite, avec monétisation intégrée au jeu – est devenu dominant.

Le rapport souligne également la domination croissante des entreprises asiatiques, et en particulier chinoises, dans le secteur des jeux mobiles, le retour de certains développeurs vers les jeux PC haut de gamme et l’accent accru mis sur la rentabilité suite aux licenciements et à la surexpansion observés pendant la période pandémique.

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La dimension européenne

Le rapport ne donne pas un seul chiffre sur la valeur totale du marché européen du jeu vidéo en 2025, comparable aux 263,7 milliards de dollars qu’il donne pour le marché mondial.

Il offre cependant des données détaillées sur l’écosystème de production européen et sur la place de Chypre au sein de celui-ci.

L’industrie européenne compte environ 6 000 studios et éditeurs, tandis que Chypre compte à elle seule environ 415 sociétés de jeux confirmées.

En termes de nombre d’entreprises, Chypre représente environ 7 % du total européen utilisé comme référence dans le rapport – une part exceptionnellement élevée pour un pays d’environ 1 million d’habitants.

La croissance a été tout aussi frappante. Entre 2019 et 2024, le nombre de sociétés de jeux chypriotes est passé de 169 à 393, soit une augmentation de 133 %, ce qui équivaut à une croissance annuelle moyenne d’environ 18 %.

CYGMA classe également Chypre parmi les 10 plus grands pays européens de l’industrie du jeu vidéo en termes de revenus. C’est peut-être l’élément le plus significatif de la position européenne du pays : il ne s’agit pas simplement d’une performance par habitant élevée, mais également d’une place substantielle dans le top 10 européen en termes absolus.

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Le « paradoxe » chypriote : un million d’habitants, 3,2 milliards d’euros de revenus

L’argument central du rapport est que Chypre ne doit plus être considérée comme une destination « émergente » pour le développement de jeux vidéo, mais comme une plaque tournante internationale déjà établie.

En 2025, environ 415 sociétés de jeux vidéo sont basées à Chypre, avec un chiffre d’affaires total de plus de 3,2 milliards d’euros. La base de données de CYGMA comprend 431 entreprises au total, dont 415 ont été recoupées avec le Registre des sociétés.

Surtout, ces 3,2 milliards d’euros ne reflètent pas principalement la consommation de jeux vidéo des joueurs chypriotes.

Bien au contraire : presque aucune production de l’industrie ne dépend du marché intérieur. Le secteur est par nature orienté vers l’exportation – le rapport décrit les jeux comme étant exportables à environ 99 % – et la petite taille du marché intérieur ne pourrait jamais soutenir une industrie de cette envergure.

Chypre sert donc de base pour la création, le développement, la publication, la gestion et la monétisation de produits numériques vendus à un public mondial.

Le rapport estime le revenu par habitant à environ 3 200 euros, contre 509 euros en Finlande, 51 euros en Espagne et 32 ​​euros en Serbie. En termes de sociétés de jeux par million d’habitants, Chypre atteint 415, contre 48 en Finlande, 17 en Espagne et 15 en Serbie.

Jeux mobiles : la principale force de Chypre

Le pilier le plus important est la mobilité. En 2025, les sociétés chypriotes ont lancé 571 nouveaux jeux mobiles, qui ont généré 615 millions de téléchargements, tandis que les revenus totaux du secteur des jeux mobiles sont estimés à environ 1,8 milliard d’euros.

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Chypre se classe au troisième rang mondial pour les téléchargements de jeux mobiles, derrière la Chine et le Vietnam, et au 11e rang mondial pour les revenus d’achats intégrés aux applications mobiles.

En termes de téléchargements, il devance les États-Unis, la France, Israël, la Turquie, Singapour, l’Inde, la Corée du Sud et le Japon.

PC et consoles : Le deuxième pilier

L’industrie chypriote ne se limite pas au mobile. Les jeux pour PC et consoles génèrent environ 1,4 milliard d’euros par an.

En 2025, 36 nouveaux jeux PC et consoles sont sortis, avec environ 1,5 million d’exemplaires vendus. Sur le total de 1,4 milliard d’euros, environ 200 millions d’euros peuvent être suivis via Steam.

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Pourquoi Chypre ?

Le rapport attribue la croissance de l’industrie du jeu vidéo à Chypre à la fois à l’essor mondial du jeu mobile et aux avantages spécifiques au pays.

La croissance rapide des jeux mobiles a créé des milliers de nouvelles entreprises dans le monde, et Chypre a réussi à en attirer un grand nombre, en grande partie grâce à l’IP Box, un régime fiscal offrant une imposition plus faible sur les bénéfices dérivés de la propriété intellectuelle tels que les logiciels, le code et d’autres composants d’un jeu vidéo.

Dans le cadre du système fiscal décrit dans le rapport, à partir du 1er janvier 2026, les bénéfices éligibles à l’IP Box pourront être imposés à un taux effectif d’environ 3 %, puisque seuls 20 % des bénéfices concernés sont imposables.

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Les entreprises peuvent également bénéficier de déductions fiscales plus importantes pour les dépenses de recherche et de développement, telles que la création de nouveaux logiciels, technologies et jeux, ainsi que d’incitations fiscales pour les cadres qui s’installent à Chypre depuis l’étranger.

Au-delà des incitations fiscales, Chypre offre d’autres avantages : l’adhésion à l’UE, un système juridique largement basé sur le droit anglais, des accords fiscaux avec de nombreux pays et une situation stratégique entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie.

Le rapport souligne cependant une faiblesse. Contrairement à des pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, Chypre ne dispose pas encore d’un système bien développé de subventions publiques spécifiquement destinées à l’industrie des jeux vidéo. Même si le pays reste compétitif en termes de fiscalité et de création d’entreprises, il est encore possible d’offrir un soutien financier plus direct aux sociétés et aux créateurs de jeux.

Le plus grand défi : le capital humain

Le plus grand obstacle à la prochaine phase de croissance n’est peut-être ni la fiscalité ni le financement, mais le vivier de talents.

Chypre compte 13 universités et près de 58 000 étudiants, mais relativement peu étudient les disciplines directement liées à la création de jeux vidéo.

Selon le rapport, environ 290 à 385 personnes devraient obtenir leur diplôme en 2026 dans des programmes d’études utilisables dans l’industrie du jeu, tels que la programmation et le design.

Cependant, seuls 3 à 6 diplômés devraient provenir de programmes d’études spécifiquement axés sur les jeux vidéo.

Le secteur pourrait, selon les estimations du rapport, absorber environ 100 à 300 nouveaux employés par an, ce qui laisserait un écart considérable entre les besoins des entreprises et le nombre de personnes convenablement formées disponibles à Chypre.