Farmers hold up a flag with writing in German reading

Milos Schmidt

Combien les protestations des agriculteurs pourraient-elles coûter à l’économie européenne ?

L’Observatoire de l’Europe examine de plus près les manifestations agricoles qui ont lieu en Allemagne, en France, en Roumanie, aux Pays-Bas et en Belgique – et explore combien cela pourrait coûter à l’Europe.

Afin de replacer dans leur contexte les manifestations qui ont actuellement lieu à travers l’Europe, il est important de comprendre où tout a commencé.

L’histoire des manifestations actuelles remonte au Green Deal (2019), qui impliquait des modifications importantes pour atteindre la neutralité climatique. L’objectif de l’accord était de décarboner et de numériser l’économie européenne. Il suggère de sérieuses modifications des politiques dans le but d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Cependant, les décideurs politiques n’ont pas pris en compte ce qu’on appelle une réflexion de second ordre, c’est-à-dire son impact sur les agriculteurs. Les troubles actuels ont convergé avec un ralentissement de toutes les grandes économies européennes, créant les bases d’une méga-crise.

Parmi les nombreuses stratégies proposées, la stratégie De la ferme à la table a introduit deux objectifs clés liés au secteur agricole européen :

  • Réduire de 50 % l’utilisation de pesticides et d’engrais
  • Rendre 25% de l’agriculture biologique d’ici 2030

En raison de la menace existentielle causée par la dégradation de l’environnement, le Green Deal européen vise toujours à assurer la durabilité de la biodiversité et des écosystèmes.

DEVELOPPEMENTS récents

En novembre de l’année dernière, les politiciens européens ont rejeté le projet de loi sur « l’utilisation durable des pesticides », qui était l’une des principales clauses de la stratégie de la ferme à la table. Même si le projet de loi visait à promouvoir le système agricole biologique, il n’a pas vu le jour.

La réaction négative est venue non seulement des agriculteurs mais aussi des politiciens de droite qui estimaient que le projet de loi pourrait avoir un impact négatif sur les rendements des cultures, perturbant ainsi la production alimentaire. Le principal groupe agricole de l’UE, le COPA-COGECA, a critiqué le projet de loi.

« N’oublions pas que cette proposition était dès le départ idéologique, sans lien avec les réalités de l’agriculture, proposant des transitions irréalistes sans les financements nécessaires », a déclaré le groupe. « N’oublions pas que toute cette polarisation aurait pu être évitée et des solutions trouvées sans l’obstination idéologique de quelques décideurs », a déclaré le groupe.

La situation présente

Dans de nombreuses régions d’Europe, les protestations se sont transformées en barrages routiers, reflétant la colère suscitée par la hausse des prix, les bas salaires et les réglementations environnementales de l’UE. La concurrence dans l’industrie alimentaire locale aggrave encore la situation, laissant peu d’espoir aux agriculteurs.

Selon un reportage de CNBC, les pancartes affichées lors de la manifestation disaient : « Lorsque les agriculteurs sont ruinés, la nourriture doit être importée ». Un autre panneau disait : « Pas d’agriculteur, pas de nourriture, pas d’avenir ».

Un agriculteur pose pour une photo lors d'une manifestation à Berlin, en Allemagne, le lundi 15 janvier 2024.
Un agriculteur pose pour une photo lors d’une manifestation à Berlin, en Allemagne, le lundi 15 janvier 2024.

Le sort des agriculteurs n’est pas seulement lié aux mesures politiques spécifiques de l’État, mais constitue également une tentative de défier les réglementations environnementales de l’UE et la vision de la durabilité liée aux temps à venir.

Les agriculteurs allemands protestent contre le projet du gouvernement de réduire les subventions au diesel ; les agriculteurs en France protestent contre la réglementation excessive de leurs activités agricoles ; les agriculteurs des Pays-Bas protestent contre les plans environnementaux du gouvernement, visant à réduire le cheptel afin de réduire les émissions.

Impact des manifestations sur l’économie européenne

Cette agitation est susceptible non seulement de perturber le système agricole de la région, mais également de perturber le secteur des transports chargé de la livraison de diverses marchandises, interrompant ainsi la chaîne d’approvisionnement globale et affectant l’économie régionale dans son ensemble.

Un policier passe devant un agriculteur devant le marché international de Rungis, qui approvisionne la capitale et ses environs en une grande partie de ses produits frais, mercredi 31 janvier.
Un policier passe devant un agriculteur devant le marché international de Rungis, qui approvisionne la capitale et ses environs en une grande partie de ses produits frais, mercredi 31 janvier.

Les manifestations agressives, les affrontements avec la police, les fermetures à l’échelle nationale, les embouteillages sur les routes et les protestations de masse auront également de graves répercussions sur le secteur commercial et manufacturier.

De plus, les agriculteurs ciblent désormais les zones portuaires dans le but de perturber les infrastructures logistiques, impactant ainsi les activités portuaires. Récemment, lors d’une des manifestations en Belgique, le port de Zeebrugge a été bloqué par des agriculteurs pendant 36 heures dans le cadre des manifestations européennes plus larges.

Au cours de l’été et de l’automne de l’année dernière, l’Europe a dû faire face à d’importants dégâts causés aux forêts et aux cultures par des inondations et des incendies de forêt. En conséquence, de nombreux agriculteurs ont perdu leur bétail et leurs récoltes et ont subi de graves pertes financières.

Avant que l’Europe n’ait eu la chance de se remettre des répercussions économiques, les actions des agriculteurs ont encore aggravé les problèmes en alourdissant l’infrastructure économique de chaque pays et en minimisant la possibilité de reprise de l’infrastructure agricole.

Les manifestations sont susceptibles non seulement de provoquer le déclin du paysage économique national, mais également d’avoir un impact sur l’économie au niveau européen. Comme le dit la BCE : « L’économie de la zone euro continuera d’être faible à court terme mais elle devrait reprendre de la vigueur plus tard cette année. »

La voie à suivre

Afin de combler le fossé, l’UE doit parvenir à un accord garantissant des prix équitables aux agriculteurs afin que la transition vers une économie verte se fasse en douceur et en douceur.

Compte tenu de la concurrence internationale, les agriculteurs doivent bénéficier d’une sécurité de revenu équitable afin qu’eux aussi puissent bénéficier de la vision du Green Deal de l’UE.

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