C’est pourquoi les ambitions nucléaires du Kazakhstan devraient être importantes pour l’Occident

Jean Delaunay

C’est pourquoi les ambitions nucléaires du Kazakhstan devraient être importantes pour l’Occident

Actuellement, le Kazakhstan dépend fortement des combustibles fossiles, ce qui rend son secteur énergétique vulnérable aux fluctuations du marché et aux changements géopolitiques, écrit Emil Avdaliani.

Le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev a récemment annoncé que le pays organiserait un référendum pour décider de la construction ou non de sa première centrale nucléaire.

Alors que les discussions sur les solutions énergétiques durables prennent de l’ampleur à l’échelle mondiale, les délibérations du Kazakhstan sur l’énergie nucléaire ne pourraient pas avoir lieu à un moment plus crucial.

Le projet proposé se situe à l’intersection d’une multitude de considérations qui trouvent un écho bien au-delà des frontières de ce pays d’Asie centrale.

De la sécurité énergétique et de la croissance économique à la gestion de l’environnement et à l’influence géopolitique, les implications sont vastes.

Remédier à la pénurie intérieure et remodeler le portefeuille énergétique

Le désir du Kazakhstan de s’orienter vers l’énergie nucléaire est principalement motivé par son besoin de sécurité énergétique.

En tant que premier producteur mondial d’uranium, le pays dispose d’une mine d’or énergétique. Le développement d’une centrale nucléaire ne représenterait pas simplement une entreprise économique mais pourrait servir de police d’assurance contre les incertitudes énergétiques futures.

Le Kazakhstan est particulièrement confronté à une pénurie d’électricité dans le sud du pays, et une installation nucléaire pourrait contribuer à son réseau à hauteur de 2 800 MW.

Actuellement, le Kazakhstan dépend fortement des combustibles fossiles, ce qui rend son secteur énergétique vulnérable aux fluctuations du marché et aux changements géopolitiques.

HANDOUT/AFP ou concédants de licence
Gardes d’honneur kazakhes portant la constitution nationale avant l’investiture du président élu Kassym-Jomart Tokayev lors d’une cérémonie à Astana, novembre 2022

Il ne s’agit pas seulement de répondre à la demande énergétique domestique ; il s’agit de remodeler l’ensemble du portefeuille énergétique du pays.

Actuellement, le Kazakhstan dépend fortement des combustibles fossiles, ce qui rend son secteur énergétique vulnérable aux fluctuations du marché et aux changements géopolitiques.

En ajoutant l’énergie nucléaire à son offre, le pays ne se contenterait pas de diversifier ses sources d’énergie, il renforcerait également sa souveraineté nationale et sa position sur la scène mondiale.

Des ambitions neutres en carbone

Les avantages économiques d’une centrale nucléaire constituent un autre élément important de l’histoire.

Au-delà des avantages évidents de la création d’emplois dans un secteur spécialisé – le Kazakhstan emploie déjà près de 18 000 personnes dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire – la centrale produirait une production d’énergie élevée avec un apport relativement faible.

En outre, dans un monde de plus en plus préoccupé par le changement climatique, le Kazakhstan a déjà souligné l’importance de s’orienter vers une économie plus verte.

Le projet constituerait non seulement un pas significatif vers l’atteinte de l’objectif ambitieux du Kazakhstan de devenir un pays neutre en carbone d’ici 2060, mais constituerait également une contribution concrète aux objectifs mondiaux de durabilité.

Pavel Golovkine/AP
Des gens prennent une douche ouverte près d’une rivière dans la ville de Baïkonour, au Kazakhstan, en juillet 2015.

Tokaïev a souligné cette nécessité dans son récent discours. L’énergie nucléaire, avec ses émissions minimes de gaz à effet de serre, s’inscrit parfaitement dans cette vision.

Le projet constituerait non seulement un pas significatif vers l’atteinte de l’objectif ambitieux du Kazakhstan de devenir un pays neutre en carbone d’ici 2060, mais constituerait également une contribution concrète aux objectifs mondiaux de durabilité.

Mais les répercussions ne s’arrêtent pas aux facteurs économiques ou environnementaux ; ils se répercutent également sur le domaine de la géopolitique.

Un programme nucléaire réussi affecte également la géopolitique

Un programme nucléaire réussi a le potentiel d’aider le Kazakhstan à passer du statut de consommateur à celui de fournisseur d’énergie eurasien, amplifiant ainsi son influence géopolitique.

Cela est particulièrement pertinent compte tenu de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou et de l’objectif de l’Union européenne de réduire la dépendance du bloc à l’égard des sources d’énergie russes.

Par conséquent, la question de l’énergie nucléaire du Kazakhstan est plus qu’une question d’exportations d’énergie, mais plutôt une question de stabilité régionale et de partenariats stratégiques.

L’Europe et les États-Unis pourraient considérer les délibérations du Kazakhstan sur l’énergie nucléaire comme un alignement sur des objectifs plus larges de sécurité énergétique, d’atténuation du changement climatique et de stabilité régionale.

AP/Bureau de presse du président du Kazakhstan
Le président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokayev, à droite, et le président du Conseil européen Charles Michel posent pour une photo avant leurs entretiens à Astana, en octobre 2022.

En ce sens, l’Europe et les États-Unis pourraient considérer les délibérations du Kazakhstan sur l’énergie nucléaire comme un alignement sur des objectifs plus larges de sécurité énergétique, d’atténuation du changement climatique et de stabilité régionale.

Alors que l’UE reconnaît l’énergie nucléaire comme une industrie essentielle pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, les efforts du Kazakhstan pourraient trouver des partenaires favorables en Occident.

Les partenariats pourraient être particulièrement bénéfiques pour les entreprises spécialisées dans la technologie nucléaire, les protocoles de sécurité et les services associés, resserrant ainsi les liens économiques entre le Kazakhstan et les pays occidentaux.

Cependant, tous les pays de l’UE ne soutiennent pas l’énergie nucléaire. Par exemple, même si la France le soutient pleinement, l’Allemagne reste opposée.

Une histoire d’être le site d’essais nucléaires de quelqu’un d’autre

Naturellement, des questions se posent quant à savoir si le Kazakhstan sera en mesure d’assurer la sûreté et la sécurité si sa population vote en faveur de la construction d’une centrale nucléaire.

Cette préoccupation revêt une importance particulière pour les Kazakhs ordinaires, étant donné que le territoire du pays a été utilisé pour des essais d’armes nucléaires pendant l’ère soviétique.

Ces essais ont causé des dommages sanitaires et environnementaux autour du site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, fermé en 1991 lorsque le pays a accédé à l’indépendance.

Naturellement, certains segments de la population kazakhe restent inquiets à l’idée de développer des installations nucléaires.

VYACHESLAV OSELEDKO/AFP
Bâtiments et décombres vus sur le site d’essais nucléaires de Shagan, à 800 km d’Astana, août 2011

Naturellement, certains segments de la population kazakhe restent inquiets à l’idée de développer des installations nucléaires.

Cependant, le Kazakhstan a démontré qu’il pouvait assurer la sécurité. Le pays héberge déjà la Banque d’uranium faiblement enrichi de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ce qui indique qu’il existe un réservoir de confiance internationale.

Le pays va encore plus loin en cherchant à obtenir un siège au conseil d’administration de l’AIEA, une démarche qui renforcera son implication dans l’élaboration et le respect des protocoles mondiaux de sécurité nucléaire.

Un référendum pour laisser le peuple décider ?

La décision du Kazakhstan d’organiser un référendum national sur la question des centrales nucléaires ajoute une dimension intrigante, d’autant plus que les référendums sont relativement rares en Asie centrale – bien que le Kazakhstan en ait organisé un l’année dernière sur les amendements constitutionnels à la suite des troubles de masse de janvier.

Tokaïev a été réélu l’année dernière et sera au pouvoir pendant sept ans jusqu’en 2029, ce qui suggère que la politique du pays en matière d’énergie nucléaire restera probablement cohérente dans un avenir prévisible.

À long terme, l’organisation d’un référendum pourrait également créer un précédent régional lorsqu’il s’agira de décisions majeures d’importance nationale.

Olivier Douliery/AP
La garde d’honneur du Kazakhstan attend que le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev accueille le secrétaire d’État américain Antony Blinken à Astana, en février 2023.

Le raisonnement du gouvernement est que le vote permettra aux citoyens d’exprimer leur point de vue sur l’énergie nucléaire, renforçant ainsi la transparence.

L’idée est que les projets qui bénéficient du soutien public réussissent généralement mieux dans leur mise en œuvre, apportant ainsi un capital social et politique à l’initiative.

À long terme, l’organisation d’un référendum pourrait également créer un précédent régional lorsqu’il s’agira de décisions majeures d’importance nationale.

Le Kazakhstan espère que cela non seulement rehaussera la position régionale du pays, mais facilitera également les partenariats avec des pays qui privilégient des modèles de gouvernance similaires.

La modification de la dynamique du pouvoir pourrait faire d’Astana un acteur mondial plus important

En fin de compte, le débat et le référendum imminent sur la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan ne sont pas de simples questions locales ou nationales.

Ce sont des sujets de discussion mondiaux intégrés dans un ensemble complexe de considérations économiques, environnementales, technologiques et géopolitiques.

Alors que le Kazakhstan réfléchit à son avenir énergétique, le monde ferait bien d’y prêter attention. Ce n’est pas seulement le paysage énergétique du Kazakhstan qui est en jeu : c’est une pièce du puzzle mondial de la durabilité.

Un programme nucléaire réussi améliorerait certainement la position géopolitique du Kazakhstan. En devenant un fournisseur d’énergie régional, voire mondial, le Kazakhstan pourrait exercer davantage d’influence en Asie centrale et au-delà.

Cela pourrait modifier la dynamique du pouvoir, en particulier avec la Russie et la Chine voisines, et faire du Kazakhstan un acteur plus important dans la géopolitique énergétique.

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