Eurovues. Pourquoi Israël devrait rester dans le programme de recherche de l'UE au-delà de 2027

Jean Delaunay

Eurovues. Pourquoi Israël devrait rester dans le programme de recherche de l’UE au-delà de 2027

Israël doit rester pleinement intégré dans l’Espace européen de la recherche de 2028 à 2034, affirme Carsten Ovens dans un éditorial d’L’Observatoire de l’Europe, le qualifiant de vital pour les intérêts de l’Europe et d’investissement dans l’avenir du continent.

Presque aucun programme n’incarne aussi clairement l’ambition de l’Europe d’être un continent de la connaissance qu’Horizon Europe. Environ 95 milliards d’euros ont été réservés par l’UE entre 2021 et 2027 pour rassembler les plus grands esprits, universités et entreprises technologiques. Le principe directeur est que l’excellence scientifique et le potentiel d’innovation déterminent qui recevra un financement, et non la nationalité ou le climat politique.

Cette promesse est constamment critiquée depuis plus d’un an.

En juillet 2025, la Commission européenne a proposé d’exclure les start-ups israéliennes de l’accélérateur du Conseil européen de l’innovation (EIC), la partie du programme qui soutient les entreprises dotées de technologies de rupture telles que l’IA, la cybersécurité et la technologie des drones. La participation des universités et des chercheurs israéliens à d’autres projets Horizon devait initialement rester intacte. Politiquement, cependant, cette décision aurait créé un précédent : jamais auparavant l’UE n’aurait exclu un partenaire très performant d’un instrument central d’innovation à cause de son gouvernement.

Jamais auparavant l’UE n’aurait exclu un partenaire très performant d’un instrument central d’innovation à cause de son gouvernement.


La Commission européenne suspend l’exclusion des start-up israéliennes

À ce jour, la proposition n’a pas obtenu une majorité qualifiée au Conseil. L’Allemagne et l’Italie ont réclamé une révision plus approfondie, tandis que plusieurs États d’Europe centrale et orientale l’ont catégoriquement rejetée.

La France, les Pays-Bas et l’Espagne, en revanche, faisaient partie des gouvernements qui estimaient que la proposition n’allait pas assez loin au vu de la situation à Gaza. L’Espagne et l’Irlande avaient déjà exigé une révision de l’accord d’association UE-Israël en 2024 et avaient ensuite appelé à la suspension de tous les programmes communs à l’été 2025.

La proposition a depuis été mise sur la glace, mais elle est loin d’être abandonnée. Elle réapparaît à chaque nouvelle escalade à Gaza. Et cela face à une Union européenne qui négocie actuellement son prochain programme-cadre de recherche : à partir de 2028, la 10e période de financement (FP10) doit façonner la politique européenne d’innovation jusqu’en 2034. Ces négociations portent également sur les conditions générales dans lesquelles les pays tiers pourront participer à l’avenir. Cette question devient d’autant plus urgente dans le contexte du conflit politique autour d’Israël.

Mais les sanctions contre les scientifiques et les universités israéliennes ne protègent personne, où que ce soit, du terrorisme islamiste, et n’améliorent pas non plus la qualité de vie de quiconque.


La critique du gouvernement israélien est légitime. La situation humanitaire dans les régions en conflit au Moyen-Orient devrait également être une préoccupation de la politique européenne. Mais les sanctions contre les scientifiques et les universités israéliennes ne protègent personne, où que ce soit, du terrorisme islamiste, et n’améliorent pas non plus la qualité de vie de quiconque. Mais les dégâts causés à la science deviendraient très vite concrets et mesurables, surtout en Europe.

Exclure Israël nuirait à la force d’innovation de l’Europe

Au sein d’Horizon Europe, les partenaires israéliens ne sont pas des bénéficiaires isolés d’argent mais font partie de consortiums multinationaux dans lesquels des universités, des centres de recherche et des entreprises européens mènent des recherches et des développements communs. Entre 2021 et 2024, les universités, instituts et entreprises israéliens ont levé plus d’un milliard d’euros auprès d’Horizon Europe, tandis qu’Israël lui-même a contribué à hauteur d’environ 1,7 milliard d’euros.

Le pays est donc un contributeur net et non un bénéficiaire net.

Si un partenaire israélien était exclu, cela ne signifierait pas simplement une ligne de moins dans le tableau de financement de Bruxelles. Les consortiums perdraient leur expertise technique, leur propriété intellectuelle, leurs installations de test, leurs données cliniques ou leur accès à l’un des écosystèmes de start-up les plus dynamiques au monde. Les projets devraient être reconstitués, les lots de travaux redistribués ou carrément abandonnés.

Les instituts de Hambourg, Paris, Barcelone, Louvain ou Varsovie devraient assumer les coûts. Tout gouvernement européen qui appelle à l’exclusion d’Israël nuit directement à ses propres universités.

Tout gouvernement européen qui appelle à l’exclusion d’Israël nuit directement à ses propres universités.


Le secteur des affaires européen, qui dépend fortement de l’innovation israélienne, en souffrirait également.

Dans le cas de l’Accélérateur EIC, Israël était le troisième bénéficiaire en 2024 après l’Allemagne et la France. Rien que cette année-là, plus de 100 millions d’euros ont été versés à des start-ups israéliennes de technologie profonde. Cette jeune nation investit elle-même plus de six pour cent de son produit intérieur brut dans la recherche et le développement, soit plus de trois fois la moyenne de l’UE. Environ 450 entreprises internationales, dont Renault, SAP et Telefónica, disposent ainsi de centres de recherche dans le pays.

L’Europe doit maintenant fixer le cap

Les équipes européennes et israéliennes travaillent ensemble sur les thérapies personnalisées contre le cancer, l’agriculture économe en eau, la robotique, les technologies quantiques et les infrastructures numériques résilientes. Au Technion, à l’Institut Weizmann et à l’Université hébraïque, ces collaborations produisent non seulement des publications académiques mais aussi des brevets, des spin-offs et des applications commercialisables, précisément la traduction de la science en innovation que l’Europe a si souvent du mal à réaliser. C’est là qu’Israël est particulièrement fort. Exclure ce pays ne remédierait pas à la faiblesse structurelle de l’Europe, cela ne ferait qu’empirer la situation.

Une décision clé nous attend. Le 10e PC façonnera la politique européenne de recherche et d’innovation jusqu’en 2034. Si l’Europe veut rattraper les États-Unis et la Chine dans les domaines de l’IA, de la biotechnologie et de la technologie quantique, la pleine participation d’Israël doit être assurée dès le début, au lieu de devenir une monnaie d’échange à chaque fois que les tensions éclatent à nouveau au Moyen-Orient.

Les gouvernements de Dublin, Paris et Madrid ne devraient donc pas seulement se demander quels avantages ils pourraient tirer, sur le plan intérieur, de l’exclusion d’Israël. Ils doivent également expliquer à leurs propres universités et entreprises quel prix scientifique et économique leur pays devrait payer. Le 10e PC doit rester un programme fondé sur l’excellence et non un instrument de majorités politiques changeantes.

Israël doit continuer à faire partie intégrante de l’espace européen de la recherche de 2028 à 2034, dans notre propre intérêt et en tant qu’investissement dans l’avenir de l’Europe.