Le ministre français de la Justice refuse de démissionner après le tollé suscité par le meurtre d'une jeune fille

Jean Delaunay

Le ministre français de la Justice refuse de démissionner après le tollé suscité par le meurtre d’une jeune fille

Gérald Darmanin ne démissionnera pas, mais il a présenté ses excuses pour la manière dont a été traité le principal suspect du meurtre d’une fillette de 11 ans et a demandé aux procureurs français de réexaminer les 70 000 plaintes judiciaires en cours d’examen pour des crimes présumés contre des enfants.

Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a exclu de démissionner face à l’indignation croissante suscitée par les défaillances judiciaires liées au meurtre d’une fillette de 11 ans.

Le corps de Lyhanna a été retrouvé la semaine dernière dans le sud-ouest de la France, quelques jours après sa disparition près de la ville de Fleurance le 29 mai. L’affaire a suscité la colère à l’échelle nationale après qu’il est apparu que le principal suspect avait déjà fait l’objet de multiples allégations impliquant des mineurs.

S’exprimant lundi, Darmanin a insisté sur le fait que sa position n’était pas remise en question tant qu’il continuait à assumer ses responsabilités.

« La question de mon maintien (au gouvernement) ne se poserait que si je n’assumais pas mes responsabilités », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. « Le cas Lyhanna est-il un échec ponctuel ? Ou est-ce que, de manière plus systémique, il y a beaucoup plus de cas comme celui-ci ? Je dirai toute la vérité sans rien cacher aux Français. »

Excuses et examen à l’échelle nationale

Le ministre avait déjà présenté ses excuses vendredi, qualifiant le traitement des accusations antérieures contre le suspect d’« énorme échec ».

Le principal suspect, Jérome B, âgé de 41 ans, père d’un camarade d’école de la victime, avait déjà été formellement accusé à deux reprises de viol sur une enfant. Une plainte déposée en août de l’année dernière a conduit à une enquête qui est restée au point mort, la police ne l’ayant toujours pas interrogé neuf mois plus tard lorsque Lyhanna a disparu.

En réponse, Darmanin a demandé aux procureurs de tout le pays de réexaminer environ 70 000 affaires en suspens impliquant des crimes présumés contre des enfants, alimentant les inquiétudes selon lesquelles les échecs pourraient s’étendre au-delà d’une seule affaire.

« Est-ce un échec ponctuel ou est-ce plus systémique ? dit-il. « Je dirai toute la vérité sans rien cacher aux Français. »

Un système judiciaire sous pression

Cette affaire a intensifié la surveillance du système judiciaire français, qui a longtemps été critiqué pour ses retards et ses ressources limitées.

Dans une lettre adressée au ministre, Ludovic Friat, président d’un syndicat de magistrats, a averti que les procureurs étaient surchargés, soulignant que la France comptait nettement moins de procureurs que la moyenne européenne.

Les chiffres de la commission indépendante CIIVISE indiquent que seulement 7 % environ des plaintes liées à des agressions sexuelles sur mineurs aboutissent à une condamnation, ce qui soulève de nouvelles inquiétudes quant aux lacunes du système.

La pression politique monte

Cet assassinat a également pris un poids politique à l’approche de la prochaine élection présidentielle française.

Le président Emmanuel Macron a reconnu des manquements « évidents », qualifiant la situation d’« inacceptable ».

Des personnalités de l’opposition se sont emparées de l’affaire pour critiquer le gouvernement. Jordan Bardella, chef du Rassemblement national d’extrême droite, a déclaré que la tragédie « aurait pu être évitée » et a appelé à la responsabilisation, tandis que les politiciens de tous bords ont souligné des problèmes structurels plus profonds.

Chagrin et colère à Fleurance

Des centaines d’habitants se sont rassemblés à Fleurance ce week-end pour une marche silencieuse à la mémoire de Lyhanna, reflétant à la fois leur chagrin et leur frustration croissante.

L’affaire est devenue un symbole brutal de ce que beaucoup considèrent comme des échecs institutionnels dans la protection des enfants, Darmanin étant désormais sous pression pour apporter des réponses et des réformes, tout en affirmant qu’il restera en poste pour superviser ce processus.