Les députés de gauche poussent la Commission européenne à financer les avortements transfrontaliers

Jean Delaunay

Les députés de gauche poussent la Commission européenne à financer les avortements transfrontaliers

Signée par 105 députés européens, la lettre adressée à Ursula von der Leyen appelle à un fonds européen pour garantir un accès efficace aux soins de santé reproductive, une initiative demandée par un million de citoyens européens.

Cent cinq députés européens ont envoyé mercredi une lettre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, demandant un parcours financé par l’Europe garantissant un accès réel et effectif à l’avortement.

La lettre vise à faire pression sur la Commission, la veille de la décision sur l’initiative citoyenne européenne « Ma voix, mon choix », qui a recueilli 1 124 513 signatures dans les 27 pays et a demandé d’améliorer l’accès à l’avortement sécurisé en Europe.

Cette initiative appelle à établir un soutien financier pour effectuer des interruptions de grossesse en toute sécurité pour les femmes à l’étranger, affirmant que le manque d’accès à l’avortement dans certains États membres de l’UE expose les femmes à des risques de préjudices physiques et de stress mental et les conduit à recourir à des avortements à risque.

Les institutions européennes sont tenues d’évaluer toute initiative qui obtient le soutien d’au moins 1 million de personnes dans au moins sept pays de l’UE.

La Commission européenne dispose d’un délai pour soit énoncer des mesures législatives, soit justifier son refus, et sa réponse est attendue jeudi.

Le Parlement européen a l’obligation de discuter de cette initiative, et il l’a fait également l’année dernière, ce qui a conduit à une résolution non contraignante approuvée en décembre dernier, qui appelle à un fonds européen pour aider les femmes qui n’ont pas accès à un avortement sûr et légal dans leur pays.

Le texte du Parlement envisage un mécanisme de solidarité permettant aux États de l’UE d’accorder l’accès à l’interruption de grossesse à toute femme qui en est légalement empêchée dans son pays d’origine.

Aujourd’hui, certains députés européens qui ont soutenu la résolution souhaitent que la Commission agisse. La lettre a été signée principalement par des législateurs des groupes Socialistes et Démocrates (S&D), Verts/ALE et La Gauche, avec quelques membres de Renew Europe et d’un Parti populaire européen qui se sont joints à l’appel.

« Nous voulons que la Commission mette en place un mécanisme financier permettant aux femmes de bénéficier du même traitement, quel que soit leur pays d’origine », a déclaré à L’Observatoire de l’Europe l’eurodéputé S&D slovène Matjaž Nemec, qui a promu la lettre.

Son bureau estime qu’un montant compris entre trois et sept millions d’euros par an serait suffisant pour créer ce fonds, qui couvrirait essentiellement les coûts des systèmes médicaux des pays de l’UE pour pratiquer l’avortement des femmes européennes vivant dans d’autres pays.

« Les inégalités entre les États membres continuent de créer des différences injustes et d’exposer les individus à des conditions dangereuses et discriminatoires », peut-on lire dans la lettre. Les députés signataires se disent également « prêts à examiner d’autres voies politiques et juridiques » si la Commission ne répond pas aux attentes des partisans de l’initiative.

D’autres députés ne sont pas d’accord avec cette poussée. Le parti d’extrême droite espagnol Vox a également envoyé une lettre à von der Leyen et à la commissaire européenne à l’égalité Hadja Lahbib, leur demandant de s’abstenir de « financer les avortements transfrontaliers avec de l’argent public » et qualifiant l’initiative citoyenne européenne d’« influencée politiquement ».

Selon l’Atlas européen des politiques d’avortement 2025, plusieurs pays de l’UE ont pris des mesures pour garantir le droit à un avortement sécurisé, tandis que d’autres ont enregistré de nouvelles restrictions, un harcèlement accru des prestataires d’avortement et une diffusion de désinformation sur le sujet.

Laisser un commentaire

un × un =