Se débarrasser des PFAS : l’Europe peut-elle mettre fin aux « produits chimiques éternels » ?

Jean Delaunay

Se débarrasser des PFAS : l’Europe peut-elle mettre fin aux « produits chimiques éternels » ?

Une exposition élevée aux PFAS est associée à un risque accru de certains cancers, ainsi qu’à une diminution de la fertilité et à une altération de la fonction immunitaire. L’UE renforce son arsenal réglementaire pour faire face à ce que certains considèrent comme l’une des plus grandes menaces environnementales de notre époque.

Connus sous le nom de « produits chimiques éternels », les PFAS sont des substances artificielles largement utilisées par l’industrie pour fabriquer de nombreux produits de consommation, tels que les appareils électroniques, la peinture, les voitures ou les cosmétiques.

Leurs propriétés antiadhésives et leur résistance à la chaleur les rendent extrêmement utiles. Mais leur grande stabilité et leur forte mobilité dans le sol, l’eau et l’air – ils sont même détectés sous la pluie – suscitent désormais une inquiétude croissante parmi les scientifiques, les législateurs et certaines parties de l’industrie.

La science a déjà établi certains effets néfastes sur la santé humaine, comme une faible réponse immunitaire ou l’infertilité. L’acide perfluorooctanoïque, connu sous le nom de PFOA, l’un des rares PFAS interdits par la Convention de Stockholm, est classé comme cancérigène.

Un danger invisible

Le corps humain peut mettre plusieurs décennies à éliminer les PFAS. Ils peuvent s’accumuler dans le sang et les tissus à des niveaux qui dépendent souvent de la proximité des sites industriels utilisant ces substances.

En 2023, l’enquête Forever Pollution Project estimait que près de 23 000 sites, pour la plupart industriels, à travers l’Europe étaient contaminés par ces « produits chimiques éternels ».

« Nous ne connaissons la toxicité que d’une dizaine de PFAS sur plus de 10 000 actuellement en circulation, ce qui est préoccupant », déclare Ian Cousins, professeur de chimie organique environnementale à l’université de Stockholm. « Le fait qu’ils s’accumulent dans l’environnement est déjà un problème en soi », ajoute-t-il.

Des coûts insoutenables

La Route du vert s’est rendue en Vénétie, dans le nord de l’Italie, au centre de l’une des contaminations par PFAS les plus graves connues en Europe, souvent appelée le « scandale Miteni ».

Pendant des décennies, une usine chimique a pollué les eaux souterraines de la région, exposant des centaines de milliers d’habitants à des niveaux élevés de PFOA et de PFOS dans leur eau potable.

Après des années de mobilisation de la société civile menée par le groupe « Mères sans PFAS », les tribunaux italiens ont condamné plusieurs dirigeants d’entreprises à des peines de prison. Les juges ont estimé qu’ils étaient conscients de la pollution provoquée par l’usine et l’ont délibérément dissimulée.

Aujourd’hui, les pouvoirs publics sont confrontés à des coûts énormes pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et décontaminer les nappes phréatiques et les sols.

L’Europe renforce son arsenal réglementaire

L’Union européenne possède l’un des ensembles de règles les plus strictes au monde en matière de produits chimiques. Les mesures prises par la Commission européenne comprennent :

  • Plusieurs restrictions ciblant les sous-groupes de PFAS ;
  • Interdiction des PFAS dans certains produits, comme les mousses anti-incendie (restrictions REACH)
  • Limites de 100 nanogrammes par litre pour la somme des 20 « PFAS préoccupantes » et de 500 nanogrammes par litre pour l’ensemble des PFAS (Directive Eau Potable) ;
  • Une proposition visant à établir des normes de qualité pour 24 PFAS dans les eaux de surface et souterraines (Directive-cadre sur l’eau) ;
  • Plans de surveillance des PFAS à l’entrée et à la sortie des grandes stations d’épuration des eaux usées se déversant dans les bassins de captage d’eau potable (directive sur le traitement des eaux usées urbaines) ;
  • Négociations en cours sur la surveillance des niveaux de PFAS dans les sols (Soil Monitoring Law).

Vers une interdiction « universelle » ?

L’UE examine actuellement une proposition de « restriction universelle » couvrant tous les produits contenant des PFAS, soumise en 2022 par cinq pays : la Suède, le Danemark, l’Allemagne, la Norvège et les Pays-Bas.

La Commission a chargé l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) de travaux préparatoires. Les comités scientifiques d’évaluation des risques (RAC) et d’analyse socio-économique (SEAC) de l’ECHA devraient rendre un avis final d’ici la fin de l’année.

Laisser un commentaire

2 × 3 =