Les manifestations antigouvernementales se poursuivent en Iran pour la 14e nuit consécutive. Cependant, seul un nombre limité d’images et de vidéos ont filtré jusqu’au public mondial alors que le régime réprime les lignes téléphoniques et Internet.
L’Iran est maintenant soumis à une coupure d’Internet presque totale depuis plus de deux jours, limitant considérablement la capacité des citoyens iraniens à communiquer avec le monde extérieur et laissant une grande partie de ce qui se passe à l’intérieur du pays enveloppé d’incertitude.
Depuis hier soir, seul un nombre limité d’images et de vidéos ont été diffusées auprès du public mondial. Pourtant, ces fragments suggèrent que, malgré le confinement, la détermination des manifestants demeure. Plus encore, les observateurs affirment que la panne d’électricité a intensifié le sentiment d’urgence et accru les risques sur le terrain.
Dans plusieurs vidéos qui circulaient avant la coupure de la connectivité, un slogan revenait sans cesse : « Nous n’avons plus peur. Nous nous battrons ».
De nombreux Iraniens soulignent que le sentiment de riposte n’est pas apparu du jour au lendemain, mais est plutôt le produit de 47 années de répression, d’humiliation, de difficultés économiques et de réduction au silence de la dissidence. Les partisans des manifestations affirment qu’il s’agit de la voix d’une génération longtemps réduite au silence, qui réclame désormais la dignité et le droit à un avenir, et que le monde devrait l’écouter.
Pourquoi le timing est important
Les analystes notent que des moments comme ceux-ci, où la communication est coupée, ont toujours été parmi les plus dangereux. Lorsque les images, les témoignages en direct et les vérifications indépendantes disparaissent, les autorités sont moins surveillées par le public.
Ce qui se passera dans les heures à venir pourrait déterminer :
- si les manifestations continuent de s’étendre ou si elles sont violemment réprimées,
- que les forces de sécurité se retiennent ou se mobilisent pleinement,
- si l’attention internationale agit comme un frein ou si son absence permet une escalade.
Les observateurs affirment que l’accent n’est pas mis sur la prévision de la fin des événements, mais sur la reconnaissance des tournants critiques. Les expériences passées en Iran suggèrent que les périodes de silence forcé ont souvent été accompagnées de fortes escalades de violence.
La créativité comme forme de résistance et de défi
Malgré le black-out, les Iraniens ont utilisé l’expression créative comme forme de résistance contre l’oppression et la censure.
Les actes symboliques de résistance comprennent :
- l’utilisation d’une colombe blanche comme symbole de la liberté de l’Iran,
- la suppression de l’emblème de la République islamique du drapeau iranien pour le remplacer par l’ancien symbole du Lion et du Soleil,
- et des hommages visuels puissants inspirés par un homme qui, le premier jour des manifestations, était assis par terre, non armé, face aux forces de sécurité.
Il n’y a pas si longtemps, ce qui se passe actuellement aurait semblé inimaginable. Pourtant, c’est devenu réalité.
Forces de sécurité : resteront-elles cohérentes ou se fractureront-elles ?
Une question clé reste de savoir si les manifestations en cours pourraient créer des divisions au sein des forces de sécurité, poussant certains soldats à se ranger du côté du public.
Les commentaires du président américain Donald Trump faisant l’éloge des manifestants dans des villes comme Mashhad, lieu de naissance du guide suprême iranien, ainsi que les allégations de retrait des forces de sécurité, ont alimenté les spéculations. Les confirmations indépendantes restent limitées, mais les analystes notent que les difficultés économiques affectent autant les soldats et leurs familles que les civils.
Dans le même temps, d’autres mettent en garde contre des conclusions prématurées. Certains pensent que le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) pourrait décider que seule une intervention à grande échelle pourra rétablir le contrôle, même au risque de tensions internes plus profondes.
« Il n’y a pas encore de signe clair d’un changement décisif dans l’équilibre des pouvoirs », a déclaré un analyste régional. « Le système peut choisir une répression prolongée plutôt qu’un effondrement, même si cela conduit à une instabilité à long terme ».
Ajoutant aux inquiétudes, des rapports non vérifiés ont révélé l’implication de forces mandatées par l’Iran, notamment des membres des Forces de mobilisation populaire irakiennes (Hashd al-Shaabi), dans les efforts visant à réprimer les manifestations.
Même si de telles affirmations sont difficiles à vérifier dans des conditions de black-out, les analystes notent que le recours à des forces non nationales constitue un précédent historique. Elle est souvent utilisée pour atténuer les hésitations lorsque les autorités hésitent à ordonner aux citoyens de tirer sur leur propre peuple.
Reza Pahlavi et un « changement de stratégie »
Un autre facteur crucial qui façonne la réalité iranienne actuelle est la réponse publique sans précédent à un appel lancé par Reza Pahlavi, le prince héritier et fils du dernier monarque iranien.
À la suite de manifestations massives, il a exhorté les Iraniens à rester dans les rues, définissant explicitement l’objectif comme la prise et le contrôle des centres-villes.
Dans le même temps, il a appelé Trump à être prêt à agir en faveur du peuple iranien. Il a également appelé les secteurs économiques clés, notamment le pétrole et l’énergie, à participer à des grèves nationales, une démarche qui fait écho à une stratégie utilisée au cours des derniers mois du règne de son père en 1979.
Pour de nombreux Iraniens, cette stratégie a une profonde résonance historique. En 1978-1979, les grèves dans les industries stratégiques ont joué un rôle crucial dans l’affaiblissement de l’État. Il reste à savoir si une approche similaire peut réussir dans les conditions de sécurité actuelles, mais les analystes estiment que l’appel lui-même témoigne de la conviction que la situation a atteint une phase décisive.
Le silence comme acte politique
De nombreux militants affirment que le silence n’est pas neutre. Elle est souvent interprétée comme une acceptation tacite du statu quo et, par extension, de la répression.
C’est pour cette raison que les manifestants insistent sur l’importance des réponses internationales et soulignent que celles-ci ne peuvent se limiter à des déclarations d’inquiétude. Au lieu de cela, ils soutiennent que la visibilité, la pression et les mesures concrètes comptent le plus.
Ils préviennent que ce qui se passe en Iran ne restera pas confiné à ses frontières. Cela influencera la stabilité régionale, les schémas migratoires, les marchés mondiaux de l’énergie et la crédibilité des valeurs que de nombreux gouvernements occidentaux prétendent défendre.




