Bruxelles prépare une nouvelle loi pour réprimer les importations non conformes dans le cadre d’un effort plus large visant à restreindre l’entrée de produits chinois illégaux sur le marché de l’UE. Le projet de proposition comprend également une responsabilité pour les marchés en ligne, une nouvelle taxe de surveillance du marché et une application centralisée.
La Commission européenne prépare une nouvelle proposition législative visant à combler les lacunes en matière d’application qui permettent aux produits illégaux vendus via les plateformes de commerce électronique d’atteindre les consommateurs de l’UE, selon un projet divulgué par L’Observatoire de l’Europe.
Le projet de loi ne cite pas explicitement la Chine, mais il intervient alors que Bruxelles intensifie ses efforts pour lutter contre la montée des importations de commerce électronique de faible valeur, en particulier en provenance de plateformes chinoises telles que Temu et Shein.
Ces derniers mois, de hauts responsables de l’UE ont tiré la sonnette d’alarme sur le déficit commercial croissant avec Pékin, qu’ils jugent insoutenable, ayant atteint le chiffre impressionnant d’un milliard d’euros par jour en 2025.
« Des faiblesses importantes subsistent pour garantir que les produits non conformes, notamment ceux vendus en ligne ou importés directement de pays tiers, soient effectivement identifiés et retirés du marché unique », indique le document.
La proposition législative, baptisée Loi européenne sur les produits, devrait être publiée le 6 octobre. Il introduit également une responsabilité pour les marchés en ligne dans certaines circonstances, une centralisation significative du système de surveillance du marché et une nouvelle redevance.
Importations chinoises
Le projet de loi vise à réprimer les importations de produits illégaux, notamment en provenance des marchés en ligne, en garantissant qu’un opérateur économique dans l’UE soit toujours légalement responsable en cas de non-conformité.
Si l’opérateur économique n’est pas établi dans l’UE, il doit s’agir soit d’un importateur, soit d’un mandataire mandaté par le fabricant – un mécanisme conçu pour rendre la proposition beaucoup plus difficile à contourner en demandant à un vendeur basé en dehors de l’UE de vendre directement aux consommateurs européens.
« Dans l’environnement numérique en particulier, les autorités de surveillance du marché devraient être en mesure de mettre fin rapidement et efficacement aux non-conformités, notamment lorsque l’opérateur économique vendant le produit dissimule son identité ou se délocalise au sein de l’Union ou dans un pays tiers afin d’échapper aux sanctions », poursuit le document.
En mai, la Commission a infligé une amende de 200 millions d’euros au géant chinois du commerce électronique Temu pour des manquements liés à des jouets dangereux pour bébés et à des chargeurs défectueux. Bruxelles enquête également sur Shein pour des produits illégaux, notamment des poupées sexuelles ressemblant à des enfants.
Marchés en ligne
Lorsqu’une place de marché en ligne place un produit sur le marché de l’UE, la proposition rend obligatoire la vérification que chaque produit dispose d’un « passeport produit numérique » contenant des informations clés sur son identité et sa conformité ou d’un registre de responsabilité créé par le fabricant pour permettre l’identification du produit.
Dès réception d’une notification, le marché serait obligé de retirer le produit et d’empêcher sa réapparition.
Si un marché ne respecte pas ces obligations de vérification et de retrait et que le produit est mis sur le marché de l’UE sans un opérateur économique responsable établi dans l’UE, le marché devra remplir les obligations d’un représentant autorisé pour ce produit.
Frais de surveillance du marché
Le projet introduit également une nouvelle redevance de surveillance du marché de l’Union sur les produits entrant sur le marché de l’UE en provenance de pays tiers et proportionnelle au coût estimé pour les autorités de surveillance du marché de l’accomplissement de leurs tâches.
En d’autres termes, les importateurs supporteraient la redevance, destinée à couvrir les coûts supplémentaires de surveillance du marché associés aux produits importés et à réduire la charge sur le budget de l’UE.
Les frais seraient inférieurs pour les produits importés en vrac plutôt que pour les colis individuels expédiés directement aux consommateurs. La manière exacte dont il serait calculé a été laissée au droit dérivé.
Cette nouvelle taxe serait distincte de la « taxe de traitement » douanière proposée dans le cadre de la réforme douanière parallèle de l’UE, qui vise à couvrir les coûts de traitement douanier.
Centralisation de l’exécution
La Commission propose ce qui est forcément considéré comme une prise de pouvoir importante, en élargissant ses pouvoirs d’application sur un domaine – la surveillance du marché des produits – qui relève traditionnellement du niveau national.
Plus précisément, le projet habiliterait la Commission à mener des enquêtes et des mesures coercitives s’il est probable que des produits non conformes ont été commercialisés dans au moins deux tiers des États membres et qu’aucune autorité nationale n’a ouvert une enquête de surveillance du marché après en avoir été informée.
Ces pouvoirs coercitifs sont étendus : imposer des mesures correctives, restreindre les produits illégaux, ordonner des retraits, imposer des sanctions et imposer des mesures temporaires aux opérateurs économiques ou aux places de marché en ligne.


