Macron dévoile un accord de 6 milliards d'euros sur un parc à thème soutenu par l'Arabie Saoudite au milieu de critiques sur les droits

Milos Schmidt

Macron dévoile un accord de 6 milliards d’euros sur un parc à thème soutenu par l’Arabie Saoudite au milieu de critiques sur les droits

Un investissement saoudien de 6 milliards d’euros permettra de créer trois parcs à thème près de Paris, nés d’une « passion commune » pour Dragon Ball Z et l’anime Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane découverts lors de discussions à Riyad en décembre dernier.

La France et l’Arabie Saoudite ont signé lundi un accord portant sur un investissement de 6 milliards d’euros pour créer trois parcs à thème à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, a annoncé le cabinet du président français Emmanuel Macron.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a fait cette annonce lors d’une visite de deux jours en France, a ajouté le bureau de Macron, dans ce que le président français a qualifié de projet « sans précédent ».

« 22 000 emplois créés. Du jamais vu depuis Disneyland Paris. Une nouvelle destination mondiale », a écrit Macron sur X, remerciant l’Arabie saoudite et Qiddiya, l’une des nombreuses filiales du Fonds d’investissement public du pays, « pour leur confiance en notre pays, en nos talents et en notre avenir ».

Ce projet « est né d’une discussion entre le président de la République et le prince héritier en décembre 2024 » à Riyad, où ils ont découvert leur « passion commune » pour les mangas, « et plus particulièrement Dragon Ball Z », a déclaré à la presse un conseiller de Macron.

Le premier des trois parcs devrait être dédié à cette franchise japonaise emblématique, même si cela n’a pas été officiellement confirmé. Les thématiques des deux autres parcs n’ont pas encore été dévoilées.

Le président de la FIFA Gianni Infantino, Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane lors de la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d'esport à Paris, le 23 août 2026.

Le président de la FIFA Gianni Infantino, Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane lors de la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d’esport à Paris, le 23 août 2026.


Les parcs seront construits et ouverts par étapes. La construction devrait durer plusieurs années, a indiqué le bureau du président, sans préciser de date d’ouverture.

Interrogé sur la possibilité de confier un tel projet à Riyad malgré les critiques sur son bilan en matière de droits de l’homme, le cabinet présidentiel a éludé la question. « A aucun moment, lorsque nous attirons un projet, nous ne cherchons à faire la leçon aux autres », répond-il.

La présidence a indiqué avoir signé deux autres contrats avec des entreprises françaises lors de la visite du prince saoudien : l’un avec la compagnie maritime CMA CGM, pour contribuer au développement du port de Djeddah sur la mer Rouge, d’une valeur de 434 millions de dollars, et l’autre avec le groupe de transport ferroviaire Alstom, pour la fourniture de trains pour le métro de Riyad, d’une valeur de 580 millions de dollars.

Ce voyage est l’une des rares visites du prince héritier à l’étranger ; Paris constate qu’il quitte rarement son pays, sauf pour les sommets internationaux. C’était son premier voyage de ce type depuis près d’un an.

Dimanche, Macron a accueilli le prince héritier saoudien à la Coupe du monde d’Esports, tandis que les entretiens de lundi devaient également porter sur des questions stratégiques, notamment la situation au Moyen-Orient.

Les critiques s’expriment

Pourtant, la visite du dirigeant saoudien suscite de vives critiques en France. Trois syndicats de journalistes ont protesté contre la décision de Paris de l’accueillir, invoquant une enquête française ouverte sur des allégations de torture et de disparition forcée, à la suite d’une plainte déposée en 2021 pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Jamal Khashoggi, ressortissant saoudien vivant aux États-Unis et critique de la famille régnante saoudienne, a été assassiné en 2018 au consulat saoudien à Istanbul. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Les conséquences de l’assassinat de Khashoggi ont effectivement mis à rude épreuve les relations diplomatiques de Riyad avec l’Occident.

Le prince ben Salmane a nié avoir ordonné le meurtre dans une interview à CBS en 2019, qu’il a qualifié d’« odieux » et a déclaré qu’il avait été commis par des agents voyous.

« C’était une erreur. Et je dois prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter qu’une telle chose ne se reproduise à l’avenir », avait-il déclaré à propos du meurtre à l’époque.

En décembre 2021, Macron est devenu l’un des premiers dirigeants occidentaux à rencontrer le prince après l’assassinat de Khashoggi. Le prince héritier saoudien s’est depuis rendu plusieurs fois en France.

« Choisissez la France »

Dans son message sur X, Macron a mis en avant le programme « Choose France » qui, selon lui, a permis la signature de ce projet.

« C’est tout l’intérêt de Choose France : aller au bout des projets les plus ambitieux et faire de la France le pays où ils se concrétisent. Créer des emplois. Faire rayonner la France », a-t-il déclaré.

Depuis le premier appel à projets « Choose France » en 2018, un an après l’arrivée au pouvoir de Macron, plus de 230 projets ont été annoncés, représentant quelque 87 milliards d’euros et plusieurs milliers d’emplois, selon l’Élysée.

La France a attiré le plus d’investissements étrangers en Europe pendant sept années consécutives, selon le cabinet de conseil EY, mais Macron a déclaré que cela « ne vient pas de nulle part ».

EY précise que la France a attiré l’an dernier 852 projets, sur 5 026 recensés dans 47 pays européens, soit une baisse de 17% dans un environnement international difficile.

La France a attiré un nombre remarquable de projets liés à l’IA, plus que partout ailleurs en Europe, mais l’industrie a souffert, notamment les secteurs de l’automobile, de la chimie et de la métallurgie.