Aucune des œuvres volées n’a été retrouvée, mais certains des hommes à l’origine de l’organisation criminelle ont été traduits en justice. On pense que ce vol vise à rapatrier l’art russe.
Un tribunal français a rendu un verdict concernant le vol d’exemplaires patrimoniaux des livres de l’auteur russe du XIXe siècle Pouchkine dans plusieurs bibliothèques prestigieuses de Paris et de Lyon.
Six Géorgiens ont été condamnés à Paris, allant de 18 mois avec sursis à sept ans de prison, pour vol de classiques de la littérature russe.
Parmi les objets volés figuraient des œuvres d’Alexandre Pouchkine, dont une édition originale de « Boris Godounov » (1825), ainsi que des textes de Mikhaïl Lermontov et Nikolaï Gogol, qualifiés de « véritable vol de trésor » par le procureur, qui dans ses réquisitoires a parlé d’une « opération massive et organisée, planifiée et exécutée avec minutie et cynisme ».
Cette affaire s’inscrit dans une vague de vols visant les bibliothèques à travers l’Europe depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, attribuée à un réseau organisé potentiellement lié à Moscou.
Les six prévenus, cinq hommes et une femme, ont tous été reconnus coupables de formation d’association de malfaiteurs, certains étant également reconnus coupables de vol de biens culturels exposés.
Selon l’enquête, les voleurs se rendaient dans les bibliothèques pour consulter des œuvres rares, qu’ils photographiaient et mesuraient avant de les rapporter chez eux avec des contrefaçons quasiment indétectables.
Rien qu’à la Bibliothèque nationale de France (BnF), la perte est estimée à 770 000 euros.
Deux des suspects ont été jugés par contumace, après avoir déjà été arrêtés en Géorgie, leur pays d’origine, qui n’extrade pas ses ressortissants.
Mikheil Z. et Beqa T. avaient déjà été reconnus coupables et emprisonnés dans les États baltes pour des délits similaires et ont été temporairement remis à la France pour y être jugés.
Mikheil Z., 50 ans, a écopé de la peine la plus lourde : sept ans de prison, assortis d’une interdiction définitive de territoire français une fois sa peine purgée. Il avait déjà été condamné l’année dernière en Lituanie à trois ans et quatre mois de prison pour vol organisé de publications du XIXe siècle d’une valeur de plus de 600 000 euros.
Beqa T., 49 ans, a été condamnée à quatre ans de prison, en plus d’une peine antérieure de trois ans et six mois prononcée en Estonie.
Une tentative de rapatriement du patrimoine culturel russe ?
Ces vols, qui ont également touché l’Allemagne, la Suisse et la République tchèque, ont conduit à la création d’une équipe commune d’enquête sous l’égide d’Europol et d’Eurojust, aboutissant à plusieurs arrestations en 2024.
En juin 2024, la maison de ventes russe Litfond, spécialisée dans les livres anciens rares, a inscrit dans son catalogue une seconde édition du poème d’Alexandre Pouchkine « Le Prisonnier du Caucase », correspondant à un exemplaire volé à la Bibliothèque nationale de France (BnF).
La maison de vente aux enchères a informé les autorités françaises qu’elle disposait de documents démontrant que le livre avait été acquis auprès de son propriétaire en Russie entre 2014 et 2015.
Pour les magistrats français, ces vols pourraient s’inscrire dans une démarche plus large de rapatriement du patrimoine culturel russe, sur fond de tensions accrues entre Moscou et l’Europe depuis l’invasion de l’Ukraine.
Aucune des œuvres volées n’a été retrouvée, mais l’avocat de la Bibliothèque nationale de France (BnF), Alexandre de Konn, cité par l’AFP, a déclaré que l’institution « n’a pas perdu l’espoir » de les retrouver.
L’Observatoire de l’Europe a demandé à la BnF des précisions sur les éventuelles mesures de sécurité mises en place ou renforcées dans ses différents espaces depuis ces événements, mais n’avait reçu aucune réponse au moment de la publication.


