Grève générale au Portugal : ce qu'il faut savoir

Jean Delaunay

Grève générale au Portugal : ce qu’il faut savoir

Le Portugal est confronté à une grève nationale mercredi, avec des perturbations commençant déjà mardi. Ce sont les secteurs clés qui seront touchés.

Un large éventail de secteurs – des transports à l’éducation, en passant par la santé et les services publics – seront touchés par la grève générale convoquée mercredi 3 juin au Portugal. Le débrayage a été annoncé le 1er mai, jour de la fête du Travail, par la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) et devrait provoquer d’importantes perturbations dans tout le pays.

L’initiative est une protestation contre le projet de révision de la législation du travail, également connu sous le nom de « Trabalho XXI ». Proposée par le gouvernement PSD/CDS-PP, elle vise à apporter plus de 100 modifications au Code du travail.

Le paquet a été négocié dans le cadre de la concertation sociale portugaise, mais le gouvernement dirigé par Luís Monténégro n’est finalement pas parvenu à un accord avec les partenaires sociaux, ce qui a incité la CGTP à déposer un préavis de grève annoncé précédemment. La confédération estime que les changements constituent une « attaque contre les droits des travailleurs » et un « affront à la Constitution de la République portugaise ».

Néanmoins, le projet de réforme du travail a été approuvé par le Conseil des ministres et présenté par le gouvernement comme « une révision structurelle de la législation du travail pour stimuler la productivité, améliorer les salaires et adapter le marché du travail aux défis de l’économie numérique ». Le projet de loi a déjà été soumis à l’Assemblée de la République, mais aucune date n’a encore été fixée pour un débat général et un vote, selon le Jornal Económico.

L’arrêt de mercredi fait suite à une autre grève, organisée à la mi-décembre par les deux principales confédérations syndicales, la CGTP et l’UGT – l’Union générale des travailleurs – qui était la première depuis 12 ans. Cette action a suscité le soutien de plusieurs secteurs, comme on peut s’y attendre cette fois encore.

Les transports seront fortement touchés

Les syndicats regroupés au sein de la FECTRANS (Fédération des syndicats des transports et des communications) font partie de ceux qui ont publié des préavis de grève pour le 3 juin. Les services exploités par CP (Comboios de Portugal), ainsi que les bus et tramways gérés par Carris, les liaisons par ferry de Transtejo Soflusa à travers le Tage et les sociétés qui exploitent les métros de Lisbonne, Porto et Mondego, seront parmi beaucoup d’autres touchés.

Par un communiqué de presse publié sur le site Internet du métro de Lisbonne, les usagers ont été informés qu’« il n’y aura pas de service de train à partir de 23h00 le 2 juin et pendant toute la journée du 3 juin », le service normal « devant reprendre à 06h30 le 4 juin ».

Metro do Porto, quant à lui, met en garde contre un « service restreint le 3 juin en raison de la grève générale » et affirme qu’il fonctionnera « toute la journée sur la ligne jaune, entre Santo Ovídio et Hospital de S. João, et sur le tronçon de la ligne bleue entre Senhora da Hora et Estádio do Dragão ».

Outre les stations mentionnées, les lignes bleue, verte, rouge, violette et orange « seront hors service », et il y aura également un « arrêt anticipé du fonctionnement du métro » la veille au soir, mardi, avec les derniers départs entre 22h00 et 23h00. Le « fonctionnement régulier » de l’ensemble du réseau devrait être rétabli jeudi 4 juin.

Quant aux liaisons ferroviaires, le CP explique, dans un communiqué sur son site Internet, que « des perturbations du service ferroviaire sont attendues, avec des impacts possibles également sur la journée précédente et la journée suivante ». Pour cette raison, la compagnie « autorisera un remboursement intégral du prix du billet, ou une nouvelle réservation gratuite sur un autre train de la même catégorie et classe » pour les clients concernés par l’arrêt.

Entre-temps, des niveaux de service minimaux ont été fixés pour le trafic ferroviaire, dans une décision qui couvrira les travailleurs des Infraestruturas de Portugal (IP) et du CP, ainsi que des services Alfa Pendular, Intercidades, Interrégionaux et régionaux et des trains de banlieue à Coimbra, Porto et Lisbonne.

En outre, le Syndicat des travailleurs de l’aviation et des aéroports (SITAVA) et le Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile (SNPVAC) ont également annoncé qu’ils se joindraient à la grève, avec des conséquences attendues sur le transport aérien à destination et en provenance du Portugal.

Cependant, au cours du week-end, la TAP a annoncé que, dans le cadre des services minimums déjà imposés, seuls 79 vols seraient assurés, « le reste de l’horaire de la journée étant annulé ».

Pour cette raison, la compagnie aérienne portugaise a déclaré qu’elle « contacte tous les clients dont les vols ont été annulés et qui n’ont pas encore modifié leurs réservations afin que les meilleures options de voyage alternatives puissent être trouvées ensemble ».

Les agents de santé participent également

Dans le secteur de la santé, le Syndicat des infirmières portugaises (SEP) a mobilisé ses membres des secteurs public, privé et social pour participer à l’action de protestation, qui se déroulera de minuit à minuit, a indiqué l’organisation.

L’arrêt affectera donc « les équipes de nuit, du matin et de l’après-midi » et pourra même s’étendre aux services assurés la veille, dans le cas où l’équipe de nuit débute mardi. Les services minimaux jugés « indispensables pour répondre aux ‘besoins sociaux inévitables’ », précédemment définis, seront toutefois garantis, ajoute le syndicat.

D’autres professionnels de santé rejoindront également le mouvement. Le Syndicat des médecins du Nord (SMN), le Syndicat des médecins de la région Centre (SMZC) et le Syndicat des médecins de la région Sud (SMZS), tous affiliés à la Fédération nationale des médecins (FNAM), ont appelé à une « grève des médecins » pour toute la journée, s’adressant à « tous les médecins exerçant dans les secteurs public, social et privé », quelle que soit la nature de leur contrat ou de leur statut d’emploi.

La FNAM a déclaré que la grève couvrirait « tous les services de santé relevant du ministère de la Santé », tels que les hôpitaux et les centres de santé, ainsi que « toute entité publique ou privée qui emploie des médecins ».

Concernant les services minimaux, la fédération note que les effectifs devront assurer un niveau de fonctionnement de base équivalent à celui d’un dimanche ou d’un jour férié, afin de garantir la chimiothérapie et la radiothérapie, la dialyse, les services d’urgence, les soins palliatifs et autres traitements essentiels.

Les écoles et les universités devraient également cesser leurs activités

Le secteur de l’éducation ressentira également l’impact de la grève. La FENPROF (Fédération nationale des enseignants) a publié son préavis de grève, annonçant un « arrêt complet du travail pendant toute la durée des heures d’ouverture de ce jour » dans tous les établissements d’enseignement et d’enseignement du pays, qu’ils soient « publics, privés ou gérés par des organismes du secteur social », et à tous les niveaux d’enseignement.

La décision vise à signaler l’opposition du syndicat à un paquet travail qui, selon ses termes, représente un « démantèlement des droits des travailleurs » et un « affront » à la Constitution. Les chercheurs, « quelle que soit la nature de leur relation contractuelle », seront également concernés par la grève, pour laquelle aucun service minimum ne sera mis en place, a indiqué la FENPROF.

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup) a également annoncé son adhésion à l’action, qualifiant cette action de « rejet par les enseignants et les chercheurs » du projet de réforme du droit du travail, qui selon lui « va à l’encontre des principes du droit du travail », notamment parce qu’il « affaiblit la défense des intérêts des travailleurs, pérennise l’emploi précaire et restreint fortement l’activité syndicale ».

Selon le préavis de grève émis par ce syndicat, l’arrêt de travail concerne « le personnel enseignant et les chercheurs des universités, des écoles polytechniques, des collèges autonomes et des instituts de recherche », et peut entraîner « l’absence de cours », « l’absence pendant les heures de bureau prévues pour le soutien des étudiants » et « l’annulation des évaluations et de la participation à des comités d’évaluation », ainsi que d’autres tâches académiques ne sont pas exécutées.

Les collectivités locales et autres services publics touchés

Tout au long de la journée, les travailleurs du secteur public et social seront également en grève, a indiqué la Fédération nationale des syndicats des travailleurs des fonctions publiques et sociales (FNSTFPS), avec des répercussions probables dans les dernières heures de la veille et les premières heures du lendemain. Ici aussi, des services minimum seront assurés.

Le Syndicat national des travailleurs des administrations locales et régionales (STAL) a également annoncé qu’il se joindrait à la grève, arguant que le paquet travail du gouvernement « représente un pas en arrière inacceptable dans les conditions de travail », car il « aggrave la précarité de l’emploi, dévalorise les salaires et porte atteinte à la négociation collective ».

Les services municipaux, ainsi que les entreprises et instituts publics, entre autres, pourraient donc voir leurs opérations affectées par l’arrêt provoqué par la CGTP. Il convient de rappeler que lors de la grève générale de décembre dernier, il y a eu des perturbations particulières dans la collecte des déchets urbains et dans les services publics, entre autres domaines.

Du commerce de détail à l’industrie : de nombreux autres secteurs rejoignent le mouvement de grève

Suivant les exemples ci-dessus, le secteur industriel se joindra également à la protestation, selon les informations publiées par la Fédération intersindicale des industries métallurgiques, chimiques, électriques, pharmaceutiques, des pâtes à papier, du papier, des graphiques, de la presse, de l’énergie et des mines.

L’accent est mis sur Autoeuropa, où les travailleurs du parc industriel ont approuvé une motion affirmant que « la grève générale est une étape nécessaire et décisive pour défendre le présent et assurer l’avenir de chacun », et ont donc décidé, en séance plénière, « de soutenir et de rejoindre la grève générale ».

Dans le secteur du commerce de détail, de l’hôtellerie et des services, la Fédération des syndicats de l’agriculture, de l’alimentation, des boissons, de l’hôtellerie et du tourisme du Portugal (FESAHT) a déjà averti le gouvernement que « les travailleurs des entreprises associées à l’Association portugaise des hôtels, restaurants et établissements similaires – AHRESP, travaillant dans les cantines, réfectoires, usines de restauration et bars de concession » participeront à la grève de mercredi.

Toutefois, les perturbations devraient affecter de nombreuses autres entreprises et prestataires de services. Le Syndicat des travailleurs du commerce, des bureaux et des services du Portugal (CESP) a également annoncé qu’il y participerait par un « arrêt complet du travail » le jour de la grève. Le SINAPSA (Syndicat national des professionnels de l’assurance et assimilés) s’est également joint à l’action, avec un préavis de grève couvrant les travailleurs des assurances, de la médiation, du courtage et des services connexes.

Même le secteur des médias a signalé son intention de se joindre à la protestation. Le Syndicat des journalistes, dénonçant ce qu’il appelle une « attaque annoncée du gouvernement PSD/CDS contre les droits des travailleurs » et « un retour en arrière civilisationnel, dont le principal effet serait de faciliter l’exploitation des plus vulnérables », a appelé « tous ceux qui travaillent comme journalistes, quel que soit leur statut professionnel », à se mobiliser contre le paquet travail.