Les taxes européennes sur les services numériques, les jeux de hasard et la cryptographie pourraient rapporter jusqu'à 11 milliards d'euros par an – Commission

Jean Delaunay

Les taxes européennes sur les services numériques, les jeux de hasard et la cryptographie pourraient rapporter jusqu’à 11 milliards d’euros par an – Commission

La Commission européenne examine des propositions visant à financer le prochain budget de l’UE par le biais de modifications fiscales ciblant les services numériques, les jeux de hasard et les actifs cryptographiques.

La Commission européenne estime que le prochain budget de l’UE pourrait bénéficier de près de 11 milliards d’euros de recettes annuelles supplémentaires provenant de nouvelles taxes sur les services numériques, les jeux de hasard et les actifs cryptographiques, selon un document partagé avec les États membres de l’UE et consulté par L’Observatoire de l’Europe.

Les propositions fiscales sont discutées dans le cadre des négociations sur le prochain budget à long terme de l’UE pour la période 2028-2034.

La proposition de la Commission prévoyait déjà plusieurs nouvelles taxes, appelées « ressources propres », mais la plupart de ces propositions se sont heurtées à une opposition significative de la part des États membres de l’UE, qui doivent adopter le budget à l’unanimité. En avril, le Parlement européen a adopté une résolution contenant des propositions fiscales supplémentaires ciblant les services numériques, les jeux de hasard et les actifs cryptographiques.

Plus tôt cette semaine, le commissaire européen au Budget, Piotr Serafin, a déclaré aux États membres que des progrès sur les ressources propres étaient nécessaires si « nous voulons un budget ambitieux ».

Selon plusieurs sources diplomatiques, certaines de ces suggestions ont recueilli un premier soutien de la part de certains membres de l’UE, notamment la taxe sur les jeux en ligne.

Jeudi, la Commission a partagé une première estimation du montant que chacune de ces nouvelles taxes pourrait rapporter au budget de l’UE. Les chiffres sont probablement sous-estimés, car ils sont basés sur les prix de 2025.

Taxe sur les jeux en ligne

À l’aide de données sectorielles, la Commission a estimé qu’un prélèvement de 3 % sur le chiffre d’affaires net du secteur des jeux d’argent en ligne pourrait générer environ 1,9 milliard d’euros par an en moyenne pour la période 2028-2034.

L’estimation repose sur plusieurs hypothèses, notamment celle selon laquelle la croissance de l’industrie suivrait l’évolution de l’économie dans son ensemble. Le document de la Commission note toutefois qu’il n’existe pas de définition commune des jeux de hasard, ni d’approche harmonisée de leur fiscalité, dans l’ensemble de l’UE.

La taxe pourrait être basée sur les marges ou les revenus des opérateurs en ligne provenant des activités de jeu, ou être facturée indirectement aux joueurs – par exemple proportionnellement à l’intensité de leur activité de jeu.

La taxe sur les jeux en ligne a jusqu’à présent attiré le plus grand soutien parmi les gouvernements de l’UE, mais elle devrait se heurter à une opposition farouche de la part de Malte, le pays où sont basés la plupart des sites de paris.

Taxe numérique

Pour une taxe numérique, la Commission a calculé que l’UE pourrait recevoir environ 5 milliards d’euros par an, sur la base des revenus de 2024 de l’Espagne, de la France et de l’Italie, qui prélèvent déjà toutes une taxe sur les services numériques.

L’exécutif européen reconnaît que cette conception affecterait fortement le flux de revenus réel, y compris les activités qui devraient être taxées et la question de savoir si un seuil de revenus spécifique devrait déclencher le prélèvement.

Le calcul suppose un taux d’imposition de 3 % sur le chiffre d’affaires net provenant de la publicité numérique, de l’intermédiation et de la monétisation des données des utilisateurs, pour les entreprises dépassant à la fois un seuil de chiffre d’affaires national pour les activités numériques et un seuil de chiffre d’affaires mondial du groupe de 750 millions d’euros.

La Commission a noté que la taxe sur les jeux en ligne et la taxe numérique couvriraient, en théorie, les mêmes entreprises ciblées par l’impôt sur les sociétés incluses dans sa proposition initiale.

Cette proposition – un impôt sur les sociétés pour l’Europe, ou CORE – s’est heurtée à une résistance significative de la part des États membres de l’UE, en particulier de ceux généralement opposés à l’augmentation de l’impôt sur les sociétés.

Actifs cryptographiques

L’estimation la plus incertaine du document concerne les actifs cryptographiques, en grande partie en raison de la forte volatilité du marché de la cryptographie et de la difficulté de déterminer la localisation des utilisateurs pour les pays de l’UE responsables de la collecte de la taxe.

Deux conceptions possibles sont envisagées : soit un prélèvement sur le volume global des transactions des utilisateurs sur une période donnée, soit une taxe sur les plus-values ​​​​des actifs cryptographiques, qui remplacerait ou compléterait les régimes de plus-values ​​existants.

« Pour une taxe sur les transactions cryptographiques, l’estimation pour 2025, basée sur une étude de marché approximative des comptes de l’UE et en supposant un taux d’imposition de 0,1 pour cent sur la valeur des transactions, rapporterait environ entre 3 et 4 milliards d’euros de recettes annuelles pour le budget de l’UE », lit-on dans le document consulté par L’Observatoire de l’Europe.

L’estimation d’un impôt sur les plus-values ​​cryptographiques est plus prudente – et basée sur des données plus anciennes d’un rapport de 2022 – de l’ordre de 1 à 2,4 milliards d’euros.

Quel est l’enjeu

L’UE négocie actuellement son budget septennal pour la période 2028-2034, qui définira ses priorités politiques à long terme et sa capacité de dépenses.

Les négociations ont débuté en juillet 2025, lorsque la Commission européenne a publié sa proposition de budget de 2 000 milliards d’euros, qui comprend des écarts importants par rapport au cadre actuel.

La Commission a défini trois grandes priorités de dépenses : le Fonds pour la compétitivité, le Fonds pour une Europe mondiale et le Fonds Horizon.

La nouveauté structurelle la plus importante concerne la manière dont les fonds régionaux, agricoles et de pêche seront distribués : la Commission a proposé de remplacer le système existant par des plans de partenariat nationaux et régionaux adaptés à chaque État membre.

Le budget prévoit également des fonds pour rembourser Next Generation EU, l’instrument d’emprunt commun approuvé en 2020 pour amortir le coup économique de la pandémie de COVID-19.

Un accord est attendu d’ici fin 2026, même si certaines capitales n’excluent pas un retard. Les États membres devraient disposer d’un premier texte de compromis global d’ici la première quinzaine de juin.