Les vagues de chaleur marines créent des « gagnants et des perdants » – mais l'augmentation du nombre de poissons n'est pas toujours une bonne nouvelle

Jean Delaunay

Les vagues de chaleur marines créent des « gagnants et des perdants » – mais l’augmentation du nombre de poissons n’est pas toujours une bonne nouvelle

Les chercheurs mettent en garde contre le fait de se laisser tromper par l’augmentation du nombre de poissons provoquée par les vagues de chaleur marines.

Selon les scientifiques, l’essor des stocks de poissons dans les eaux plus froides est un signe d’avertissement et non une bonne nouvelle.

Le changement climatique frappe les populations de poissons plus durement que nous ne le pensions auparavant – et un phénomène naturel trompeur pourrait cacher la véritable ampleur du problème.

Une nouvelle étude majeure a examiné près de 34 000 populations de poissons dans l’hémisphère nord sur près de trois décennies. Les résultats sont frappants : pour chaque 0,1°C de réchauffement des océans soutenu sur une décennie, le nombre de poissons diminue en moyenne de plus de 7 pour cent. Dans certains cas, cette perte peut atteindre près de 20 pour cent en une seule année.

« Le long terme est une mauvaise nouvelle pour les poissons », déclare l’auteur principal, le Dr Shahar Chaikin, écologiste marin au Musée national espagnol des sciences naturelles. L’étude, basée sur les données d’enquêtes scientifiques au chalut de fond menées dans le monde entier, a été publiée dans la revue Nature Ecology and Evolution.

Les vagues de chaleur marines créent des « gagnants et des perdants »

Les chercheurs ont identifié deux aspects distincts du réchauffement des océans, souvent confondus. Le premier est l’augmentation lente mais constante des températures au fil des décennies. La seconde raison est celle des vagues de chaleur marines soudaines et intenses, devenues plus fréquentes et plus sévères.

Les deux sont nocifs, mais de différentes manières.

Le réchauffement progressif à long terme constitue une menace universelle. Peu importe où vit une population de poissons – dans les mers tropicales chaudes ou dans les eaux froides du nord – une hausse soutenue des températures entraîne une baisse du nombre de poissons.

Les vagues de chaleur marines sont un facteur plus complexe. Ces courtes poussées de chaleur extrême créent des gagnants et des perdants temporaires, selon l’endroit où vit une population dans l’aire de répartition de son espèce.

Prenez le sprat européen, le petit poisson argenté que l’on trouve dans les supermarchés du continent. Lorsqu’une vague de chaleur frappe la Méditerranée, où le sprat vit déjà dans les conditions les plus chaudes qu’il peut tolérer, le nombre de poissons chute fortement. Mais la même vague de chaleur qui frappe une population de sprats au large de la Norvège peut faire grimper ses chiffres : la chaleur soudaine transforme brièvement un environnement froid et difficile en un environnement accueillant.

Les pêcheurs devraient se méfier de « l’or des fous »

Cela crée une illusion dangereuse. En voyant les stocks de poissons exploser dans les régions froides du nord pendant les années chaudes, les gestionnaires des pêcheries pourraient conclure que tout va bien – peut-être même que les quotas de pêche pourraient être augmentés. L’étude met clairement en garde contre cela.

« Ces gains sont transitoires », explique le Dr Chaikin. « Ils sont temporels. » Le boom à court terme n’est pas un signe que la population est en bonne santé. Les chercheurs l’appellent « l’or des fous » : une surface tentante qui masque un déclin plus profond.

Si les gestionnaires fixent des quotas plus élevés sur la base de ces poussées temporaires, ils risquent de pousser des populations déjà stressées à l’effondrement une fois que les températures se normaliseront – ou continueront d’augmenter.

Selon les chercheurs, à long terme, il n’y a pas de gagnant durable. Qu’une population de poissons vive dans des eaux chaudes ou froides, le réchauffement continu des océans devrait en réduire les effectifs partout. Le coup de pouce temporaire dont bénéficient les populations du Nord ne durera pas.

Ce qui semble aujourd’hui être une bonne nouvelle pour les poissons des eaux plus froides ne le restera probablement pas. Fonder la politique sur ces gains éphémères, prévient l’étude, risque d’aggraver l’effondrement éventuel.

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