Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer si le mouvement d’extrême gauche interdit La Jeune Garde a été réformé. L’affaire a relancé un débat en France : quelle est l’efficacité des « dissolutions » pour démanteler les réseaux extrémistes ?
Les procureurs français ont ouvert une enquête pour savoir si le groupe d’extrême gauche dissous La Jeune Garde s’est reformé dans le cadre de structures satellites, des mois après que les autorités ont dissous l’organisation.
Dans un communiqué transmis à L’Observatoire de l’Europe, le parquet de Paris indique avoir été informé mardi d’un signalement du ministère « dénonçant la relance du groupe, sous forme de structures satellites, de La Jeune Garde ».
Le procureur a ajouté que l’enquête a été confiée à la Section de recherches (SR) de Paris de la Gendarmerie, qui dispose de cellules d’enquête judiciaire aux côtés de la police civile.
Le procureur de Paris a également relevé que La Jeune Garde avait contesté la décision de dissolution de juin 2025 devant le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative du pays, et qu’une audience initialement prévue le 11 février avait été reportée.
Cette nouvelle enquête intervient dans un contexte d’intenses tensions politiques suite à la mort du jeune militant d’extrême droite Quentin Deranque, violemment frappé le 12 février en marge d’un colloque dans une université de Lyon où l’eurodéputée française du parti de gauche La France Insoumise (LFI) Rima Hassan était invitée à prononcer un discours.
Sept personnes ont été formellement inculpées dans cette affaire : six pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, et une pour complicité.
Parmi les personnes citées dans cette affaire se trouve Jacques-Éli Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault – lui-même militant d’extrême gauche et l’un des cofondateurs de La Jeune Garde.
La dissolution fait-elle vraiment disparaître un groupe ?
L’ouverture d’une enquête sur une éventuelle réforme du groupe touche au cœur du problème : si un groupe peut réapparaître après sa dissolution, la mesure élimine-t-elle réellement une organisation, ou la contraint-elle principalement à s’adapter et à se réorganiser ?
En France, la dissolution d’une organisation est un outil administratif ancré dans une loi de 1936.
Il permet au gouvernement d’interdire un groupe s’il est lié à des actes de violence, s’il ressemble à une milice privée ou s’il contribue à la discrimination, à la haine ou à la violence.
Depuis 2017, plus de 40 groupes radicaux ont été dissous sous le président Emmanuel Macron.
À l’extrême droite, on peut citer Bastion social (2019), Génération identitaire (2021), Zouaves Paris (2022) et Groupe Union Défense (GUD) (2024). A l’extrême gauche, le Groupe antifasciste Lyon et environs (GALE) a été dissous en 2022.
Le Conseil d’État français a également annulé certains décrets de dissolution, notamment ceux interdisant le collectif Défense et le collectif militant pour le climat Les Soulèvements de la Terre.
Quelle différence cela fait-il sur le terrain ?
Dans la pratique, l’impact immédiat d’une dissolution est souvent décrit comme étant organisationnel et financier, disent les experts.
Elle peut perturber les structures et couper les ressources, sans effacer automatiquement les réseaux qui les sous-tendent, et le principal effet est de briser l’élan et de décourager une partie de la base d’un mouvement.
« Cela désorganise. Cela a tendance à éloigner les militants les moins motivés, les plus récents, les plus jeunes, ceux qui ont le sentiment de mettre leur carrière en péril, ceux que leurs familles font pression pour qu’ils arrêtent, explique au Parisien le politologue Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.
« Mais cela ne fait pas abandonner tout le monde, loin de là », a-t-il déclaré.
S’adressant à L’Observatoire de l’Europe, Loïc Walder, délégué national du syndicat de police de l’UNSA, a tenu un discours similaire.
Selon Walder, la dissolution ne transforme pas le travail quotidien de la police. Cela reste nécessaire, a expliqué Walder, car il cible des groupes identifiés comme impliqués dans la violence.
« Il est nécessaire aujourd’hui d’engager des procédures pour les personnes identifiées comme ayant commis des abus violents. C’est aussi une manière de travailler différemment pour assurer la sécurité des citoyens », a-t-il expliqué.
Même si l’effet pratique est limité, ne rien faire enverrait un mauvais signal, selon Walder.
Sur le plan opérationnel, Walder estime que les dissolutions peuvent au moins ralentir la capacité d’un groupe à s’organiser : « Lorsque vous dissolvez un groupe d’action violente, vous pouvez potentiellement freiner son organisation. »
Mais un défi majeur demeure : certains réseaux apprennent, s’adaptent et se professionnalisent. « Il y a une sorte de professionnalisation de ces groupes », a déclaré Walder, faisant référence aux camps d’entraînement et aux tactiques conçues pour « contourner nos méthodes ».
Cela devient une course continue, affirme-t-il, poussant les forces de l’ordre à adapter constamment leurs stratégies.
Parallèlement, d’autres procédures de dissolution sont actuellement en cours en France : quatre groupes seraient envisagés, trois d’extrême droite et un d’extrême gauche.
Parmi ceux déjà mentionnés publiquement figurent Patria Albiges – dont les membres ont été condamnés à plusieurs reprises pour violences et incitation publique à la haine – et le bloc de Montpellier, soupçonné d’avoir agressé des sympathisants communistes l’année dernière.
Deux autres noms n’ont pas encore été rendus publics.


