Les dirigeants européens veulent faire de l’Europe une puissance économique compétitive dotée d’un marché unique fort, mais ils doivent s’entendre sur la manière de le construire et de le financer. Ces questions seront au cœur d’un sommet informel jeudi.
Les dirigeants de l’UE se réuniront jeudi pour discuter de manière informelle des priorités de l’agenda économique européen, notamment de la manière de renforcer le marché unique et de rendre l’Europe plus indépendante et compétitive économiquement.
Parmi les propositions sur la table figurent la suppression des barrières pour les entreprises basées dans l’Union européenne via un programme de « simplification », l’attraction d’investissements extérieurs à l’UE, l’utilisation d’euro-obligations et l’octroi d’une préférence aux entreprises européennes afin de renforcer les industries européennes.
Bien que tous les dirigeants conviennent que le bloc doit être plus fort et plus résilient face à la domination croissante du marché chinois et à la politique commerciale agressive des États-Unis, les points de vue divergent encore sur la manière d’y parvenir.
Les dirigeants européens ne devraient pas prendre de décisions lors du sommet informel de cette semaine, mais la qualité des discussions au château d’Alden Biesen pourrait donner une indication sur ce qu’ils entendent concrètement par renforcer le marché unique, réduire la dépendance de l’Europe à l’égard des puissances étrangères et rendre l’Europe plus compétitive.
Le sommet Draghi et la « véritable fédération »
Parmi les invités à la retraite figurent les anciens Premiers ministres italiens Enrico Letta et Mario Draghi. Les deux hommes ont chacun rédigé des rapports en 2024 sur le marché unique et sur la manière de rendre l’Europe plus compétitive, les propositions de Draghi dans son rapport retenant particulièrement l’attention.
« J’ai invité Mario Draghi et Enrico Letta à nous rejoindre pour faire le point sur ce que nous avons fait mais aussi pour examiner ce que nous devons réaliser », a déclaré le président du Conseil européen, António Costa, dans une interview à L’Observatoire de l’Europe.
Dans un discours prononcé début février, Draghi a averti que l’UE « risque de devenir subordonnée, divisée et désindustrialisée » si elle ne se transforme pas en une « véritable fédération ».
Les divisions politiques et structurelles entre les États membres affaiblissent l’Europe, a-t-il déclaré.
Toutefois, la création d’une fédération européenne n’est pas soutenue par de nombreux membres du bloc. Parmi les principaux opposants figure l’actuelle Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a plusieurs fois attaqué explicitement l’idée d’une fédération européenne et a plutôt plaidé en faveur d’une Europe composée d’États membres puissants.
« Fabriqué en Europe »
L’ordre du jour portera également sur la manière de réduire les formalités administratives pour les entreprises européennes, l’Allemagne et l’Italie menant une discussion sur le sujet.
Dans un document commun consulté par L’Observatoire de l’Europe, les deux pays présentent un programme de simplification de la législation européenne, le soi-disant « omnibus » que la Commission européenne présente depuis le début de son mandat en décembre 2024.
L’objectif est de rendre l’Europe moins bureaucratique afin de permettre aux entreprises européennes de prospérer et d’attirer les investissements étrangers.
Un débat sur la possibilité de donner la préférence à l’industrie européenne pour stimuler le secteur est à l’ordre du jour jeudi, avec des points de vue encore différents sur la manière d’y parvenir. Mais « les industries européennes d’abord sur les secteurs stratégiques » figureront en bonne place à l’ordre du jour de jeudi, selon une source diplomatique qui s’est entretenue avec L’Observatoire de l’Europe sous couvert d’anonymat.
Le rapport de Draghi soutient fortement le financement de la croissance européenne par des euro-obligations, et le président français Emmanuel Macron a évoqué cette idée mardi dans plusieurs entretiens accordés à des médias européens.
« Étant donné que le budget européen est contraint, le moment est venu de lancer une capacité d’endettement commune pour ces dépenses futures, les futures euro-obligations. Nous avons besoin de grands programmes européens pour financer les meilleurs projets », a déclaré Macron.
Selon le rapport Draghi, l’Europe a besoin de 750 à 800 milliards d’euros par an pour être compétitive.


