L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Le refus



Gifle ? Camouflet ? Affront ? Comment qualifier l'humiliant désaveu qu'ont subi, le 7 juin, les partisans de l'intégration européenne ? Avec une moyenne de 56,8%, l'abstention bat un nouveau record ; elle obtient la majorité absolue dans exactement les deux tiers des vingt-sept Etats-membres.




Le refus

La tendance souffre si peu d'exceptions que l'UE dessine ainsi un réjouissant paradoxe en parvenant à unifier les peuples européens sur un - et un seul - point : contre elle. Ce véritable refus constitue un nouveau tremblement de terre politique. Le fait qu'il ait été attendu et annoncé ne doit pas masquer sa profondeur. Sauf à considérer, comme la très audacieuse Marielle de Sarnez (Modem), que l'abstention est le signe indubitable d'une acceptation croissante de l'Europe... EN réalité, la précipitation avec laquelle les uns et les autres ont fait assaut de sondages opportuns et d'édifiante méthode Coué constitue a contrario une confirmation : c'est bel et bien l'"idée européenne" - et pas seulement sa mise en oeuvre - qu'une large part d'abstentionnistes a, de fait, choisi de mettre en cause.

En France, quelques jours avant le scrutin, Dominique de Villepin exhortait à comprendre que "le besoin d'Europe n'a jamais été aussi évident" et que "l'Europe est l'avenir du monde" ; Ségolène Royal déclamait même que "nous pouvons vaincre l'ensauvagement du monde en transformant l'Europe pour en faire un modèle de civilisation" (sic!) ; enfin, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lançaient, à la veille du scrutin, un vibrant appel commun ainsi conclu : "nous appelons tous les Européens à voter aux élections européennes, il n'y a pas de meilleur moyen de soutenir l'objectif d'une Union plus forte". Quand de tels discours mettent pathétiquement en demeure les citoyens de soutenir l'Europe, et que ces derniers esquissent un tel bras d'honneur, il est difficile d'évoquer le simple "désintérêt" qui se serait manifesté à l'égard de l'UE. Si l'intégration européenne laissait "indifférents" les Français, on comprendrait mal la passion - et la participation - qui avaient caractérisé le référendum de 2005.

Le mépris par lequel fut traité le verdict majoritaire d'alors - une vraie leçon de chose sur l'Europe, réitérée avec l'Irlande - n'est certainement pas pour rien dans le rejet d'Europe exprimé le 7 juin. C'est sans doute Caroline Fourest - collaboratrice du mensuel Charlie Hebdo et chroniqueuse régulière au Monde - qui a le plus lucidement situé les enjeux, en alertant, quelques semaines avant le vote : "l'échec du taux de participation à ces élections serait plus grave encore que l'échec du référendum sur le traité européen". Outre-Rhin, le Financial Times Deutschland (FDT) a pour sa part tiré le signal d'alarme. Le quotidien allemand (dont le nom indique assez qu'il n'est pas l'organe central du prolétariat eurosceptique) évoque le danger de "destruction du plus grand projet des élites européennes pour la paix et la stabilité" en précisant : "si le Non à l'Europe devient une recette à succès, alors c'en sera fini de l'Union européenne".

De fait, l'abstention massive du 7 juin a politiquement obéré les chances qui restaient au "traité de Lisbonne" (sobriquet donné à l'avorton mort-né de la défunte constitution européenne) de ressusciter un jour. Et même s'il entrait juridiquement en vigueur, il ne serait plus en mesure de renforcer l'intégration, ce qui était sa raison d'être. Tant il est vrai qu'un projet politique artificiel privé du moindre "carburant" populaire - à défaut d'enthousiasme, à tout le moins d'assentiment tacite - ne peut que voir le sol se dérober sous ses pieds.

Comme en écho à l'éditorial du FDT, un responsable de Business Europe (le patronat européen) avait confié en privé qu'il voyait les élections européennes comme un "quitte ou double". Manifestement, la réponse a plutôt été : quitte. Quitte l'Europe ?

Pierre LEVY
La lettre de Bastille République Nations
18 juin 2009 - n°44

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