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Mardi 20 Septembre 2011

La "sécession monétaire est réalisable en huit jours"



"L'échec de l'euro était programmé dès la conception. Mes amis et moi-même n'avons cessé de prévenir de ses dangers. La nation : voilà le chaînon manquant, le "critère de convergence" omis, le tabou oublié par les eurolâtres. Un marché commun peut fonctionner aussi bien, sinon mieux, sans monnaie unique. La sécession monétaire peut être réalisée facilement, en huit jours seulement, sans perturber les Français dans leur vie quotidienne. Il paraît urgent d'inventer, pour demain, une méthode différente et radicalement nouvelle, permettant de dessiner les contours et les institutions de l'Europe de l'avenir : une Europe plus flexible, plus souple, moins uniforme ; une Europe plus respectueuse des souverainetés et des sécurités nationales. Les empires chimériques qui prétendent, par le feu, la peur ou la monnaie, se construire sur la négation de l'histoire sont sans avenir. La nation est le chemin du monde."


Philippe de Villiers, député au Parlement européen, Président du Mouvement pour la France
Philippe de Villiers, député au Parlement européen, Président du Mouvement pour la France

par Philippe de Villiers

Vous avez aimé les farines animales, vous adorerez l'euro (Albin Michel, 2001)  *

EXTRAITS


La monnaie unique, "mes amis et moi-même n'avons cessé de prévenir de ses dangers" 

"Avec le recul du temps, on sait très bien aujourd'hui ce qui s'est passé au moment de l'affaire de la vache folle. Dès le début de la crise, la Commission a amplifié la contagion du mal en cherchant à imposer à tout prix le fameux dogme dela liberté de circulation des marchandises. Ce dogme était considéré à Bruxelles comme très supérieur au principe de précaution, et donc au contrôle aux frontières nationales. (...) Le dogme du marché unique fut (...) déclaré supérieur à la santé des gens. Or, il se trouve que, du marché unique à la monnaie unique, il n'y a qu'un pas. Car c'est la même obstination, la même adhésion sectaire aux dogmes de la même idéologie, doublée de la même indifférence totale aux préoccupations concrètes des gens, que j'ai rencontrés à chaque étape de mes travaux sur l'euro.

 
Voilà pourquoi le titre de ce livre n'est pas que polémique. Il y a un point commun dans toutes ces affaires : la vraie nature de l'union européenne, bureaucratie détentrice d'un dogme qui se croit supérieur aux peuples. Depuis 1992, avec Notre Europe sans Maastricht (1) , depuis 1998 avec A chaque peuple sa monnaie (2), mes amis et moi-même n'avons cessé de prévenir de ses dangers.
 
Au-delà de la propagande qui met en avant les petits bénéfices de l'euro pour le simple voyageur-consommateur, à travers la facilité du change frontalier, on sent bien aujourd'hui que la monnaie unique reste une entreprise dont les motivations profondes sont totalement étrangères aux besoins concrets de chacun d'entre nous. Quelquefois, l'euro peut - je dirais presque : par coïncidence - procurer aux citoyens quelques avantages techniques ponctuels, mais, dans une vision plus large, il entre en collision avec l'intérêt supérieur des communautés nationales qui s'apprêtent à sacrifier un signe fort d'appartenance et de stabilité. C'est au point extrême de cette obstination européenne que nous parvenons aujourd'hui, avec la disparition physique du franc, concrétisée par l'échange matériel des pièces et des billets en monnaie nationale contre des euros."
 
Le signe de l'infiniment petit traversé d'un code barre de supermarché
 
"La leçon est claire : l'utopie monétaire n'a pu naître et s'épanouir que dans les arcanes de ce système institutionnel européen coupé des peuples. Dix ans après, les mêmes prophètes bureaucrates nous refont le même coup du "progrès" avec les mêmes expressions : c'est "irréversible et c'est pour votre bien", avec les mêmes démonstrations, les mêmes mains pleines des mêmes promesses et des mêmes métaphores.
 
Ils brandissaient d'une main les textes sur la liberté de circulation des aliments artificiels, et tenaient dans l'autre une poignée de farine animale. Aujourd'hui, ils brandissent d'une main les statuts de la Banque centrale et tiennent dans l'autre main quelques billets virtuels de cette monnaie artificielle, de cette monnaie sans territoire et sans visage, de cette monnaie dont le symbole graphique ne ressemble à rien d'autre qu'au signe de l'infiniment petit (l'epsilon grec) traversé d'un code barre de supermarché. L'euro est une monnaie qui glisse entre les doigts, une monnaie de farine, une monnaie de cendre.

L'histoire de l'euro commence à peu près comme celle des farines animales elle pourrait bien finir de la même manière".
 
(p.9 à 12)
 
Petite convergence et grande convergence
 
"L'euro est un costume de grand couturier mais un costume standard alors que les monnaies nationales, plus modestes, demandent du sur mesure. Elles cherchent à épouser les formes et les goûts des tempéraments et des nations. A chacun sa culture à chacun son costume.
 
En langage technique, on dit que "les économies divergent" et qu'il y a des "cycles conjoncturels décalés". Pour rattraper les décalages et effacer les divergences, les eurocrates ont imaginé une sorte de corset - à base de toise et de poids moyen -, pour ramener tout le monde à la taille standard. Ils appellent ce corset de travail : la "convergence". Le problème, c'est qu'il y a deux sortes de convergences : la petite, celle des financiers, la grande, celle des sociétés.
 
Le pari impossible de l'euro c'est de n'avoir retenu que la petite convergence, c'est-à-dire un rapprochement à courte vue des économies nationales qui finiraient ainsi par se ressembler pour pouvoir enfiler le costume standard des couturiers de Francfort.

Les critères qui ont été choisis sont très superficiels ; ce sont des critères financiers minimaux relatifs aux finances publiques, à la dette, à l'inflation, aux taux d'intérêts, aux fluctuations de change.
 
Cette petite convergence ne touche que la partie visible des économies nationales. Il y a tout le reste : les salaires, les systèmes sociaux, la fiscalité, la structure du capital, les spécialisations de la production, la pyramide des âges, les préférences collectives, les pesanteurs de l'histoire, et donc les réactions des peuples etc.
 
Tout cela c'est ce que l'on pourrait appeler la "grande convergence"(3) celle des sociétés.
 
Faire converger des sociétés, c'est autre chose que de faire converger les dettes publiques et des déficits.
 
L'Histoire, d'ailleurs, ne fourni aucun exemple de ce genre de tentative de thaumaturgie."
 
"Nous voilà dans l'impasse. L'échec était programmé dès la conception"
 
"L'Euroland constitue-t-il une zone monétaire optimale ? La réponse est non.
 
Vous ne ferez jamais converger des fleuves dont les niveaux d'eaux et les débits sont trop différents, sauf à prévoir... des écluses. Et les écluses, en économie, portent un nom : ce sont les changes des monnaies ; elles s'ajustent, elles se lèvent, elles s'abaissent, elles se règlent pour réguler le débit, le volume et le niveau en fonction de l'offre et de la demande.
 
L'expression savante de zone monétaire optimale est un long détour de la science économique pour redécouvrir ce que la science politique connaît et décrit depuis la plus haute Antiquité : l'idée de communauté de sacrifice et de communauté de mode de vie.
 
Pour qu'une monnaie unique fonctionne sans exploser ou faire exploser l'espace auquel elle s'applique, il faut que soient réunies des conditions préalables qui sont les critères mêmes de la grande convergence : une vraie solidarité financière naturelle, une vraie homogénéité des préférences, une vraie mobilité des personnes, une aptitude à décider en commun, une authentique capacité à accepter des sacrifices pour aider le voisin - les Bretons aidant les Bourguignons sans problème - ou pour favoriser la réalisation des buts de l'union.
 
A quoi fait donc penser cette énumération ? Tout simplement aux contours d'une nation. Voilà le chaînon manquant, le "critère de convergence" omis, le tabou oublié par les eurolâtres : "Pour établir une monnaie unifiée entre plusieurs collectivités, il faut que celles-ci présentent déjà les caractères d'une nation. Tous les autres critères sont secondaires par rapport à celui-là (4)."
 
Nous voilà dans l'impasse. L'échec était programmé dès la conception. La zone euro n'est pas une zone monétaire optimale. Non seulement la convergence des financiers, la petite convergence superficielle des comptables de la courte vue, n'entraînera jamais la convergence des sociétés, la grande convergence des cultures et des regards, mais c'est l'inverse qui aujourd'hui, déjà, se produit. La divergence des cultures, des comportements et des sociétés est en train de faire exploser la petite convergence des paramètres financiers. Bref, tout diverge. Déjà."
 
Gouvernance économique : "un tel remède ne ferait qu'aggraver le mal"
 
"Devant ces divergences des économies nationales la tendance des responsables de la zone euro et de "forcer la convergence". Première catégorie de suggestion : durcir la "surveillance multilatérale" de l'ensemble des politiques économiques plutôt que de continuer à agir comme aujourd'hui par simples recommandations (...) C'est-à-dire passer au système des amendes infligées en cas d'infractions. Seconde catégorie : formaliser l'eurogroupe pour qu'il soit institué comme un véritable "gouvernement économique" de la zone euro - c'est le sens du discours de Lionel Jospin le 28 mai 2001.
 
Ces propositions reviendraient à étendre à d'autres politiques l'unification entreprise avec la monnaie. Un tel remède ne ferait qu'aggraver le mal. Car la cause du mal, aujourd'hui, c'est précisément l'unification monétaire elle-même qui impose une politique de taux d'intérêt uniforme, rigide, appliquée à des situations nationales divergentes."

 
(p.78 à 85)

Le jeu de dominos de la crise monétaire de l'Euroland (© Le Point.fr)
Le jeu de dominos de la crise monétaire de l'Euroland (© Le Point.fr)

Par le passé, la France est déjà sortie d'une union monétaire
 
"Considérant que les "avancées" de la construction européenne ne peuvent être qu'"irréversibles", les eurofédéralistes laissent entendre que les souverainistes mèneraient un combat d'arrière-garde. Si on les écoutait, l'entrée dans la monnaie unique serait une aventure sans retour: une fois réalisée, l'union monétaire ne pourrait plus être dissoute, et aucun pays membre de pourrait plus jamais en sortir. Ces affirmations péremptoires sont en quelque sorte l'ultime verrou du mensonge : nous voilà cadenassées pour toujours. Inutile de bouger. Pas d'évasion possible. Il y en a pour mille ans.
 
Tout au long de l'histoire, depuis les origines de la monnaie, en Lydie, à l'époque du roi Crésus, de nombreux Etats, cités ou nations ont choisi de battre monnaie pour affirmer leur souveraineté. L'unification monétaire, par fusion de monnaies préexistantes, est un phénomène beaucoup plus rare. On a vu, plus souvent, des Etats imposer leur monnaie à d'autres, de gré ou de force. C'est ce qui se passe, de nos jours, dans certains pays d'Amérique latine, qui adoptent le dollar des États-Unis, à la place de la monnaie nationale. Autrefois, sous le régime de l'étalon-or, la France avait, de la même façon, convaincu certains de ses voisins de se rallier à sa monnaie, dans le cadre de l'Union latine, qui a fonctionné entre 1865 et 1914 : en sorte que le franc français, le franc belge et le franc suisse, ainsi que la lire italienne, constituaient alors une même unité monétaire. Cette Union latine a fini par s'écrouler : il n'est donc pas inutile de rappeler que nous sommes déjà sortis d'une union monétaire. Elle était, à dire vrai, d'une nature bien différente de celle qui est actuellement mise en oeuvre avec l'euro, puisqu'il n'y avait pas de Banque centrale supranationale, et que le franc-or -  parfaitement et indéfiniment convertible en métal précieux - obéissait, en fin de compte, aux forces objectives du marché.
 
Plus récemment, en Europe centrale et orientale, après la chute du mur de Berlin en 1989, la dislocation de l'empire soviétique et des Etats multinationaux comme la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie a suscité la naissance ou la renaissance de nombreuses monnaies nationales. Le meilleur exemple est celui de la Tchécoslovaquie.
 
Aux élections législatives de juin 1992, c'est la droite qui l'a emporté chez les Tchèques avec Vaclav Klaus, tandis que les Slovaques choisissaient la gauche. Il est devenu rapidement évident que les deux peuples ne pouvaient pas s'entendre et ne parviendraient plus à vivre ensemble. C'est ainsi que les deux parties décidèrent de divorcer pacifiquement, par consentement mutuel... La Tchécoslovaquie fut dissoute à la date du 1er janvier 1993, la République tchèque et la Slovaquie proclamant chacune leur indépendance. Les deux nouveaux Etats conservaient, cependant, la même monnaie et maintenaient une union douanière, ainsi que la liberté de circulation et d'installation des travailleurs, donc un marché commun. Or, si le marché comme tchécoslovaque a perduré jusqu'à aujourd'hui, la monnaie unique a tenu à peine plus d'un mois ! Incapable de résister aux mouvements de capitaux qui menaçaient de déstabiliser leurs systèmes financiers, les deux gouvernements ont vite jugé indispensable de séparer leurs monnaies. La nouvelle a été rendue publique le mardi 2 février 1993 et l'opération n'a duré que quatre jours, du jeudi au dimanche. Le lundi 8 février, la couronne tchécoslovaque avait vécu. Les comptes en banque avaient été basculés très simplement, dans chaque pays, dans la nouvelle monnaie nationale, et on avait collé un timbre sur les billets de banque pour les identifier comme tchèques ou slovaques. Seules les petites coupures et les pièces, qui représentent 3 % de la masse monétaire, sont restées provisoirement les mêmes."
 
 
On peut "sortir en huit jours" d'une monnaie unique et le marché fonctionner "aussi bien sinon mieux"
 
"Deux conclusions peuvent être tirées de l'exemple tchécoslovaque.
 
La première, c'est qu'un État peut sortir en huit jours d'une monnaie unique, alors qu'il faut des années pour effectuer l'opération inverse. En effet, quand la conversion se fait au taux de 1 pour 1, l'homme de la rue n'est pas désorienté ; il ne voit, en réalité, aucun changement ; et les banques, quant à elles, n'ont pas à gérer de sombres problèmes d'arrondis. Il en va tout autrement lorsque la nouvelle unité monétaire vaut 6,55957 fois l'ancienne... Comme le disent Jan Fidrmuc et ses collaborateurs (5) , "finalement, l'effondrement rapide de l'union monétaire tchéco-slovaque montre que, tandis que la constitution d'une union monétaire est une oeuvre laborieuse qui prend bien des années, sa dissolution peut se produire rapidement et qu'elle n'est pas nécessairement coûteuse. (...) La facilité avec laquelle la République tchèque et la Slovaquie ont introduit de nouvelles monnaies nationales, cinq semaines à peine après la suppression de leur union politique, prouve que les coûts techniques de la séparation monétaire ne doivent pas être très élevés."
 
La seconde conclusion, c'est qu'un marché commun que fonctionner aussi bien, sinon mieux, sans monnaie unique. A cet égard, l'étude Jan Fidrmuc montre que la Tchécoslovaquie n'était pas une zone monétaire optimale, malgré la relative exiguïté de son territoire, malgré, aussi, la proximité culturelle des Tchèques et des Slovaques, qui facilitait la mobilité de la main-d'oeuvre entre les deux pays, et que les deux économies subissaient des "chocs asymétriques" qui rendait nécessaires d'importants transferts budgétaires, au bénéfice de la Slovaquie.
 
L'auteur souligne que la fin de l'union monétaire était fondée sur de solides raisons économiques et n'était donc pas l'expression d'un nationalisme irrationnel, qui aurait été contraire aux intérêts bien compris des Tchèques et des Slovaques. Comme le dit encore Jan Fidrmuc, "l'arrêt des transferts budgétaires après l'éclatement de l'union politique a scellé le destin de l'union monétaire".
 
La leçon de l'exemple tchécoslovaque vaut d'être méditée. La monnaie unique européenne impliquera d'énormes transferts budgétaires, qui seront ressentis comme des charges de plus en plus insupportables par les nations mises à contribution, dont la nôtre. Et il faut savoir que la sécession monétaire peut être réalisée facilement, en huit jours seulement, sans perturber les Français dans leur vie quotidienne, alors que la création de l'euro, qui a demandé des années, sera vécue par beaucoup de nos concitoyens comme une épreuve arbitraire, voulue par des technocrates et des idéologues."
 
Tôt ou tard, "la France recouvrera sa monnaie nationale" et l'euro n'aura été "qu'une parenthèse délirante"
 
"Par conséquent, si l'euro doit remplacer le franc en 2002, il ne faut pas pour autant perdre espoir : tôt ou tard, la France recouvrera sa monnaie nationale, avec sa souveraineté.
 
Pour l'Europe, l'euro aura été une parenthèse délirante, un accident de parcours provoqué par une erreur de jugement.
 
En effet, "avant de savoir quelle union monétaire il convenait d'imaginer, il eût fallu d'abord anticiper la vision de l'Europe que l'histoire retiendrait (6)". Or, la vision de l'Europe qui a été proposée par les eurocrates au moment de faire l'euro n'était pas la bonne : elle était, à terme, condamnée par l'Histoire.
 
Parce que depuis le 9 novembre 1989, l'Histoire impose une Europe à 25, 30, 35 et qu'une monnaie unique à 35 pays, avec 500 millions d'utilisateurs, c'est aussi absurde qu'une Europe de 500 millions de citoyens opinant à une norme unique imposée par les commissaires de Bruxelles. Et depuis le 11 septembre 2001, l'Histoire met au premier plan les questions de sécurité plutôt que les questions de liberté de circulation.
 
L'euromania a engagé l'Europe en trois impasses, trois contresens historiques : elle pousse à rétrécir l'Europe qui ne demanderait aujourd'hui qu'à s'étendre jusqu'à ses confins, elle fracture l'Europe en plusieurs morceaux puisque, dès le départ, l'Angleterre s'est absentée de cette construction hasardeuse ; enfin, elle poursuit un modèle d'intégration aujourd'hui complètement dépassé.
 
Il est évident qu'à partir du moment où les pays d'Europe centrale et orientale ont été libérés du joug soviétique, la question de la construction européenne ne se posait plus de la même manière.
 
Avant la chute du mur de Berlin, la question européenne était celle d'une Europe de petite taille, unitaire et centralisée, monolithique et à vocation supranationale. Aujourd'hui, c'est la question de la "Grande Europe" qui se pose. Le schéma de l'intégration avec, comme finalité, la fusion des nations et l'émergence d'un super-État-fédéral, est devenu inadapté, anachronique.
 
Il paraît urgent d'inventer, pour demain, une méthode différente et radicalement nouvelle, permettant de dessiner les contours et les institutions de l'Europe de l'avenir : une Europe plus flexible, plus souple, moins uniforme ; une Europe plus respectueuse des souverainetés et des sécurités nationales.
 
L'idée d'intégrer - qui plus est par l'économie et la monnaie - les nations dans une purée de marrons à trente pays est une pure folie.
 
L'Europe ne peut plus être un moule unique et imposer cette marche forcée vers un super-Etat centralisé à Bruxelles.
 
Les élites post-nationales qui ont promu l'euro se trompent sur l'Europe. Elles se trompent aussi sur le monde : le monde qui vient est un monde de nations, les grands ensembles sont balayés par l'Histoire. Elles se trompent enfin sur la France. Tout est entrepris pour la faire disparaître. On la mutile des attributs de sa souveraineté : lois, frontières, monnaie, défense - il n'y a plus d'armée française, sauf pour le 14 juillet.
(...)
Ce sont les fossoyeurs de la France. Ils seront emportés, un jour ou l'autre, par les vents de l'histoire. La France ne veut pas mourir. Le mondialisme marchand est une hystérie antinationale qui sera emportée comme toutes les internationales du XXe siècle. Seul demeurera le fait national. Le Mur fédéral de Bruxelles tombera. Le Mur de Maastricht tombera. Le Mur d'Amsterdam tombera. Le Mur du mensonge tombera.
 
Parce que les constructions artificielles s'effondrent toujours. Rien ne se construit de durable contre les réalités. Et les seules réalités internationales, ce sont les nations. Les empires chimériques qui prétendent, par le feu, la peur ou la monnaie, se construire sur la négation de l'histoire sont sans avenir.
La nation est le chemin du monde.
Le franc est mort. Vive le franc !"


Philippe de Villiers

 
(p.157 à 165)
 
_________________
 
* Essai paru chez Albin Michel en 2001 => commander l'ouvrage
Les intertitres ont été ajoutés par la rédaction de l'ObsE.



(1) Philippe de Villiers, Notre Europe sans Maastricht, Albin Michel, 1992
(2) Georges Berthu, A chaque peuple sa monnaie, François-Xavier de Guibert, 1998
(3) Georges Berthu, A chaque peuple sa monnaie, op. cit.
(4) Robert Mundell, dans American Economic Review.
(5) Jan Fidrmuc, Julius Horvath et Jarko Fidrmuc, Stability of Monetary Unions : Lessons from the Break-up of Czechoslovaquia, Working Paper B 17, ZEI, 1999, pp. 29-30.
(6) Dominique Souchet au Parlement européen, le 1er août 2001.
Mardi 20 Septembre 2011

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1.Posté par Bernard DUJARDIN le 21/09/2011 09:15 | Alerter
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Les Eurocrates avaient pourtant l'exemple de l'ex-Tchécolovaquie : lorsque ces deux pays se sont séparés pour faire deux républiques (Slovaquie et République Tchèque), ils ont pensé judicieux de conserver la même monnaie afin de rendre les échanges plus faciles ; leurs développements étant divergeants, le système n'a pas tenu et ils ont du revenir à deux monnaies différentes. Malgré cela nos Eurocrates n'ont pas compris la leçon et on quand même fait l'Euro. Rappelez vous, les math modernes au lycée, les Etats-Unis avaient échoué, on allait être plus malin ! Et pourtant ... on n'a pas été plus malin. Dommage que l'on ne sache pas profiter des leçons de l'Histoire. (Et en plus on veut saboter l'enseignement de l'Histoire ...). Cherchez l'erreur !

2.Posté par Nicolas le 27/10/2011 19:32 | Alerter
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PDV n'est pas sans savoir que ce changement de monnaie s'est effectué au prix d'une dévaluation drastique qui s'est soldée par la disparition des avoirs bancaires des particuliers. Par ailleurs le système monétaire des pays du COMECON peut-être difficilement comparée à celle des pays de l'euro qui ont connu le fantastique développement des systèmes de financement par la dette, avec notamment les échanges de produits dérivés qui constituent le gros de la masse monétaire actuelle. Ces liens de financement entre zones économiques (la Russie par exemple, compte comme la Chine, possède des réserves monétaires importantes libellées en euro qui rentrent dans la composition du panier monétaire servant à définir la valeur du rouble) font qu'il est difficile de sortir d'une monnaie comme l'euro sans mettre à plat tous les accords de financement dont dépendent les échanges commerciaux. Dans le cas des pays de l'Est, c'est l'aide américaine et européenne (via la BERD, le FMI, la banque européenne de financement, etc) qui ont permis à ces pays de traverser la transition monétaire sans dommages majeurs pour la population. Cette aide sera absente dans le cas de la France qui devra sans sortir sans les marchés en retournant à un système de fourniture de liquidités par sa banque centrale dans un contexte d'effondrement de sa balance des paiement et de sa balance commerciale, jusqu'à ce qu'elle recrée une économie suffisamment solide sur laquelle puisse s'adosser une monnaie nationale forte. Cela passe par exemple par le rapatriement de notre outil industriel délocalisé à l'étranger et la reconstitution d'une agriculture de subsistance capable de faire vivre les millions d'actifs employés jusque là par le secteur public grâce au financement en euros. La transition monétaire est donc loin d'être aussi anodine que le prétend PDV. Elle aura forcément des répercussions économiques et sociales profondes demandant pour être surmontées avec succès l'application de réformes drastiques par des hommes politiques "à poigne".

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