Jeudi 15 Mai 2008
18:32
Accueil

Inscrivez ici votre @dresse e-mail
 

http://www.observatoiredeleurope.com/download/15_points_pour_la_renegociation.pdf

L'ObsE en direct sur votre site/blog ? (clic gauche)
index.php?action=syndication



http://www.observatoiredeleurope.com/index.php?action=soumettre&type_soum=soum_annuaire&id_soum=1567


Home  >  TRIBUNE

TRIBUNE

La douleur du membre fantôme


Lorsque le corps humain subit une amputation, il arrive au patient de ressentir parfois pendant des mois, ce que les neurologues appellent la "douleur du membre fantôme", c'est à dire celle qui siège dans la partie amputée. Le corps parlementaire français en serait-il lui aussi victime ? N'a-t-il toujours pas réalisé qu'il s'était amputé lui-même de sa souveraineté ? En effet, comme lors de la discussion relative à la transposition des directives OGM en mars dernier, ce sont cette fois des directives "anti-discrimination" qui font râler les parlementaires français et que - tenez-vous bien - ils tentent d'amender..! Il s'agit pourtant des mêmes élus qui ont dit "oui" à tous les traités européens, y compris la Constitution européenne et le traité de Lisbonne qui la recycle malgré le "non" du 29 mai.



par Christophe Beaudouin*

La douleur du membre fantôme

Voici, de la part des "élus de la nation", une nouvelle démonstration de ce qui constitue soit de l'hypocrisie, soit de la schizophrénie. Sont-ils toujours auto-persuadés que l'on construit une "Europe française" ou bien nous prennent-ils pour des imbéciles ? Ils chantent à tue-tête les louanges de l'Europe unique et reçoivent ensuite les directives et règlements européens - déjà 17.000 actes - comme des douches froides, qu'ils peinent à transposer, faisant encourir à la France des condamnations pécuniaires pharaoniques par la Cour de Luxembourg - 586.964.203 euros provisionnés en 2008 au titre des litiges communautaires ! -, s'apercevant que leur "Europe" adorée ne produit pas ce qu'ils en espéraient, et que leurs gesticulations sont désormais vaines. Pas plus que ceux qui l'ont précédé, le traité de Lisbonne, qui transfert soixante-huit nouvelles compétences à Bruxelles et consacre quarante ans de jurisprudence sur la primauté du droit européen y compris sur la Constitution française, ne permet aux Parlements nationaux de s'opposer au moindre texte européen que ce soit.  

Quatre directives "communautaristes" 

Cette fois, l'ire parlementaire est dirigée contre quatre directives communautaires relatives à l'égalité de traitement (2000/43/CE du 29 juin 2000, 2000/78/CE du 27 novembre 2000, 2002/73/CE du 23 septembre 2002 et 2004/113/CE du 13 décembre 2004). Selon la Commission européenne qui, comme c'est sa mission, veille activement à l'application du droit communautaire, nos chambres de transposition du droit européen - pardon, le législateur français - ont omis d'inscrire en droit national la définition des discriminations directes et indirectes, du harcèlement moral et du harcèlement sexuel, les dispositions interdisant d'enjoindre de pratiquer une discrimination, ainsi que celles assurant la défense des victimes. C'est pourquoi la Commission de Bruxelles a engagé à l'encontre de la France trois procédures d'action en manquement, le délai expirant le 15 août 2008 pour certaines des transpositions nécessaires. 

Ce que reprochent les Sénateurs à ces textes européens, c'est qu'ils imposent des définitions qui considèrent comme une discrimination toute situation où une personne « est traitée de ma­nière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne le serait dans une situation comparable » en ­raison de son sexe, de ses origines ethniques, de sa vie privé, de sa religion ou de ses convictions politiques. Le 9 avril dernier au Sénat, le rapporteur du texte, Muguette Dini, membre du très européen groupe parlementaire de l'Union centriste-UDF, a osé bousculer le dogme ("c'est-européen-donc-c'est-bien") en appelant ses collègues à « ne pas fermer les yeux sur le contenu du texte » qui risque de « nous entraîner sur le chemin du communautarisme », sous les applaudissements de la majorité sénatoriale. Sur le ton de celle qui vient de faire la découverte du siècle, elle s'insurge contre cette approche « inspirée des pays anglo-saxons », « incite à la mise en exergue des identités particulières » et abolit un principe essentiel du droit français : « Toute différence de traitement ne constitue pas nécessairement une discrimination et certaines d'entre elles sont légales. » Le président de la commission des affaires sociales du Sénat, Nicolas About (Union centriste-UDF, lui aussi, donc très "européen") lui a emboité le pas en jugeant « très regrettable » que les gouvernements français successifs n'aient pas défendu « la conception républicaine de l'égalité » lors de la négociation des directives, visant sans les nommer Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin[1]. 

 « La Commission n'hésitera pas à sai­sir la Cour de justice européenne, qui lui donne raison dans 95 % des cas » 

Mais depuis quand y-a-t-il une majorité qualifiée au Conseil, pour suivre la France dans son approche imprégnée notamment de droit romain, et qui aurait la même conception que nous de l'égalité ? L'on pourrait décliner ainsi la question au sujet des OGM, de la bioéthique, du commerce, du rapport aux Etats-Unis etc... "Parmi les Gaulois, les Germains et les Latins, beaucoup s'écrient : "Faisons l'Europe!" Mais quelle Europe? C'est là le débat" interrogeait justement le général de Gaulle au cours de sa conférence de presse du 23 juillet 1964. Que nos conceptions soient de plus en plus souvent minoritaires en Europe, ne date pas d'hier. Que malgré tout, la France s'obstine à signer des traités qui la lient pour un nombre croissant de domaines, au bon-vouloir de la Commission et à la règle majoritaire en Conseil, non plus. Que le droit européen s'impose au droit français, à commencer par le gouvernement et le parlement chargé de le transposer, encore moins. 

Et pourtant, c'est dans un élan quasi souverainiste que la droite sénatoriale et certains socialistes ont joint leurs voix à celles des centristes, pour adopter des amendements modifiant le projet de loi du gouvernement, c'est à dire la directive ! Il s'agit d'éviter des "condamnations fondées sur de simples suppositions et des hypothèses invérifiables". C'est finalement la très nature Nadine Morano, secrétaire d'État à la famille, qui au nom du Gouvernement a rappelé à l'ordre (communautaire) nos si peu sages Sénateurs que : « la Commission européenne nous a demandé très explicitement de reprendre sa définition des discriminations. Si le Parlement retient une autre définition, la Commission n'hésitera pas à sai­sir la Cour de justice européenne, qui lui donne raison dans 95 % des cas. »  Et elle a raison : c'est ça l'Europe tant voulue par les députés et sénateurs. 

Quand traité après traité et contre l'avis du peuple, on s'est débarrassé du pouvoir, il ne faut pas se plaindre de ne plus l'avoir. On ne peut pas donner, puis crier "au voleur !".  

ChB
 
*L'Observatoire de l'Europe 


[1] Le sénateur About et sa collègue Dini seraient bien inspirés d'aller aussi vérifier le sens des votes de ceux de leurs collègues eurodéputés qui, à Strasbourg, ont accepté ces directives sans broncher. Ainsi, le 10 mai 2000 au Parlement européen, la totalité des eurodéputés français des groupes PPE-DE (dont RPR, UDF), PSE (Socialistes) et Verts avaient voté le rapport Thomas Mann sur le projet de directive finalement adoptée le 27 novembre 2000 ("égalité de traitement entre les personnes en matière d'accès à l'emploi et au travail"). Sur les projets de directive "égalité de traitement entre les personnes sans distinction raciale ou ethnique" (2000) et "discrimination fondée sur le sexe dans l'accès à des biens et services" (2004), les eurodéputés PS et UDF avaient voté "pour", tandis que le RPR (puis UMP) avait voté "contre". 


Lundi 05 Mai 2008
Lu 672 fois

AccueilAccueil    Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    ImprimerImprimer    Taille +Taille +    Taille -Taille -

ACTUALITE | TRIBUNE | DOCUMENT | REFERENDUM | CAMPAGNE DU NON

Dans la même rubrique :
Après Lisbonne, quelle défense pour quelle politique étrangère ?

EADS et Airbus au service du bloc atlantique ?

Une spéculation d’avenir : l’élevage du baudet du Poitou

Le Traité Européen détruit la démocratie et instaure le féodalisme

Indépendance du Kosovo : la boîte de Pandore des séparatismes ethniques ?

Traité européen : que s'est-il passé ?

Les élites françaises : cyniques ou stupides ?

Le mépris des principes est la cause des malheurs publics

Le songe européen d'Attali

Le Parlement peut-il désavouer le peuple ?

La France sans pouvoirs publics ?

«L’Europe de Sarkozy est antidémocratique»

Jean-Louis Bouche d'Or

Jean-Louis Bouche d'Or - 17/12/2007


Un 'double coup d'Etat'

Gagner plus ? Trois obstacles.

L'ethnicisme contre la nation

Le peuple victime d'un vice du consentement ?

L’éternel retour du ouisme

Non à une Constitution « bis » !, par Jean-Pierre Chevènement

'Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils'

L'eurocrate, le souverainiste et le plombier polonais

Haute trahison

Haute trahison - 17/10/2007


Les Parlements nationaux, grands perdants du futur traité européen

Fédéralisation de l'Europe : après le camouflet, le camouflage

'Une forfaiture qui dénie le suffrage universel'

La France face à la question belge

Turquie : le reniement

Turquie : le reniement - 30/08/2007


Un 'coup d'Etat constitutionnel'

Un mauvais coup contre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

A la veille du sommet de Bruxelles, l'Europe que les peuples demandent

Incorrigible Parlement européen !

Derrière la Constitution européenne, d’autres menaces se précisent

La nouvelle présidence sous oriflamme européiste

Pays-Bas : la tentation gaulliste

L'Union européenne : ils la changent ou on la quitte

Le protectionnisme européen au coeur du Non

Airbus/Eads : comment on en est arrivé là

La laïcité menacée par les textes de l’Union européenne

Bilan d’un euro cher

Bilan d’un euro cher - 08/03/2007


Bon courage, l’Europe !

Pourquoi nous lançons un défi public à l'intégrisme libre-échangiste

L’architecture du bloc euro-atlantique

Paneurope et souveraineté nationale, deux concepts antinomiques

Le vote du 29 mai sera pulvérisé d'ici à 2009

L'Europe par la preuve

L'Europe par la preuve - 18/12/2006


La leçon oubliée de Friedman

L’édification de l’Europe par l’intoxication des lycéens

Immigration : le coût de l'irresponsabilité

L'avenir de la souveraineté populaire

Moyen-Orient : comment l'Europe nous réduit à l'impuissance

Chronique d'un coup d'Etat annoncé

'On nous présente toujours l'Europe comme la solution aux problèmes qu'elle pose'

Le patriotisme économique est-il en train de bouleverser la mondialisation ?

Le Pentagone redessine le monde

Nos industries s'affranchissent de la nouvelle ligne Maginot européenne

Pour une grande réforme de l'Euro, par Jacques Sapir

L'ère démocratique est-elle finie ?

Proche-Orient : la position de la France est 'en train de s’imposer'

La France doit dénoncer la PESC et refuser de payer le chèque britannique

Montréal pris au piège du multiculturalisme

La souveraineté de la nation est-elle dépassée ?

Quelles garanties dans la Constitution française contre l'Europe supranationale ?

Bruxelles, ce Kremlin du XXIe siècle, par Paul-Marie Coûteaux

A quand l'ouverture vers une Europe démocratique ? par Georges Berthu

Un an après

Un an après - 29/05/2006


Faut-il importer le multiculturalisme en France ?

De l'Europe des nationalités à l'Europe des tribus

Accès de corporatisme supranational

Redire un « non » qui n’a pas été entendu

La France selon Nicolas Sarkozy

Sens et perspectives du Non

La 'préférence européenne' relancée par le Prix nobel d'économie Maurice Allais

Europe : en finir avec le défaitisme, par Hubert Védrine

Rien appris, rien compris...

'Par delà la grande diversité des expressions politiques, il y a une pépite qui nous appartient à tous'

Le débat sur l'avenir de l'Euro n'est plus tabou

Pour un Non d’espérance : l'Appel des parlementaires UMP du non

Ne devenons pas 'aquabonistes'

Appel des juristes pour le Non

Le mythe de l’Europe puissance

Quinze propositions pour une Europe des démocraties : adresse au Président de la République

'Ce qu'ils redoutent, c'est le réveil des peuples', Marie-France Garaud

L'Europe divine, par Jean Baudrillard

'Renonçons à la Constitution européenne et lançons un véritable débat sur l'avenir de l'Europe'

Pour construire une autre Europe

La preuve

La preuve - 17/05/2005


Qui sont et où sont les bons européens ?, par Paul Thibaud, Philosophe

Aveuglement, par Maurice Allais, Prix nobel d'économie

La fin de la diplomatie française

Pourquoi on en prend pour cinquante ans

Renégociation : ce n'est pas qu'ils ne peuvent pas, c'est qu'ils ne veulent pas

Les projets politiques sous-jacents, par Georges Berthu

L'heure est au choix radical, par Elizabeth Montfort

10 affirmations du 'oui' passées au crible

Comment le Non peut tout changer

Que restera-t-il des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ?

Cinq fois Non ! par Anne-Marie LE POURHIET, professeur de droit public

La géopolitique secrète de la 'constitution' européenne

Cinq fois non !, par Anne-Marie Le Pourhiet

Ce que nous aurions demandé à Jacques Chirac

'Vers une Europe sociale' ? Réponses aux mensonges du 'oui' - Fiche n°3

Pour une Europe lumière du monde, par Nicolas Dupont-Aignan

Les 'vérités' successives de Michel Barnier, par Philippe de Villiers

'Un débat sans rapport avec la Turquie' ? Réponses aux contre-vérités du 'oui' - Fiche n°2

Si la France reprenait la main...

Cette mauvaise constitution révèle un secret cancer de notre démocratie

'Une Europe plus démocratique' ? Réponses aux contre-vérités du 'oui' - Fiche n°1

Du bon usage du Non, par Jean-Pierre Chevènement

Turquie : c'est le 29 mai ou jamais.

Les enfants d'Europe méritent-ils ça ?

'Le Président ne sera plus que le fantôme d'une République évanouie'

Un super-Etat contre la Démocratie ?

Qui veut de la post-démocratie ?, par Anne-Marie Le Pourhiet

'Le pays qui dira Non imposera sa voix en Europe'

Pourquoi il faut voter Non le 29 mai

Comment la Constitution européenne prépare l'adhésion de la Turquie

Pourquoi voter 'Non' à l'entrée de la Turquie

'Nous lançons aujourd’hui la chaîne du Non pour une France qui veut vivre !', Nicolas Dupont-Aignan remonte sur son cheval...

Jacques Myard prend date : 'Le prochain Président sera souverainiste ou ne sera pas ! '

Bolkestein : la preuve

Bolkestein : la preuve - 04/03/2005


L'Union des illusionnistes, par Max Gallo

Le très populaire Président de la République Tchèque s'engage pour le 'Non'

La Constitution européenne et le libre-échangisme

La Constitution européenne consacre les bases juridiques de la Directive Bolkestein


L'Union européenne contrôlée par la Turquie et l'Allemagne ?

Les parlements nationaux sont-ils en train de se saborder ?

'Bruxelles veut-il créer de l'irréversible ?' par Philippe de Villiers

Révision : députés et sénateurs ont commencé à transformer la Constitution française en Règlement intérieur

Le 'consentement de la France' et l'incessante dérive de la jurisprudence communautaire

Ne m'appelez plus jamais 'Europe' !

Débat Lang-Villiers : du oui-oui au non-non

Turquie et constitution européenne sont une seule et même question

7 raisons de voter Non

7 raisons de voter Non - 18/01/2005


Plaidoyer de Nicolas Dupont-Aignan contre l'entrée de la Turquie et la constitution européenne


Les pièces de l'engrenage institutionnel en marche

Dire non à l'impuissance et la vassalisation des nations européennes

Europe : pourquoi l'UMP ne doit pas laisser partir les gaullistes