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Dumping social : le temps de l'agriculture Bolkestein


Pour lutter contre le concurrence des agriculteurs allemands et hollandais qui utilisent de la main d'œuvre étrangère au coût du pays d'origine, Le Président Sarkozy incite les agriculteurs français... à faire la même chose. Une idée que les syndicats refusent catégoriquement.




Dumping social : le temps de l'agriculture Bolkestein

Maraîcher en Alsace, Denis Digel a senti passer la chute du Mur de Berlin : «en 1991, je livrais en Allemagne, raconte ce syndicaliste de Légumes de France (branche de la FNSEA). Maintenant, dans la région, on a arrêté les légumes-bottes car cela demandait trop de coût de main d'œuvre par rapport aux prix allemands : on ne peut plus rivaliser ! Alors que les Allemands nous submergent de leurs fruits et légumes.» De ce côté du Rhin, le Smic horaire chargé est à 12 euros de l'heure. De l'autre, il a chuté à 5 ou 6 euros.

En Allemagne, pas de Smic mais, depuis la réunification, des accords avec les pays d'Europe centrale : sous condition de disposer d'un régime de santé dans leur pays d'origine, mères au foyer, étudiant et autres précaires peuvent venir travailleur au salaire de leur pays. Pologne, République tchèque, Slovaquie... La directive Bolkestein - non encore adaptée au droit français - bourgeonne en plein champs.

L'Elysée propose d'employer des Roumains à des prix roumains

Pour lutter contre cette concurrence déloyale, Légumes de France a interpelé à de nombreuses reprises l'Elysée, et notamment le conseiller à l'agriculture du Président, Christophe Malvezin. Sa réponse : faites comme les Allemands ! Dans le discours de Poligny, Nicolas Sarkozy évoquait ainsi les distorsions de concurrence promettant de mettre les agriculteurs «dans un combat à armes égales avec vos concurrents !» Concrètement, l'Elysée suggérait aux cultivateurs d'importer des travailleurs roumains pour les faire bosser au salaire de leur pays, moins cher que les Polonais. A dumping, dumping et demi !

Comme le rapportait L'Humanité; le 7 novembre, la piste avait déjà été exposée dans une réunion de travail le 5 novembre : créer une agence d'intérim en partenariat avec Bucarest pour rivaliser avec la main d'œuvre low cost des Allemands. S'insurgeant auprès de l'agence Reuters contre cette mesure jugée catastrophique pour la main d'œuvre agricole française, la proposition fut immédiatement tuée dans l'œuf par un démenti du conseiller de l'Elysée, Christophe Malvezin, juste à temps pour ne pas sortir dans les médias. «Mais l'hypothèse a été soulevée, souligne un syndicaliste. Et elle pourrait bien revenir

L'exil des agriculteurs... Pour les maraîchers, l'enjeu est inverse : pour protéger l'agriculture française, il faut non pas utiliser les méthodes de dumping social mais empêcher les autres pays de le pratiquer. En 10 ans, les conséquences de ces méthodes ont été dramatiques sur les surfaces cultivées : -40% de surfaces d'asperges, autant de pommiers, -34% de surfaces de fraises... là où l'Allemagne en cultivant 60% plus !

«Les agriculteurs s'exilent pour s'en sortir, explique Denis Digel. Certains vont cultiver des tomates au Maroc, les Alsaciens vont planter des céréales en Roumanie... Si le discours de Bruno Le Maire sur le développement d'une agriculture de subsistance a un sens, il faut prendre le problème à la base : nous sommes arrivés à un point de non retour !»

Sylvain Lapoix pour "Marianne", 16 novembre 2009

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