L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Subventions de "préadhésion" à la Turquie : la vidéo du flagrant délit  04/06/2009

Cette fin de campagne pour l'élection européenne du 7 juin semble se crisper sur l'affaire de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, qui pose rien de moins que la question de l'identité de l'Europe en construction. L'UMP est en effet mise en demeure depuis plusieurs jours, à gauche par Benoît Hamon (PS), à droite par Philippe de Villiers (MPF), de s'expliquer sur l'ouverture de huit nouveaux de négociation depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, les deux derniers l'ayant même été sous présidence française, le 19 décembre 2008 par le secrétaire d'Etat Bruno Le Maire. Sentant le vent du boulet turc, les candidats du parti présidentiel et autres ministres se succèdent donc à grand renfort de médias pour déminer le sujet qui sème un sérieux trouble dans ses rangs : "Il n'est pas question que la Turquie adhère à l'Europe, ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain", martelait de nouveau Xavier Bertrand le 2 juin sur Europe 1. Sur les chapitres de négociation ouverts comme sur les subventions versées à la Turquie, l'UMP a une réponse qui se veut infaillible : tout cela peut mener au "partenariat privilégié, pas forcément à l'adhésion", selon la bonne vieille méthode des tranches de salami. Le problème est que la Commission n'a d'autre objectif dans son mandat de négociation que "l'adhésion" et que les subventions sont bien versées au titre de la "préadhésion".  Dans l'argumentaire qu'elle fait circuler en interne, l'UMP nie tout en bloc et recommande à ses candidats de répéter que "La France s’est engagée à poursuivre les négociations avec la Turquie sur les chapitres compatibles avec une issue autre que l’adhésion. L’UMP est contre l’entrée de la Turquie en Europe. Le PPE est unanimement opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne." Devant ce qu'elle qualifie de "mensonge", l'équipe de campagne de Philippe de Villiers et Frédéric Nihous a donc décidé de frapper plus fort en diffusant carrément un extrait vidéo du Parlement européen. Retrouvé sur le site public de l'institution, cet extrait daté précisément du 6 juillet 2006 à 12h18 et 10 secondes, montre l'eurodéputée UMP Françoise Grossetête donner à son groupe la consigne de vote positive sur le projet de Règlement instaurant l'aide dite de "préadhésion" à la Turquie (2,256 milliards de 2007 à 2010)  (notre article) et à la Croatie. Son collègue président sortant du groupe PPE et tête de liste UMP dans l'Est Joseph Daul, a toujours affiché son soutien à l'adhésion turque, comme le 27 octobre 2005 devant la communauté turque de Strasbourg. Voilà qui rend le discours anti-turquie de l'UMP en campagne de plus en plus louche. L'actuel secrétaire d'Etat aux affaires européennes Bruno Le Maire, alors qu'il était encore député admis un jour avec bon sens : "Nous ne pouvons pas avoir engagé des négociations d'adhésion avec la Turquie pour laisser entendre que nous claquerons la porte à la fin du processus" (22 juin 2008). (Pour aller plus loin : Comment la France prépare l'adhésion de la Turquie .)

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