L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Arrogance, salaires mirobolants, pouvoir sans contrôle : les accusations qui dépriment les Eurocrates  18/02/2013

Le correspondant du journal Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, a publié le 12 février sur son blog un article détaillant les salaires des fonctionnaires européens. Il y récapitule ce que gagne un fonctionnaire européen. Cette publication fait suite à un premier excellent papier du 8 février sur le malaise des fonctionnaires européens. Il y dénonce "des secrétaires mieux payées que des profs de fac". "Les salaires vont de 2 600 à 4 400 euros brut pour le personnel d’exécution (secrétaires, assistants) et de 4 400 à 18 400 euros brut pour les agents de «conception», les rémunérations les plus élevées étant réservées à une poignée de hauts fonctionnaires (la moyenne salariale tourne autour de 7 000 euros). Si l’on y ajoute une prime d’expatriation de 16% et des allocations familiales de 365 euros par enfant, on comprend que beaucoup de citoyens européens s’étranglent à l’heure des coupes sombres dans les pays membres. Et pourtant, "les 56 000 «eurocrates» se sentent mal aimés" en général et à Bruxelles en particulier. «Il faut reconnaître que les fonctionnaires européens ont participé à cette "différenciation", analyse le sociologue Didier Georgakakis, professeur de sciences politiques à Paris-I, qui a dirigé un ouvrage collectif sur le Champ de l’eurocratie. Ils se pensaient comme une élite à part.» Et cela a fini par jouer contre eux. Les reproches adressés à l’eurocratie - arrogance, irresponsabilité - ne sont pas infondés. «Depuis la crise de la zone euro, nous avons des pouvoirs importants dans le domaine des politiques économiques et budgétaires nationales, raconte un haut fonctionnaire belge de la Commission. J’ai assisté à une rencontre entre nos agents et la direction du Trésor français. C’était hallucinant : ils se comportaient comme un maître d’école expliquant à un mauvais élève ce qu’il devait faire. J’ai été très admiratif du directeur du Trésor qui a gardé son calme. On ne parle pas ainsi à un gouvernement démocratiquement élu : à force d’être irresponsables, nos fonctionnaires ont perdu tout sens politique.» Il faut aussi voir comment se comportent les représentants de l’institution bruxelloise dans les troïkas (Commission, Banque centrale européenne et FMI) chargées de concocter des programmes de rigueur dans les pays de la zone euro en difficulté : «Le FMI semble gauchiste à côté de nous tellement nous sommes coupés des réalités», se désespère un fonctionnaire roumain. C’est tout le problème d’une Commission très peu démocratique : elle ne peut être renversée que par une supermajorité au Parlement européen (deux tiers des membres). De plus, même si ses propositions de loi doivent être adoptées par le Conseil des ministres et le Parlement, elle dispose de pouvoirs extrêmement importants (monopole de l’initiative législative, régulation de la concurrence…). Aucune administration nationale ne flotte dans un tel no man’s land politique. C’était admissible quand la Commission s’occupait de distribuer les aides agricoles, cela ne l’est plus lorsqu’elle s’immisce au cœur des souverainetés nationales. (...) «Un poisson pourrit par la tête», soulignent des hauts fonctionnaires. Autrement dit, la nomination de présidents de la Commission faibles et sans influence politique (Jacques Santer, Romano Prodi, José Manuel Barroso) et de commissaires souvent médiocres a autant concouru à affaiblir l’institution que les réformes. «Elle n’est plus une force d’impulsion», reconnaît un fonctionnaire. «On voulait des eurocrates dont la nationalité serait la supranationalité», rappelle Fabrice Andreone.(...) Chaque année, 150 agents portent plainte pour harcèlement moral, signe d’un «malaise administratif», selon Zorbas, ancien haut fonctionnaire. Démotivation et abattement touchent de plus en plus de fonctionnaires. Démissions et alcoolisme seraient, selon les syndicats, des maux courants. Arrogante, l’eurocratie ? Plutôt au bord de la dépression." (Coulisses de Bruxelles )

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