L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Libre forum des universitaires, journalistes, hauts fonctionnaires et citoyens pour l'Europe

Une semaine sur la Terre  07/11/2006

 Ils sont à l'origine de près de 100.000 pages de réglementation européenne, sur tout et n'importe quoi, de la courbure de la banane au stress des asticots. Il n'est peut-être néanmoins pas trop tard pour "confronter les fonctionnaires de l'Union Européenne aux réalités de la vraie vie", objectif affiché du projet "Expérience en entreprise" lancé aujourd'hui à Bruxelles. Un véritable aveu. L'opération consiste à extirper les fonctionnaires européens de leurs bureaux de Bruxelles pour aller faire un stage dans une PME pendant une semaine, dans des secteurs tels que l'aéronautique, le textile ou les télécommunications. Günter Verheugen, le vice-président de la Commission européenne chargé de ramener les eurocrates à la réalité du monde, avoue : "Expérience en entreprise est un projet qui va amener les fonctionnaires européens, des fonctionnaires de haut rang, à rentrer en contact proche avec la réalité de la vie : Ils vont acquérir une expérience, sur un métier, sur la façon dont la législation européenne fonctionne en pratique, sur la façon dont elle affecte la concurrence des entreprises européennes." Quoique une semaine, ça ne va pas les dépayser beaucoup...

Première grande panne de l'Europe électrique libérale  07/11/2006

On se souviendra longtemps de MM. Chirac et Jospin, respectivement Président de la République et Premier ministre, alors en campagne l'un contre l'autre pour la présidentielle de 2002, se rendant au sommet européen de Barcelone, à quelques semaines du premier tour, pour y signer ensemble la libéralisation du marché de l'énergie. La grande panne d'électricité qui a touché, samedi soir vers 22 heures, 10 millions d'Européens, dont cinq millions de Français, met une nouvelle fois en lumière la fragilité énergétique de l'Europe. Le problème a pour origine un incident survenu en Allemagne sur le réseau de l'opérateur allemand EON lors de l'arrêt d'une ligne à très haute tension pour permettre le passage d'un bateau sur la rivière Ems. Or, dans le système européen interconnecté, «tout le monde est solidaire, c'est une seule machine» explique Pierre Bornard, membre du directoire du Réseau de transport français (RTE). Car ce qui est en cause aujourd'hui et dénoncé par de nombreux experts qui avaient prédit de «grandes pannes électriques», c'est «l'instauration d'une concurrence dans l'énergie, voulue par Bruxelles mais mal pensée, mal maîtrisée. Loin de créer les conditions d'un approvisionnement électrique sûr et peu cher soutenu par l'arrivée de nouveaux acteurs, elle a au contraire instauré la rareté et les sous-investissements». Car pour faire face à la nouvelle réglementation bruxelloise et à l'arrivée de nouveaux entrants, «les principaux producteurs européens ont eu comme préoccupation de consolider leurs positions», donc de «gagner en puissance», «mais l'argent dépensé dans les rachats ne l'a pas été dans les outils industriels». «Faute d'investissements suffisants, l'Europe électrique qui était surcapacitaire est désormais sous-capacitaire». C'est pourquoi, comme l'indique André Merlin, Président de RTE, «l'Europe n'est donc pas à l'abri d'un autre incident de cette taille»... (La Tribune, Les Echos, 6.11). Comme d'habitude, la Commission européenne, plutôt que de protéger l'Europe en matière d'approvisionnement et de distribution d'énergie, n'a fait que libéraliser à tout-va et casser les monopoles nationaux, suivant en cela son dogme en faveur d'une «concurrence libre et non faussée».

Les obsessionnels du recyclage frappent encore  31/10/2006

Bruxelles a été cette semaine le théâtre de moultes déclarations tous azimuts sur le refrain bien connu hélas : «Et maintenant, que vais-je faire, pour outrepasser, deux votes populaires ? ». Ainsi, pour Martin Schulz, le président du groupe socialiste au PE, "Il y aura un autre traité, ceux qui disent "c'est Nice et rien d'autre" se trompent. Selon M. Schulz, les bases de ce nouveau traité seront "la  charte des droits fondamentaux qui garantit les droits sociaux à  tous les citoyens et citoyennes en Europe" et "le chapitre sur les  institutions en Europe". En clair, les parties 1 (constitutionnelle justement) et 2 (droits fondamentaux) de la Constitution européenne rejetée."Les réformes de l'Europe sont nécessaires pour assurer le  fonctionnement de l'Europe élargie. Sans ces réformes, il ne peut y  avoir de nouvel  élargissement", a-t-il souligné. (20/10/06 – AFP) A droite, c'est le député allemand CDU Elmar BROK (PPE), qui a déclaré que « la constitution européenne est un préalable à une politique de défense européenne efficace ». De son côté, Mme POLFER députée libérale luxembourgeoise s'est prononcée contre la réouverture du débat sur les questions cruciales. La Constitution européenne est un tout, à prendre ou…à prendre : "Rouvrir ces discussions sur le fond signifie ne pas tenir compte du travail fait, du consensus trouvé et donc en fin de compte ne pas vouloir avancer."(25/10/06 – Journal) Le cinquantenaire du Traité de Rome en 2007 promet déjà d'être un beau moment de propagande européiste. Le Vice-président du PE M. Vidal Quadras a estimé qu'il fallait saisir cette opportunité "pour renouveler le projet européen afin qu'il corresponde aux besoins et aux attentes des futures générations, qui devront le poursuivre"... La commissaire à la Communication (traduisez « à la propagande ») Mme Wallström a conclu sur une envolée lyrique qui ferait pâlir de jalousie Philippe de Villiers : "J'espère que cet anniversaire fera réfléchir les gens sur "quelle Europe je veux pour demain". Mouais. On a déjà réfléchi Margöt, et on a tranché le 29 mai. Commencez donc par abandonner le projet fédéral et puis l'idée de l'Europe des coopérations s'imposera d'elle même.

La Faute de M. Monnet  31/10/2006

A quelques mois des célébrations du cinquantenaire du Traité de Rome, Jean-Pierre Chevènement met les points sur les "i" au sujet de Jean Monnet. Il était temps ! L'ancien ministre de l'Intérieur rappelle que Jean Monnet écrivait d'Alger, en mai 1943, à Henri Hopkins, conseiller du Président Roosevelt : « Il faut le détruire », en parlant du général de Gaulle. La reconstitution des souverainetés nationales en Europe était la hantise de Jean Monnet. Dès cette époque, il pense l'organisation future de l'Europe contre l'idée de souveraineté. Prescience géniale de la nécessité de constituer l'Europe comme un grand marché régi par une autorité supranationale unique ou complot objectif contre le souveraineté populaire, qui est au principe de la République, au bénéfice d'un capitalisme euratlantique dominé par les Etats-Unis ? Plus de soixante ans après, le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté le projet de «Constitution européenne». La «méthode Monnet», celle des engrenages et des faits accomplis, peut-être utile pendant un temps, a trouvé ses limites. Dans la «mondialisation», la République entend à nouveau faire entendre sa voix, celle des peuples. C'est cette voie nouvelle, celle d'une autre Europe, que Jean-Pierre Chevènement propose d'explorer : comment articuler l'idée européenne et la souveraineté populaire, le progrès social et l'exigence démocratique ? Ne serait-il pas temps aussi de penser l'Europe dans sa grande dimension, jusqu'à la Russie, pour construire avec les peuples qui le voudront, l'acteur stratégique dont nous avons besoin au XXIe siècle ? Pour faire marcher ensemble l'Europe et la République, le moment est venu d'inventer, audacieusement, conclut Chevènement. Encore faut-il un candidat présidentiel ayant cette vision... Pour sûr, elle n'est pas socialiste et elle n'est pas l'UMP. Il n'y a donc guère de chance pour qu'elle soit présente, à travers l'un des porte-parole du "non", au second tour de l'élection présidentielle de 2007, à moins que...? Chevènement ne connait peut-être pas cette anecdote : le portrait de Jean Monnet remplace même, depuis 2002, à l'entrée du Groupe UMP à l'Assemblée nationale celui...du Général de Gaulle. Le symbole a rejoint les actes. Au moins, c'est plus clair qu'à l'époque du RPR affichant Croix de Lorraine et processions hypocrites à Colombey, alors que le parti était en train de larguer définitivement le gaullisme. La Faute M. Monnet, Paris, éd. Fayard, coll. «L'idée républicaine», 2006 (148 pages). 

Londres et Dublin restreignent l'accès des immigrants à leur marché  26/10/2006

Alors que la Commission européenne, à l'appui d'une communication rendue publique début février 2006, assurait que «les flux de travailleurs des Etats membres d'Europe centrale et orientales vers l'UE-15 ont eu des effets essentiellement positifs et ont été dans la plupart des pays quantitativement moins importants que prévus», la décision de Londres de restreindre l'accès des immigrants à son marché tend à démontrer une réalité tout à fait contraire. En effet, face à l'augmentation de l'hostilité de la population (plus de trois-quarts des Britanniques jugeant que les immigrés sont trop nombreux chez eux et que leur gouvernement mène une politique trop laxiste), face à la montée du chômage, face aux problèmes sociaux, le gouvernement de Tony Blair a clairement manifesté sa volonté de se montrer plus restrictif et notamment avant que les Bulgares et les Roumains n'intègrent, au 1er janvier 2007, l'Union européenne. «Dans la foulée, le gouvernement irlandais a également annoncé qu'il allait restreindre l'accès de son marché du travail pour ces mêmes ressortissants» ! (Le Figaro, Les Echos, 25.10) Si la Commission européenne traite, elle, tous ses dossiers d'un point de vue idéologique et technocratique, les gouvernements, eux, sont bien obligés de prendre en compte non seulement les préoccupations de leurs citoyens mais également les chiffres de leurs indicateurs économiques : chômage en hausse, pénurie de logements, écoles surchargées, services sociaux débordés, etc.

Le gentil logo du cinquantenaire  26/10/2006

Les institutions communautaires ont sélectionné, le 17 octobre dernier, le logo pour les célébrations du cinquantième anniversaire du Traité de Rome pour le 25 mars 2007, dont le slogan est « Together since 1957 » dans toutes les langues selon le graphisme du lauréat du concours Szymon Skrzypczak, un étudiant polonais aux Beaux-Arts à Poznan. Aidé du célèbre logiciel familial "Photoshop" et de polices de caratères téléchargées sur internet, le jeune artiste a sans doute voulu mettre en évidence la diversité des pays qui ont décidé de se mettre "ensemble" pour construire l'Europe depuis 1957. Un peu naïf, il ignore  que le projet européen à six en 1957, n'a plus rien à voir avec un projet européen à trente, cinquante ans plus tard. Il ignore aussi que le virage fédéral pris à Maästricht, confirmé à Amsterdam et avec la Constitution européenne uniformise et centralise l'Europe, tout au contraire du graphisme barroque qui sous-entend qu'on serait en train de bâtir l'Europe des différences. Hélas non, nous ne sommes pas trente nations "together" depuis 1957 pour s'enrichir de nos diversités et en respectant nos souverainetés. Nous sommes un "club" d'Etats qui, poussés par les européistes en particulier depuis les années 70 n'a d'autre but que d'absorber toujours plus de compétences des nations vers Bruxelles, pour conjurer le spectre de l'inefficacité générée par des élargissements inconsidérés. Enfin, ce logo en particulier avec son "r" final cerclé jaune, rappelle cruellement celui de marques commerciales, témoignant involontairement sans doute que l'Union européenne est aussi le marche-pied de la marchandisation du monde. Malgré l'échec de la Constitution, l'échec de l'euro, la montée générale des tensions et de l'euroscepticisme sur tout le continent, on fait semblant, on veut y croire. On nous promet déjà, autour de cette magnifique trouvaille, des dizaines de manifestations subventionnées : «Spring days in Europe », « Ecoles unies d'Europe », « 50 visages d'Europe », «Europalia », « Birthday Cake » et « Vague verte » (plantation d'arbres dans les 27 pays de l'Union européenne), vaste programme pour une Europe en crise... Bon, on a été un peu dur avec le jeune artiste polonais, mais c'était pour lui ouvrir les yeux. Il a quand même remporté le prix, ce qui sera sans doute un petit coup d'accélérateur dans sa carrière, c'est tout ce qu'on lui souhaite. Allez, bravo quand même Szymon et sans racune !

Intégration : durcissement des Pays Bas  20/10/2006

Le ministre néerlandais de l'intérieur est une sorte de Nicolas Sarkozy qui ferait ce qu'il dit. Ancienne directrice de prison, elle n'a pas hésité à renvoyer 26000 réfugiés en Iran, Irak ou au Congo. Parmi eux, certains étaient dans le pays depuis 10 ans. Elle a réduit de moitié le nombre de demandeurs d'asile. Lorsqu'un imam refuse de lui serrer la main pour des raisons religieuses, elle annule la rencontre sur ce commentaire "et quand nous nous reverrons, j'espère que vous parlerez néerlandais". Car ce que Rita Verdonk ne pardonne pas, c'est l'ignorance de la langue nationale : "Nous n'attendons pas que les étrangers fassent du patin à glace, mais qu'ils apprennent notre langue et qu'ils acceptent des valeurs de base comme l'égalité homme-femme". Elle a également pris des mesures pour éviter les mariages arrangés, des cours d'intégration sont devenus obligatoires et les allocations chômage sont supprimées aux femmes qui s'obstinent à porter le voile intégral lors d'entretiens d'embauche.

A petits pas  20/10/2006

Le Bureau du Parlement européen a entamé une réflexion pour améliorer la lisibilité de ses travaux. Au milieu de mesures destinées à faciliter la couverture médiatique de ses activités, le Parlement européen vient aussi de décider de lancer une série d'invitations aux chefs de gouvernement des Etats membres à des débats sur "l'avenir de l'Europe et le processus de ratification du Traité constitutionnel". Autre nouveauté, au détour d'un paragraphe, la tenue d'une "brève séance mensuelle supplémentaire" à Bruxelles. Ne pouvant obtenir des Etats membres le transfert officiel de son siège à Bruxelles, le Parlement mène une politique des petits pas, depuis plus de dix ans,  qui réduit progressivement le rôle de Strasbourg en renforçant constamment celui de Bruxelles.


Terrorisme basque : le PPE découvre la subsidiarité  20/10/2006

Branle bas de combat chez les Espagnols du Parlement européen, où sous la pression du PSE et du Président Borrell, le vote d'une résolution soutenant les négociations du gouvernement Zapatero avec l'ETA a été inscrit à l'ordre du jour de la session d'octobre. S'en est suivie une cascade de courriels qui sur le fonds condamnent le principe même des négociations avec un mouvement terroriste, mais qui développent également un argument nouveau sous la plume de membres du PPE : la subsidiarité. A raison, ils estiment que Bruxelles et Strasbourg n'ont pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de l'Espagne. Encore un petit effort, chers amis démocrates chrétiens, et vous vous rendrez compte que c'est le processus d'intégration européenne, en limitant la souveraineté des Etats membres, qui les affaiblit et renforce les mouvements régionalistes. Il existe une alliance de fait entre la Commission européenne et tous les régionalistes d'Europe, car ils ont un objectif commun, l'abaissement des Etats.

Royalement floue  16/10/2006

C'est devant le groupe socialiste de l'Assemblée nationale que Ségolène Royal a dévoilé son programme européen alors qu'elle avait refusé de s'exprimer plus de cinq minutes sur le sujet à Bruxelles. Loin d'être aussi à l'aise sur l'Europe que son adversaire de l'UMP, elle a proposé sept mesures pour faire «l'Europe par la preuve». Sur les questions institutionnelles, et notamment le projet de Constitution européenne, elle ne s'est pas avancée préférant faire du «suivisme» à l'égard de l'opinion publique : «mon opinion est celle du peuple français». Idem sur la Turquie, alors que la très délicate discussion sur le projet de loi socialiste relatif au génocide arménien a démarré à l'Assemblée, Ségolène Royal a «botté en touche», préférant là encore s'en remettre au peuple. On rappelle qu'une fois le vote à l'unanimité complètement abandonné, le peuple français en question pourra voter ce qu'il voudra, il se trouvera toujours une majorité, même "super-qualifiée" pour approuver l'entrée de la Turquie dans l'Europe. En réalité, le flou artistique qu'entretient Mme Royal sur les questions européennes est sans doute la meilleure stratégie pour ne se fâcher avec personne à gauche. Elue à l'Elysée, elle serait tout de même, rappelons-le, largement dépendante de la majorité de gauche sortie des urnes dans la foulée du 2ème tour. Les Français se rendent bien compte que la candidate à l'élection présidentielle évite les sujets explosifs ; ils ne lui feront certainement pas de chèque en blanc sur l'avenir de l'Europe.

Berlin promet le retour de la Constitution européenne  16/10/2006

Alors que l'Allemagne présidera l'Union européenne au premier semestre 2007, Angela Merkel, a révélé ses priorités, lors d'une réunion du Conseil des ministres, en présence du Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. «L'Europe a absolument besoin d'une Constitution. Nous allons tout faire pour remettre sur les rails un projet de loi fondamentale (...) avant les élections européennes de 2009» a déclaré la chancelière allemande qui a également insisté, à plusieurs reprises, sur le fait que sa feuille de route devrait être poursuivie par les deux présidences suivantes, le Portugal (2ème semestre 2007) et la Slovénie (1er semestre 2008), et ce afin de doter les 27 d’une Constitution avant le scrutin européen du printemps 2009 (Les Echos, 12.10). Dans une déclaration adoptée le week-end dernier à Bruxelles, l'Union des Fédéralistes Européens (UEF) avait souligné que «dans les conditions actuelles difficiles, l'Union européenne a besoin de toute la Constitution»... (Agence Europe, 11.10). Voilà qui consacre le déni de démocratie de la construction européenne actuelle. Faisant fi du rejet du rejet de Constitution européenne par deux peuples s'étant exprimés démocratiquement, nos dirigeants européens relancent de plus belle la Constitution qu'ils feront ratifier, cette fois, par la voie parlementaire bien plus sûre que celle des urnes.

Le notaire, 'plombier polonais' comme les autres ?  16/10/2006

«Qu'un notaire installé en France soit belge, irlandais, polonais ou autre n'a a priori aucune importance pour celui qui a recours à ses services lors de l'achat d'une maison, d'un mariage ou d'une donation», telle est la position de la Commission européenne. Et tant pis pour vous si vous ne comprenez rien et que le notaire lui-même n'est pas aguerri à nos pratiques et à nos lois... «N'en déplaise à la Commission, le notaire n'est pas un plombier polonais comme les autres» a aussitôt rétorqué un notaire parisien, furieux. Et pourtant, après les avocats, voici les notaires dans la ligne de mire de Bruxelles dans 16 Etats membres (LCI.fr, 13.10). Le fantôme de la directive Bolkestein plâne plus que jamais sur l'Europe...

L'Europe menacée par une pénurie d'électricité  16/10/2006

Alors que le projet de fusion de Suez et GDF fait couler beaucoup d'encre ces temps-ci, deux petits articles, apparemment passés inaperçus, font le bilan de la libéralisation du marché (gaz ou électricité). La réalisation du marché unique de l'électricité et du gaz qui devait, selon le livre vert de la Commission, assurer un «approvisionnement durable, compétitif et sûr en énergie» n'a pas tenu ses promesses. Car, en fait, la libéralisation du marché n'aurait eu des effets positifs que s'il y avait des surcapacités de production, ce qui n'est pas le cas. Ainsi, une étude de l'Observatoire européen des marchés de l'énergie réalisée par Capgemini estime que, pour réduire «à un niveau acceptable» le risque de rupture d'approvisionnement en électricité de l'Europe, il est nécessaire d'investir dans les centrales de production 700 milliards d'euros d'ici à 2030. Or les opérateurs ont réduit leurs investissements depuis six ans (de 16 % à moins de 10 % en 2004), cette évolution trouvant son origine dans l'ouverture à la concurrence des marchés de l'électricité et du gaz engagée en 2000. Colette Lewiner, responsable de Capgemini, souligne en effet que «confrontés à la dérégulation du marché, les opérateurs cherchent avant tout à regagner des parts de marché, investissant d'abord dans des bases de clientèles (souvent à l'étranger), plutôt que dans de nouvelles infrastructures»... Et le document fait également état d'une baisse de marge des producteurs d'électricité pour augmenter leur capacité de production en cas d'évènement climatique exceptionnel (passée de 5,8 % en 2004 à 4,8 % en 2005) qui laisse présager des pénuries d'électricité en Europe ! (L'Humanité, 14.10 ; Sud-Ouest, 11.10). A noter qu'entre 1999, date de l'ouverture à la concurrence du marché électrique, et 2005 le kilowattheure est passé de 19 à 35 euros ! Comme d'habitude, la Commission européenne, plutôt que de protéger l'Europe en matière d'approvisionnement et de distribution d'énergie, n'a fait que libéraliser à tout-va et casser les monopoles nationaux, suivant en cela son dogme en faveur d'une «concurrence libre et non faussée»

Reprise des dépenses de propagande  16/10/2006

La Commission européenne a annoncé, le 7 octobre dernier, qu'elle allouait 4,5 millions d'euros à des projets paneuropéens mis en œuvre par des organisations de la société civile ayant pour objectif la promotion des « débats citoyens » sur des questions européennes. Les six projets retenus sont les suivants : « Tomorrow 's Europe » de l'association française « Notre Europe » ; « Speak up Europe » du Mouvement européen international ; « Our message to Europe » de la Deutsche Gesellschaft, « Radio Web Europe » du Centre national italien des associations ; « Our Europe - Our Debate - Our Contributions » de la Maison européenne de Budapest. Est-il encore nécessaire de préciser que toutes ces organisations de la "société civile" vivant sur fonds publics sont en réalité strictement fédéralistes, et ne débattront de rien d'autre que de la question savoir comment constitutionnaliser l'Europe malgré ses peuples ?

Les pères de l’Europe, ceux qu’on nous cache (1)  10/10/2006

Des documents récemment rendus publics démontrent que les services secrets des États-Unis ont, au cours des années cinquante et soixante, financé les mouvements fédéralistes en Europe, en particulier le Mouvement fédéraliste européen. L’un de ces documents, signé par William Donovan, Directeur de la CIA, organise la campagne menée dans les années cinquante  pour la création d’un véritable parlement européen. D’autres documents révèlent que 53% du budget du "Mouvement Européen" pour 1958 provenaient des dons d’une association prête-nom de la CIA, l’ACUE  (American Committee for a United Europe). Ces documents démontrent l’implication du Département d’État américain : dans une note émanant de sa section européenne,  datée du 11 juin 1965, il conseille à Robert Marjolin la mise en place en catimini d’une union monétaire. Il recommande en particulier d’éviter le débat public “jusqu’au point où une telle décision serait inévitable”. Ils démontrent également l’implication et les financements apportés par les services américains aux partisans de l’adhésion du Danemark à l’Union européenne avant le referendum de 1975.

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