L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE
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Mardi 19 Mars 2019

"Soyez Européens du monde de demain et non pas du monde d'hier !" dit Philippe de Villiers


"Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste" explique Philippe de Villiers dans cet entretien fleuve accordé à Atlantico. Pendant la guerre froide, on pouvait parfaitement être anti-communiste tout en voulant une Europe européenne, non soumise à une puissance étrangère, fût-ce l'ami et allié américain, comme de Gaulle ou Aron. Ce n'était pas le cas de Jean Monnet, Robert Schuman et Walter Hallstein, les "pères fondateurs" européens. Contrairement à ce qui est conté dans les écoles chaque 9 mai, ce n'est pas cette Europe européenne, cette Europe puissance, que les traités initiaux ont fondée. Selon Philippe de Villiers, il y a au cœur de chacune de nos crises contemporaines et des fractures de l'Europe d'aujourd'hui, un "vice caché", un défaut originel, dissimulé par "le mensonge des architectes et de leurs successeurs". Ni Europe des Etats ni Europe-Etat, souverainistes et fédéralistes ne peuvent se reconnaître dans l'Union européenne actuelle. A la place, "c'est la tabula rasa" couverte par "un mythe fabriqué" menant en réalité à la "déconstruction européenne" qui, explique l"écrivain, "était dans l'ADN du corps d'intention des pères fondateurs". Le glissement de vocabulaire traduit un changement de paradigme : "Gouvernement est devenu gouvernance, mot qui vient des banques, le peuple est devenu une société civile, la loi est devenue une régulation, le territoire est devenu un espace sans frontières." Le créateur du Puy du Fou veut en tirer la leçon pour l'avenir : "Nous sommes rentrés dans un monde inédit, il ne faut pas raisonner comme du temps de Ford. Aujourd’hui les ressorts de l’économie sont nouveaux : c’est la combinaison contradictoire de l'infiniment petit et de l'infiniment puissant. J'en sais quelque chose avec le Puy du Fou, nous taillons des croupières à des géants du monde du loisir alors que nous sommes tout petits, du moins nous étions tout petits. C'est nous qui sommes invités à aller en Chine ou à Tolède, tout a changé !"


Philippe de Villiers au Parlement européen (2014)
Philippe de Villiers au Parlement européen (2014)

"Nous sommes rentrés dans un monde inédit, il ne faut pas raisonner comme du temps de Ford. Aujourd’hui les ressorts de l’économie sont nouveaux : c’est la combinaison de l'infiniment petit et de l'infiniment puissant"

L’auteur de « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » (Fayard) répond aux polémiques qui se sont abattues sur son livre depuis sa sortie. Pour lui, il s’agit bien d’un livre d’enquête sur les origines du projet européen. Entretien. 

Jean-Sébastien Ferjou : Un certain nombre d'Européens se désolent que l’Europe ne puisse pas s’appuyer sur l’équivalent d’un roman national et que les billets représentent des ponts qui ne vont nulle part plutôt que des héros européens : avez-vous à l’inverse pensé votre livre comme une sorte d’anti-roman national européen pour faire voler en éclat tout ce qui pourrait aider à l’émergence d’un sentiment d’identité « charnel » ? Car « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » (Fayard) n’est pas un livre théorique mais un livre de chair et de sang, qui fourmille de portraits de héros nationaux ou d’anti-héros européens.
 

Philippe de Villiers : Pour qu'il y ait un roman national, il faut qu'il y ait un légendaire, un rêve, une projection de soi-même, une affection, des voisinages, une personnalité. Or, l'Union Européenne ne possède rien de tout ça. Elle s'est détournée de la civilisation européenne, l'a détruite à petit feu en instituant une société multiculturelle et donc multi-déculturée. Il n'y a pas de roman national européen parce qu'il n'y a pas de peuple européen. Nous n'avons pas les mêmes mœurs, les mêmes langues, les mêmes traditions.

Quant aux points communs qui nous réunissent dans notre histoire, et qui sont liés à la mémoire chrétienne, ils sont rejetés par les institutions européennes elles-mêmes. L'histoire de la construction européenne c'est La tabula rasa, l'histoire d'un mythe fabriqué, d'une abstraction.

Cette Europe sans corps, sans âme et sans postérité n'est qu'une escale vers "Globalia"

Comment pourrait-il y avoir un roman national dans ce non-pays où les mots-clés d'une société politique ont été changés ? Gouvernement est devenu gouvernance, mot qui vient des banques, le peuple est devenu une société civile, la loi est devenue une régulation, le territoire est devenu un espace sans frontières. On pourrait continuer ainsi, à décrire le glissement de la sémantique qui traduit le glissement de cette Europe informe vers "globalia".

Votre question me fait penser à la seule phrase, écrite à la main, par Jean Monnet, dans ses mémoires (tout le reste a été écrit par d'autres). C'est la phrase de conclusion, une question affirmation : "Ai-je assez fait comprendre que la communauté européenne que nous créons n'a pas sa fin en elle-même mais qu'elle n'est qu'une étape vers les formes d'organisation du monde de demain ?" Monnet était mondialiste avant la lettre.

Pour lui, l'Europe ne devait en aucun cas être un nouveau pays, un nouvel État, une nouvelle puissance, mais un simple marchepied, une simple étape vers les formes d'organisation du monde de demain : un marché connexe au marché américain, dans ce qui est devenu un marché planétaire de masse, avec non plus des citoyens romains mais des consommateurs compulsifs, qui s'inclinent devant le divin marché, et une gouvernance acéphale, voulue par Monnet et par ses officiers traitants.
 

De votre point de vue, souverainiste, attaché à la préservation de l'identité française, n'est-ce pas une chance ? La nation européenne n'existe pas et son roman non plus mais il y la réussite d’un continent ayant retrouvé la paix et un rêve européen développé par les Pères Fondateurs de l'Europe. C'est à ce rêve-là que vous vous attaquez. Auriez-vous préféré une Europe plus classiquement politique mais aussi plus difficile à combattre que la Globalia que vous dénoncez ?
 

Philippe de Villiers : Il y avait deux manières de faire l'Europe. La première –et c’est ce qu’on a choisi de faire- était de construire une Europe de la marchandisation, une Europe intégrée, sans âme, sans rêve ou armée d’un rêve mensonger, d’un mythe fabriqué à partir des mémoires de Monnet qui sont une vaste entreprise de mystification. Cette Europe-là repose sur une architecture post-politique, sans les États. Une Europe ni inter-étatique ni supra-étatique. Et normalement les fédéralistes devraient être aussi déçus que moi, puisque l'Europe n'est pas fédéraliste. Une Europe fédéraliste devrait rassembler les États pour construire quelque chose d'autre.

La deuxième possibilité était l'Europe de De Gaulle, l'Europe des Nations, fondée sur le principe de la souveraineté, car sans elle il n'y a ni continuité historique ni démocratie, donc il n'y a pas consentement des peuples. Cette Europe aurait pu se construire sur le principe de la coopération inter-étatique, ça aurait pu être une Europe à géométrie variable, l'Europe des anneaux olympiques, de la coopération entre les institutions et les entreprises. D'ailleurs la seule chose qui marche en Europe c'est l'Europe de la coopération, Erasmus, Ariane, Airbus.
 

Et le marché commun.
 

Philippe de Villiers : Parlons-en. Si De Gaulle, en 1958, a donné suite à l'entrée de la France dans la Communauté Européenne, c'est pour le marché commun et la préférence communautaire. Il y avait une communauté de producteurs et de consommateurs. Mais elle a disparu au moment de Maastricht.

Dans l’Union Européenne d'aujourd'hui, qui va vers l'épuisement final puisqu'elle est devenue une cible, il y a un mythe fondateur, fondé sur un mensonge : tous les 9 mai, dans toutes les écoles de France et d'Europe, on lit des pages choisies des écritures sacrées. On explique l'histoire sainte de l'Europe, avec Moïse qui sort d'Égypte pour conduire son peuple à la Terre de Promission, et Josué qui arrive à la Terre de Promission. Monnet, Schuman. Or ce mythe est faux, construit sur un mensonge, car ce que j'ai découvert en premier c'est une lettre de Shepard Stone de la Fondation Ford, qui rappelle à Monnet la nécessité de lui fournir la liste des gens qui vont écrire ses mémoires, et le numéro de compte auquel il va falloir apporter l'argent.

En d'autres termes, j'ai découvert les documents qui confirmaient certaines thèses universitaires selon lesquelles les mémoires de Monnet ont été commandées, inspirées, financées par le département d'État de Washington. Les Américains ont expliqué à Monnet qu'il fallait faire croire aux Européens qu'on allait construire une Europe troisième voie, une Europe puissance. Les Américains, pour faire croire aux Européens qu'ils devaient s'engager dans cette aventure, ont vendu l'idée que chacune des nations allait être démultipliée. C'est une idée de lawyers pragmatiques, intelligents, conquérants, qui ne voient en l'Europe qu'un marché annexe où écouler les surcapacités productives.
 

C'est pourtant une idée que les Européens ou les Français peuvent avoir par eux-mêmes aussi. On entend souvent cet argument du "comment voulez-vous que face à la Chine nous nous en sortions tout seuls ?". Pensez-vous réellement que cette idée n’a prospéré que parce qu’elle était poussée par les Américains ou parce qu’en soi, même si elle avait cette origine-là, elle entrait en résonance avec le monde tel qu'il existe depuis 1945 ?
 

Philippe de Villiers : Certains Européens ont résisté à la mainmise américaine sur l'Europe mais la plupart ont accepté, à l'époque du plan Marshall et ensuite, l'idée que l'Europe devait être une Europe soumise, à travers l'OTAN par exemple, à l'Amérique. Ils ont accepté la protection américaine, et c'est là le coup de génie américain. Le département d'État a pris prétexte de la Guerre Froide pour configurer une Europe à sa main.

À l'époque, ils voulaient empêcher que l'Allemagne et la France ne constituent une force commune comme la projetait le traité de l'Élysée. Quand les Américains l'ont découvert, ils ont demandé à Monnet, contre 150 000 dollars, de faire une campagne auprès des députés du Bundestag pour ajouter un préambule atlantiste et neutraliste qui vidait de sa substance le traité de l'Élysée.

Certains Français, anti-communistes, considéraient pendant la Guerre Froide que les Américains étaient nos alliés, qu'ils nous avaient rendu service, qu'ils étaient venus à notre secours deux fois de suite, mais qu'ils devaient être à leur place et nous à la nôtre, que l'Europe devait rester libre, européenne et indépendante. C’est respectable. Mais ce n'est pas du tout la vision de Monnet.
 

Qu'est-ce que cela nous dit de l'Europe d'aujourd'hui ? Tous les mythes fondateurs sont des mythes, le roman national réécrit l’histoire en fonction de ses intérêts presque par essence… Vous qui êtes vendéen êtes bien placé pour savoir que le roman national français a largement détourné la mémoire des guerres de Vendée…
 

Philippe de Villiers : L'architecture de l'Europe repose sur un vice constitutif. L'idée d'un processus normatif, qui échappe à tout contrôle démocratique et dans lequel les lobbies sont partie prenante est une folie.

Quand j'étais jeune, j'écoutais les grands anciens comme Valéry Giscard d’Estaing qui disaient : "Il y a des dérives, ce n'est pas cela qu'on voulait faire au commencement du projet européen mais on va corriger les dérives." J'ai donc cherché les dérives et je me suis aperçu que le gène déconstructeur qui mine et fragmente l'Europe d'aujourd'hui et la met au bord de l'abîme était déjà dans l'ADN du corps d'intentions des pères fondateurs. L'Europe sans tête, sans corps, sans racines et sans âme était prévue dès le début.

Figurez-vous que je viens juste de comprendre ce qui m'est arrivé en 2004, dans mon combat pour sauver les abeilles. Des chercheurs et apiculteurs sont venus me voir en disant "Peut-être aurez-vous le courage d'attaquer le fipronil et l'imidaclopride, qui sont deux neurotoxiques extrêmement puissants et dangereux et qui expliquent la fin du monde des abeilles". Je publie mon livre, et immédiatement l'avocat d'Albin Michel, me fait savoir que Bayer attaque. A partir de cet instant, à l'Assemblée Nationale et au Parlement européen, je me retrouve seul face au ministre de l'Agriculture de l'époque, Hervé Gaymard, et aux commissaires européens, extrêmement offensifs. Et bien, ce matin, je découvre dans la presse un article annonçant que Bayer paye des sommes considérables aux partis politiques européens.

La leçon est édifiante : l’Europe est totalement infiltrée par les lobbies au premier rang desquels figurent Soros et les GAFA. Quand il n'y a plus la puissance publique, il y a les intérêts privés. Des puissances légales et illégales qui répondent à des allégeances cachées. Nous avons des élus politiques qui obéissent à des bureaucraties supranationales, qui elles-mêmes obéissent à des allégeances cachées.
 

Sont-elles si cachées que ça ? Les groupes d'intérêts sont transparents au parlement de Bruxelles, beaucoup plus qu’au Parlement français. Comment expliquez-vous que les défenseurs des abeilles ou de l'Europe des Nations ne parviennent jamais à s'organiser avec la même efficacité que les groupes d’intérêt dont vous parlez ? Pourquoi n’y a-t-il pas de groupe Bidelberg souverainiste ?
 

Philippe de Villiers : Parce que les moyens financiers des uns sont sans rapport avec les moyens financiers des autres. Le petit peuple des apiculteurs est bien incapable de faire face à Bayer Monsanto. Ce mécanisme de la loi infiltrée, qui ne trace plus la destinée vers le bien commun mais n'est que la résultante de pressions plus ou moins connues, c'est très malsain et contraire à la culture européenne. Il y a 25 000 lobbyistes et 3 milliards d'euros dépensés chaque année à Bruxelles. C'est complètement fou.

Ils ont des milliardaires, nous non.
 

Vous aviez pourtant rencontré Jimmy Goldsmith…
 

Philippe de Villiers : Oui mais c’est bien le seul. C’était un milliardaire qui s’était retourné contre le système mondialiste et l’accusait de tout détruire, un système dans lequel ce sont les pauvres des pays riches qui subventionnent les riches des pays pauvres.
 

Serait-ce si différent si tout se jouait exclusivement à Paris ? On peut comprendre les possibilités politiques théoriques que peuvent offrir la souveraineté et l'identité mais avec le recul de votre longue expérience politique, êtes-vous certain que la France seule se comporterait différemment de la manière dont se comporte l'UE au global. Assumerait-elle plus son identité ? Protégerait-elle plus ses frontières ? Se défendrait-elle plus face aux GAFAM et à l’impérialisme juridique américain que vous dénoncez ?
 

Philippe de Villiers : J'en suis certain ! Pour une raison simple, ce ne sont pas les hommes qui commandent la politique, mais la politique qui commande les hommes, comme dans le Dialogue des Carmélites "Ce ne sont pas nous qui tenons la Règle, c'est la Règle qui nous tient". En d'autres termes, quand un pays est souverain, il développe des anticorps à toutes les formes de dépendance, d'esclavage, d'abandon. La France a 1000 ans de savoir-faire diplomatique, qui est aujourd'hui stérilisé par Bruxelles. Vous citez l'exemple des GAFAM, mais il y a quinze ans j'avais proposé un internet européen, sur le mode d'Ariane ou d'Airbus. S'il avait été mis en place, avec une coopération européenne, plutôt que de se laisser infiltrer par les GAFAM on aurait aujourd'hui en Europe une puissance numérique bien supérieure.
 

On a déjà essayé avec le Minitel…
 

Philippe de Villiers : Bien sûr, mais la meilleure manière de disparaître c'est de n'être plus rien et aujourd'hui la France n'est plus rien face à Bruxelles ! Cette fameuse commission exécutive à la tête de l'UE a sa propre politique, qui n'en est pas une, il n'y a pas de diplomatie, pas de défense, regardez les Belges qui achètent leurs F-35 aux Etats-Unis. Cette Europe n'est plus rien et nous épuise ! Le livre "La France vendue à la découpe" (Editions du Toucan) de Laurent Izard montre que la plupart des entreprises françaises sont rachetées par l'étranger… 35 % des actifs des entreprises européennes sont aux mains de compagnies étrangères, c'est-à-dire 10 % de plus qu’il y a 10 ans. Même la Commission s’en alarme.
 

Peut être aussi pour des raisons de fiscalité, un problème qui, lui, est franco-français…
 

Philippe de Villiers : Oui mais d’abord parce qu'on ne défend plus nos fleurons et notre identité. Pour les politiciens le mot "France" ne veut plus rien dire, il est dépassé, c'est la "Startup Nation". Mais nous sommes rentrés dans un monde inédit, il ne faut pas raisonner comme du temps de Ford. Aujourd’hui les ressorts de l’économie sont nouveaux : c’est la combinaison contradictoire de l'infiniment petit et de l'infiniment puissant. J'en sais quelque chose avec le Puy du Fou, nous taillons des croupières à des géants du monde du loisir alors que nous sommes tout petits, du moins nous étions tout petits. C'est nous qui sommes invités à aller en Chine ou à Tolède, tout a changé !
 

Ne soyez pas Européens, soyez Vendéens ?
 

Philippe de Villiers : Soyez Européens du monde de demain et non pas du monde d'hier. Le monde de demain, ce sont des frontières comme filtres pacificateurs, des souverainetés exprimant le droit à la continuité historique et des nations comme familles de familles.

Cette Union européenne est à l'agonie parce qu'il y a le décrochage des peuples. Et pourquoi y-a-t-il le décrochage des peuples ? Parce que le rêve de la fusion des nations s'est désintégré dans le cœur des peuples, parce qu'il était tramé dans un tissu de mensonge : la prospérité, la sécurité, la protection, la puissance. Le Brexit, c'est la porte qui s'ouvre. Après le Brexit, il y aura le groupe de Visegraad. J'ai rencontré Viktor Orban qui m'a dit : "il y a deux Europes, il y a deux mondes. Il y a ceux qui veulent construire l'Europe en se passant des vieilles nations et ceux qui veulent construire l'Europe en les retrouvant."
 

S'appuyer sur la nation peut-il suffire pour affronter l’avenir ? Dans le livre, vous évoquez vos amis d'Europe de l'Est, et vous parlez des régimes communistes qui faute de légitimité, justement, s'étaient appuyés sur le principe national, en Roumanie, en Hongrie. Cela n'a pas suffit pour eux. Est-ce que cela suffirait pour nous ?
 

Philippe de Villiers : Il y a trois facteurs de puissance. Un, la souveraineté : je suis souverain, je suis indépendant. La souveraineté, c'est la compétence de la compétence, disent les juristes. Je suis chez moi, je suis libre. Ensuite il y a l'identité : je suis affilié, j'ai des racines. Mon rêve trouve sa source, son exubérance, son rayonnement à partir de toutes mes dettes morales et affectives. Et troisièmement, la coopération, les voisinages. Pour la France, les voisinages, c'est le monde entier. La France a une raison singulière d'être lié à tous les pays du monde, quand ce n'est pas cent, une raison qui tient à l'histoire, qui tient à la langue, qui tient au rêve que la France constitue pour les pays du monde entier, puisque chaque peuple a deux rêves : le sien, et un peu du rêve français. C'est notre richesse, notre trésor. C'est tout cela qu'on est en train de mettre en jachère. Je ne vous dis pas qu'il faut substituer à l'Union Européenne le repli français. Il faut faire des additions de puissance et non pas des soustractions de puissance.

Je pense, comme j'ai eu l'occasion de le dire à Emmanuel Macron, qu'il faut faire tout de suite l'Europe d'après. L'Europe d'après, c'est l'Europe de la souveraineté, de la coopération et des voisinages. C'est le continent, de l'Atlantique à l'Oural.

La suite de cet entretien est à lire sur Atlantico...  

Mardi 19 Mars 2019

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