Illustration Rhonald Blommestijn (http://www.nrc.nl/)
Alors que tous les projecteurs sont braqués sur l’avenir des politiques monétaires dans l’Union, lundi dernier à Madrid, la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, la Commission, la Présidence espagnole et les représentants des trois principaux groupes au Parlement européen (PPE, S&D, ADLE) se sont accordés sur les modalités d’établissement du Service Européen d’Action Extérieure (SEAE). Ce dernier est censé mettre en perspective une politique étrangère européenne à part entière et assister la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton. Celle-ci a par ailleurs affirmé à Madrid qu’aux termes de l’accord, le service devrait être opérationnel à l’automne.
Un organe de nature communautaire
En effet, le Parlement sort renforcé des négociations de Madrid, après avoir plaidé pour un SEAE de nature communautaire, en clair sous tutelle de Bruxelles plutôt que des Etats. Les représentants du Parlement présents dans la capitale espagnole ont obtenu de Catherine Ashton que figurent parmi ses adjoints le Ministre des Affaires étrangères de l’Etat membre qui assure la présidence tournante de l’Union ainsi que les Commissaires à l’Elargissement et à l’Aide Humanitaire, ce qui permet à la Commission d’accroître son influence sur son fonctionnement et sa politique. En soumettant par ailleurs le budget et les programmes de coopération extérieure à l’accord de la Commission, la diplomatie commune prend une dimension clairement communautaire, renforcée par la garantie d’un contrôle du Parlement son fonctionnement et son budget.
Une autonomie affirmée au détriment des Etats
Comme le stipule le Traité de Lisbonne (art. 24), "la compétence de l'Union en matière de politique étrangère et de sécurité commune couvre tous les domaines de la politique étrangère" et évoque "la définition progessive d'une défense commune", tandis que les Etats devront peu à peu renoncer à défendre leurs intérêts et leur influence, et se plier aux orientations de l'Union, puisqu'aux termes du Traité, "ils s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales". Pire encore, les Etats, qui par leur Histoire spécifique et leurs traditions diplomatiques, étaient les interlocuteurs naturels de nombreuses chancelleries avec lesquelles ils maintenaient des rapports privilégiés, vont devoir céder le pas à une diplomatie européenne artificielle dont la légitimité sera loin d'être acquise.
Un diplomatie en complète rupture avec les héritages nationaux donc, puisque les fonctionnaires du SEAE ne sauraient recevoir d’instructions des Etats membres, y compris ceux détachés par ces derniers. Mieux encore, les délégations du SEAE dans les pays tiers travailleront de concert avec les services diplomatiques Etats membres. D'après le Traité de Lisbonne, les délégations du service permettront de coordonner celles des représentations diplomatiques des 27, en encourageant le partage d’informations, favoirsant la mise sur pied d'une diplomatie uniforme. Comme le prédit sans ambages Alain Lamassoure, président de la Commission du budget au Parlement européen, « ce service devra réaliser des économies sur le long terme […], notre objectif doit être de remplacer les 27 autres services pour, d’ici 20 à 30 ans, n’avoir qu’un seul service extérieur. » Autant parler d’économies de bouts de chandelle pour justifier l’abandon des prérogatives fondamentales de souveraineté des Etats.

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