Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Déjeuner avec AF, très aimable journaliste. Quand, au fil de la conversation, on en vient aux questions politiques un peu sérieuses, et que je tente d’expliquer ce que peut représenter la souveraineté, il est manifeste que l’attention se relâche : je lui fait observer que la question n’est pas mince, il finit par me couper : “On connait votre ritournelle”; fort bien. Je lui demande alors, avec sans doute un peu d’impudence ce que le mot peut représenter pour lui, il élude d’une phrase devenue quasi-rituelle : “Vous savez bien que tout cela est dépassé”. Je “sais bien”, donc…Ce sont ces gens qui, non seulement me disent ce qu’il faut penser, s’il s’agit de pensée, mais m’apprennent aussi ce que je sais, ce que, même, “je sais bien”. Fin de déjeuner charmante : car, avec des journalistes, il est encore possible de parler sérieusement de politique…

Arrive le moment où chaque question politique, chaque événement (encore, l’autre jour, l’incroyable sortie de Mme Rachida Dati pouffant de rire parce qu’elle récitait de travers les fiches qu’on lui avait préparées) n’est plus, dans le tumulte actuel, qu’un accablement supplémentaire. C’est au point que l’idée me taraude de lever définitivement ma plume sur tous ces sujets, et de ne plus écrire que des choses insignifiantes – je crois envers et contre tout qu’il n’est pas jusqu’au plaisir d’écrire des choses insignifiantes qui ne suppose une civilisation. J’aperçois bel et bien le jour où je lasserai tomber le pesant souci politique, et n’aurai plus de consolation universelle que de contempler à l’infini le jardin bien taillé ; le calme d’un jardin en ordre, c’est aussi celui de l’esprit –ce qui vérifie l’axiome selon lequel il suffit qu’une part du monde se mette en ordre, pour que tout s’ordonne autour d’elle.


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