Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Paris, le 3 décembre  


Suis allé tout à l’heure, en la compagnie de Jean-Paul Bled, voir Jean-Louis Debré. Il nous reçoit avec une bonhommie qui me surprend, parle franchement et laisse suivre son cours, sans paraître pressé, une conversation plutôt détaillée sur la réforme constitutionnelle et le nouveau projet de Constitution européenne. Placé comme je l’étais, dans la vaste bureau d’angle du président du Conseil constitutionnel que j’avais déjà vu, il y a quelques années, en rendant visite à Yves Guéna, je ne pouvais m’empêcher de laisser mon regard suivre les rangées d’arbres du jardin du Palais royal, impeccablement taillés, aussi nets et réguliers que les balustrades de pierre reliant l’aile de la Comédie française à celle du Conseil d’Etat, puis du ministère de la Culture, et je rêvais aux promenades que l’on pouvait faire là, un soir d’été, entre les institutions vénérables, en l’ancienne demeure des ducs d’Orléans, à deux pas du Louvre, au coeur du plus beau quartier de la plus belle ville du monde. Là, comme la France se voit, se laisse comprendre, et chérir ! Le Conseil va bientôt devoir rendre un avis sur la réforme préalable à la ratification du funeste traité, et, de ce point de vue, cette rencontre fut aussi fort utile.Epoustouflant raisonnement de M. Sarkozy répétant qu'il fut élu en proclamant ses intentions européennes, en sorte que le peuple est pour ainsi dire berné en connaissance de cause. Si la voie parlementaire correspond certes à un engagement de campagne, celui-ci ne portait que sur un "mini-traité" dont nul ne connaissait le contenu, lequel devait reprendre, selon ses dires, « les points de consensus » dont nombre de braves gens, certes naïfs, à moins qu'ils fussent intéressés, ont pu croire qu'il serait anodin. Au reste, ont-ils voté sur ce sujet ? Faut-il laisser à l’établissement le droit d’interpréter à sa guise les raisons d’un vote ? Peut-on décider que les propos de campagne ont ipso facto valeur de droit ? Un vote présidentiel peut-il annuler un référendum ? Rien de cela n'a l'apparence du droit… Les professeurs de droit qui défilent à mes mercredi soir sur Courtoisie s’accordent pour parler de forfaiture et de coup d’Etat ; mais rien ne se passe ; droite et gauche sont à leur petite soupe, et le bon peuple devant sa télévision…



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