Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Comme chaque année, sommes allés cueillir du gui ; j’aime assez ce rite druidique –comme ma religion est le Temps, je n’ai guère de scrupule… La maison est toute décorée de grosses boules resplendissantes. Finalement, je ne suis jamais aussi heureux dans cette maison que l’hiver. Malgré l’austérité de ses dalles froides, l’épaisseur de ses murs, la pénombre grise qui règne dans les pièces quand le ciel est bas, l’obscurité qui gagne tout dès l’approche du crépuscule, je m’y sens délicieusement au calme, et travaille tout à l’aise. Comment vivrai-je sans ce havre ?...Comment s’étonner, du reste, de ce bonheur des niches que les hommes d’aujourd’hui cherchent comme des bêtes pourchassées ? Dans l’univers sans règle, sans loi et sans foi qui les fait vivre dans la perpétuelle inquiétude de l’arbitraire, de la violence et de l’indignité les hommes perdent pied. Oui, de l’indignité, car la barre est en tous domaines placée si haut (il faut être de plain pied avec tant de ruses, d’aubaines, d’exigences égalitaires, de prouesses techniques !), que l’en-dessous du niveau requis, cette forme moderne et violente de l’indignité est désormais le lot de la masse. Alors, on se cache, on rentre chez soi, on se dis-trait comme on peut, et surtout, l’on se terre…


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