Retour d’une messe à Fontgombault ; longue et douce (austère et douce, faudrait-il dire) conversation avec le très révérend père Forgeot, abbé depuis trente ans cette année. Frêle et discret, il est tout entouré de clarté - celle de son regard, de sa pensée, de sa parole ; parmi tant de notations justes, je note au moins celle-ci : il s’étonne de la vitesse avec laquelle nos contemporains s’expriment - les jeunes surtout. « Cela ne peut pas durer comme cela, ils vont s’épuiser, à la fin ! ». Puis déjeuner avec les moines. Retour par Angles, et la Roche Posay, en chantonnant sous le doux soleil d’automne - « l’automne parsemé de taches de rousseur » de Mallarmé.
Combien étions-nous le 19 octobre ? J'ai dit un millier environ, en comptant ceux qui partaient tôt et ceux qui arrivaient en retard dans le Paris bloqué qui nous servit de scène ce jour-là, et en appuyant sur l'évaluation de la police faisant état de 800 manifestants. Or cette manifestation n'eut que très peu d'écho, hormis France Inter et France Info qui parlèrent de 500 manifestants, le service public d'information, je veux dire la police de la pensée, faisant toujours mieux que la police tout court. Non loin de la Place des Victoires, eut lieu quelques jours plus tard une manifestation des mal-logés qui avaient installé leur tente rue de la Banque : 20 familles représentant environ 150 personnes ont alors défrayé la chronique bien davantage que notre petit millier. Et de même, les 300 avocats manifestant contre la réforme Dati, et dont le mouvement est sans cesse monté en épingle ; de même le millier d'étudiants qui manifesta hier contre la réforme des universités ; de même les 300 manifestants mobilisés par l'Arche de Noé, etc, etc... Notons que toute protestation contre la négation du référendum, c'est-à-dire la suppression du primat du suffrage universel n'intéresse aucun des petits sires de la société médiatique.