Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Mirebeau, le 3 novembre 2007  

Il a fallu couper la plupart des branches de lavande qui foisonnaient en désordre sur le jardin en étage ; je les ai ramassées pour les jeter dans le feu : d’un coup, un parfum suave se répand dans la bibliothèque, puis d’un coté vers la salon, de l’autre dans mon bureau.
Bonheur privé, malheur public : je ne vois que trop combien tout de la période y pousse, bien qu’un grand nombre de personnes, justement, souffrent trop du désordre dans les affaires publiques, et celui qui suit dans l’ordre moral, c’est à dire en un mot de l’injustice pour préserver leur bonheur personnel, tenir leur vie à l’écart des maux qui assaillent les êtres, dans les esprits plus encore que les corps. Moi, je le pourrais, comme beaucoup de mes contemporains qui jouissent en sécurité de tous les biens que l’on peut attendre de l’existence : mais c’est de ces petits bonheurs privés que se nourrit l’incurie publique. Il faut décider que le bonheur de la maison, tant chanté aujourd’hui par la bienpensance et ses douillets magazines, ne compense point l’état d’abandon qui fera tout glisser, tôt ou tard…



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