Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Mirebeau, le 16 novembre  


Je n’ai pu hier prendre le train annoncé pour rentrer à Paris et assister ce matin aux obsèques de Pierre Pujo, où j’ai dû faire lire par S.T. mon message ; du coup, beaucoup de temps inattendu, en sorte que de Gaulle avance. A mesure que je m’enfonce dans la solitude, elle me régale de mille plaisirs, et je ne me vois plus en sortir. Le temps est au grand froid, qui fait un plaisir de plus : beau givre le matin, longs silences, douceur de la maison, téléphonages, toujours un peu trop nombreux. Le maire est venu me voir cet après-midi pour me demander de figurer sur la liste socialiste qu’il mènera lors des municipales du printemps prochain à Mirebeau. J’ai refus, arguant mes livres. S’ils n’avancent guère, qu’ils servent au moins de rempart ! Quant à la mort de Pierre Pujo, homme admirable de patience et de constance, elle met la « vieille maison » en demeure de se métamorphoser ou de disparaître lentement ; innombrables téléphonages à ce sujet. Les faits divers, quand on a le temps de les écouter, en disent long sur la barbarie montante ; une enfant de quatre ans vient d’être conduite à l’hôpital dans un état grave : les médecins découvrent que les sévices des parents n’ont pas cessé depuis les premiers mois de la pauvre enfant, régulièrement conduite à l’hôpital après chaque séance de ce qu’il faut bien appeler des tortures, sans que nul ne s’aperçoive de rien ; on a du mal à s’imaginer tout cela en détails, et l’on se détourne devant l’effroi, mais il faudrait pourtant avoir le courage de suivre cette histoire pas à pas, tant elle est instructive. Et de même celle-ci : on vient d’arrêter le riche propriétaire d’une villa de la côte d’Azur qui possède aussi un immeuble insalubre dans la ville de Nice ; insalubre mais loué dans ses moindres recoins à plusieurs familles miséreuses, cela pour des loyers considérables au regard des lieux, dignes d’une favela brésilienne, tels que la télévision les montrait ce soir. « Homo homini lupus », où que l’on se tourne, et sans doute de plus en plus à mesure que refluent d’un même mouvement la morale et l’amour -les deux seraient-ils plus liés qu’on ne croit ? Et c’est à ce moment qu’il faudrait que reflue aussi l’action publique, que s’étiolent les instruments politiques ? Minuit - Leçon de ces faits divers : la morale, la politique et l’amour avancent ou reculent ensemble, selon les périodes de l’Hisoire ; elles ont partie liée. Ce doit s’appeler la civilisation, et c’est bien cela qui partout reflue depuis trente ans…



L'Europe en direct
Campagne pour le respect du "non" à la Constitution européenne
RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile


Pas un jour, sans une ligne : Nulla dies sine alinea