Le bloc-note de Paul-Marie Coûteaux


Lundi 17 décembre  

Je me décide à répondre à M. Gaubert. Voici la lettre que je lui fais tenir personnellement, et dont j'adresse copie à ses pairs de l'UMP :
"Monsieur,
Le mercredi 12 décembre dernier à Strasbourg, de nombreux députés, sur divers bancs de droite et de gauche de notre hémicycle, ont rappelé le résultat du référendum organisé en France le 29 mai 2005, référendum rejetant le projet de Constitution européenne assortie d'une Charte des droits fondamentaux. Nous sommes en effet nombreux à juger que ladite Charte attente gravement aux Droits de l'Homme et du Citoyen dans la conception républicaine qui est la nôtre. Nous la contestons en particulier en ce qu'elle mentionne en plusieurs de ses articles la protection des minorités ethniques, notion d'ailleurs inconnue dans le droit de la République, et qui nous paraît fort dangereuse en ce qu'elle est incompatible avec la notion même de citoyenneté. Vous représentez-vous ce que serait une société française où chaque ethnie pourrait proclamer ses droits particuliers et les imposer par la voie d'une juridiction sise à Luxembourg ?
Cette question a été l'une de celles qui ont alimenté le débat, fort dense et nourri, qu'a connu notre pays lors de la campagne référendaire de 2005, débat dont nous estimons qu'il a été tranché par le peuple français. Il est donc stupéfiant qu'un nouveau traité, dit "traité de Lisbonne" qui reprend notamment la Charte et dont tout le monde s'accorde d'ailleurs, de Mme Merkel à M. Giscard d'Estaing, à reconnaître qu'il copie sous une nouvelle forme la Constitution rejetée, soit aujourd'hui imposé aux Français contre leur gré. Si vous étiez véritablement attaché à la liberté politique et à la démocratie, vous protesteriez avec nous : il en va en effet du principe même du suffrage universel.
Or vous estimez, dans un communiqué échevelé, que ce rappel de la voix du peuple français s'apparente à une attitude - nous citons vos termes - "haineuse, sectaire et raciste". Vous ajoutez que, par notre protestation, nous aurions démontré que nous "rejetons la protection de ceux qui subissent le racisme". L'esprit a du mal à concevoir les sinuosités intellectuelles qui vous conduisent à une telle conclusion. De même, la simple raison ne parvient pas à expliquer que notre protestation puisse témoigner que "nous craignions une juste répression judiciaire contre toute forme de discrimination", et même que nous refusons "la promotion des libertés économiques, sociales et le respect des droits de l'homme". Il semblerait opportun, par égard pour vos interlocuteurs comme pour votre propre cohérence intellectuelle, mais aussi, et surtout, pour la charge de représentant du peuple français qui vous échoit, que vous vous attachiez à éclairer quelque peu le sens de ces vaticinations, lesquelles, aux yeux de tout esprit rationnel, révèlent surtout l'époustouflante errance intellectuelle de leur auteur.
Il se trouve que de surcroît vous les formulez à l'enseigne de la délégation UMP du Parlement européen, ce qui nous conduit à nous interroger également sur les conceptions que vos collègues, s'ils venaient à vous approuver, peuvent se faire non seulement de la démocratie mais du simple débat politique. Mais, sur ce point, il leur appartient d'en juger.
En revanche, la fin de vos commentaires dans lesquels vous allez jusqu'à expliquer que notre protestation est le fait "du vicomte et de sa curia regis d'extrême droite" nous concerne davantage. Elle appelle de notre part quelques observations simples : d'une part, il est piquant que le rappel du suffrage universel soit assimilable dans votre esprit à une "attitude d'extrême droite", notion dont aperçoit mal ce qu'elle peut recouvrir dans votre esprit, malgré l'usage obsessionnel que vous en faites. D'autre part, nous affirmons qu'à aucun moment, dans aucune de nos interventions au Parlement européen ou ailleurs, nous avons tenu un discours "obsessionnel de stigmatisation de l'étranger" comme vous allez jusqu'à l'écrire à notre sujet, ce qui constitue une injure grave dont nous pourrions vous demander raison, si toutefois elle n'était pas à ce point déplacée, et pour tout dire ridicule. Quant à l'appellation de "vicomte" attribuée à Philippe de Villiers, elle ressort à l'évidence de la stigmatisation d'une personne en raison de son origine, ce qui est la définition pure et simple du racisme, mot dont finalement vous vous accusez ainsi vous-même, en une démonstration accablante.
Vous informant de notre intention de porter votre réaction, finalement fort significative de votre intolérance, de votre confusion mentale et de votre outrance verbale à la connaissance de nos concitoyens, et, mesurant avec tristesse ce qu'elle peut signifier quand elle engage un parti de la majorité présidentielle tel que celui au nom duquel vous parlez, nous vous adressons, Monsieur, l'expression de nos sentiments chagrinés."




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