Petit déjeuner sur la terrasse ; dans le jardin, les chats dansent : de toutes parts, le beau temps fait surgir des papillons vers lesquels ils s’élancent et manquent toujours; mais ils s’exaltent, sautent de plus belle, et les papillons volettent de-ci, delà sans paraître s’en soucier, à moins qu’ils ne jouent. De temps en temps, le petit souffle du matin agite le bout des branches, qui paraissent applaudir. On ne connait pas spectacle plus joyeux.
Pourquoi me perdre dans la vie de ce petit monde, la maison, les jardins, les chats, et pourquoi les décrire ici en incipits réguliers, avant d’attaquer de plus austères sujets ? A l’agrément, et ce désir de nommer les choses pour qu’elles existent pleinement, j’ajoutais, in petto, la petite théorie entêtée qui voudrait que nulle politique ne soit claire ni forte ni juste si, à intervalles réguliers, elle ne sait partir de la vie simple et brute du monde, pour mieux dire “la nature” : elle est le “la” que se donnent les musiciens; soit; je n’en démords pas. Mais je découvre à présent que la règle des incipits bucoliques n’est pas seulement bienfaisante pour la politique, mais aussi pour toute écriture, en somme tout travail de culture. Nous revoilà sur le bon vieux couple nature/culture qui s’éclaire d’un jour tout neuf, et magnifique. Et si la culture s’étiole tat aujourd’hui, c’est qu’il lui manque sa nourricière nature (cf « art moderne »).
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