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Villiers : «La grande triche du oui»


Philippe de Villiers a lancé sa campagne pour le non au référendum, «un non pour sauver l'Europe!», proclament ses affiches. «Ce non est un non de projet. Il faut remettre l'Europe d'aplomb en l'engageant dans les trois voies du bon sens: une Europe vraiment européenne, sans la Turquie, une Europe respectueuse des démocraties nationales et une Europe qui protège notre sécurité et nos emplois.» Tel est, résumé par le président du Mouvement Pour la France, le message qu'il va adresser aux Français.




Villiers : «La grande triche du oui»

En pointe contre la Constitution européenne, le président du MPF défend un «non de projet»

Interview publiée par Le Figaro, le 15 mars 2005
Propos recueillis par Sophie Huet


LE FIGARO. – José Manuel Barroso vient d'affirmer que la Commission européenne n'entendait pas revenir sur «le principe du pays d'origine» dans le réexamen de la directive Bolkestein. Qu'en pensez-vous ?


Philippe de VILLIERS. – La déclaration de M. Barroso renvoie aux mensonges des tenants du oui qui nous expliquent depuis quinze jours que la directive est retirée. J'ai d'ailleurs entendu de mes oreilles le successeur de Bolkestein, le commissaire Mac Creevy, le 9 mars, au Parlement européen, déclarer solennellement qu'il n'était absolument pas question de retirer cette directive. On voit bien que le Parlement français est totalement impuissant. Il n'a que le pouvoir de protester, car le vrai pouvoir est à Bruxelles. Cette affaire est très grave, car la directive Bolkestein permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d'origine. Sur les 11 millions de personnes actives dans les services, un million d'emplois sont menacés par cette directive. Il s'agit d'un démantèlement de notre modèle économique et social.


Quels sont selon vous les facteurs de montée possible du non ?


Les Français sont submergés par un triple sentiment de dépossession d'eux-mêmes : la mondialisation, qui aspire nos forces vives et nos emplois ; l'immigration, qui affaiblit notre identité ; et l'Europe qui nous asphyxie, qui engloutit nos pouvoirs et nos libertés. Les Français voient l'usine qui se démonte, la mosquée qui s'installe et leur porte-monnaie qui se vide. Ils constatent qu'avec l'Europe actuelle le pouvoir n'a plus le pouvoir en France. La grogne sociale s'adresse à un gouvernement aujourd'hui impotent parce que tout se décide à Bruxelles.


Le refus de l'adhésion de la Turquie à l'Europe est-il, selon vous, le motif principal du non ?


Un des motifs principaux. Les négociations d'adhésion de la Turquie vont commencer le 3 octobre prochain à Bruxelles. Si le oui l'emporte, le processus sera irréversible, alors que, si le non gagne, les négociations seront immédiatement suspendues. Les Français ont très bien compris que le non est le seul moyen d'empêcher l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Pendant toute la campagne, je vais leur montrer une photo du premier ministre turc, prise le 29 octobre 2004, qui montre Recep Erdogan en train de signer la Constitution européenne juste après Jacques Chirac, avec le même stylo, et la même encre. Comment les tenants du oui osent-ils nous dire qu'il n'y a pas de lien entre la Constitution européenne et la Turquie ?


Ferez-vous tribune commune avec d'autres partisans du non ?


Le oui est cacophonique, le non doit rester polyphonique. Je laisse François Bayrou faire tribune commune avec Daniel Cohn-Bendit et je laisse à Jacques Chirac le choix récent de son directeur de campagne : François Hollande.


Avez-vous l'assurance de bénéficier d'un financement public pour votre campagne ?


Aucune. Nous voyons se mettre en place la grande triche du oui, avec ses trois armes : l'intimidation, c'est «le oui ou le chaos» ; le mensonge, qui consiste à dire que la directive Bolkestein sur la libéralisation des services publics a été retirée, ce qui est complètement faux ; et la mise au pain sec du non. Le oui est parti avec la caisse. Dans le budget du ministère des Affaires étrangères, il y a 10 millions d'euros de crédits votés pour le oui, plus 10 millions en provenance du Parlement européen.


En ce dixième anniversaire de l'entrée en vigueur des accords de Schengen, vous dénoncez aussi le projet de règlement Barroso. En quoi consiste ce texte ?


Les accords de Schengen avaient pour but la suppression des frontières internes aux pays de l'Union européenne. C'est ainsi que 300 000 migrants sont entrés sur le territoire français en 2004. Dans le même temps, de nouvelles frontières se sont créées à l'intérieur même de notre pays, avec 630 cités interdites à la police, 20 000 voitures brûlées par an et 30 000 familles polygames. Le projet de règlement Barroso, actuellement soumis au Conseil des ministres à Bruxelles, anticipe sur l'entrée en vigueur de la Constitution européenne et vise à mettre fin à la clause de sauvegarde des accords de Schengen. Ceux-ci prévoyaient qu'en cas de nécessité absolue les gouvernements pouvaient rétablir temporairement les contrôles à leurs frontières. Conséquence : alors que l'Espagne, par exemple, vient de régulariser 700 000 immigrés clandestins, ceux-ci pourront venir s'installer et travailler en France, car la Constitution européenne, dans son article III-265, consacre l'ouverture totale des frontières. Par ailleurs, la Commission de Bruxelles vient de déposer sur la table du Conseil un projet pour une nouvelle vague d'immigration en Europe, au motif que «des flux d'immigration plus soutenus pourraient être de plus en plus nécessaires pour couvrir les besoins du marché européen du travail». On marche sur la tête !

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