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Vaclav Klaus et Karel De Gucht : les deux visions de l’Europe


Il est triste de constater que le président de la République tchèque est le seul chef d'Etat de l'Union européenne qui ait encore le sens de ce qu'est la démocratie. Il vient en effet d'affirmer publiquement, lors d'un voyage en Estonie, que le traité constitutionnel européen « a été pratiquement arrêté après avoir été rejeté par la France et les Pays-Bas » , et que « c'est pourquoi la ratification n'est plus à l'ordre du jour en République tchèque ».




Vaclav Klaus et Karel De Gucht : les deux visions de l’Europe

En parlant ainsi, Vaclav Klaus profère ce qui est l'évidence et le bon sens même.
Et pourtant, Vaclav Klaus est bien seul. Car, à travers toute l'Europe, les gouvernements n'ont de cesse que de trouver une solution permettant de faire adopter sournoisement, par tranches, ou de façon invisible, ce que les Français et les Néerlandais ont rejeté massivement.

A cet égard, j'attire votre attention sur les déclarations scandaleuses faites, le 24 mai dernier, par le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht. Celui-ci a en effet repris à son compte l'une des hypothèses qui circulent dans les chancelleries : désormais les nouveaux traités européens pourraient être adoptés, non plus à l'unanimité des États mais à la majorité qualifiée. On pourrait ainsi adopter une Constitution européenne « si une large majorité d'Etats membres, représentant une large majorité des peuples de l'Union, donne son accord ».

Cette idée est à proprement parler tyrannique et totalitaire. Car on en voit aussitôt l'application :

— La Constitution européenne a d'ores et déjà été ratifiée par 15 des 25 États.
— Cela constitue déjà une majorité d'Etats.
— Et cela constitue aussi une majorité de la « population totale européenne ». (si l'on ajoute le nombre total d'Allemands, d'Espagnols, d'Italiens, etc.)

Eurêka, ça y est ! La Constitution européenne est adoptée ! Résultat ? Le vote des Français et des Néerlandais ne compte plus.

Bien entendu, cette idée belge est un véritable déni de démocratie. D'une part parce que, dans la majorité des cas où la constitution européenne a été ratifiée, seuls les députés ont été consultés et non les peuples. Or la majorité des députés sont, partout, assujettis au pouvoir exécutif en place car celui-ci les menace de ne pas leur renouveler leur investiture aux élections suivantes. C'est ainsi que bien des États européens ont formellement ratifié la Constitution par leur Parlement alors que les sondages indiquent que le texte aurait été rejeté s'il avait été soumis à leur peuple. D'autre part parce que cette idée repose sur le postulat, faux, qu'il existe un peuple européen.

Explication : en France, par exemple, les Alsaciens, les Poitevins ou les Languedociens acceptent le verdict des urnes au niveau national même si une majorité dans leur région respective n'a pas voté comme la majorité nationale. Cela signifie que, dans leur écrasante majorité encore, les Alsaciens, les Poitevins ou les Languedociens estiment « normal » de s'incliner si une majorité différente a été exprimée par les Normands, les Bretons, les Rhône-Alpins, les Aquitains et les Champenois. Ce sentiment de « normalité » est exactement ce que l'on appelle le sentiment national. Comme l'amour ou la confiance, il se ressent spontanément. Comme l'amour ou la confiance, il ne se décide pas, ne s'invente pas, ne se décrète pas. Il est ou il n'est pas.

Mais les Français seraient-ils d'accord pour accepter, comme le suggère le ministre belge, que leur vote de l'an dernier soit considéré comme nul et non avenu parce qu'une coalition d'Italiens, d'Allemands, d'Estoniens, de Magyars, d'Espagnols, de Slovènes et de Lettons a voté différemment ? Certainement pas ! Tout simplement parce qu'il n'y a pas de « peuple européen ». Quarante-neuf ans après le traité de Rome, certains peuvent le regretter mais c'est comme ça.

C'est une illustration du merveilleux propos de Charles de Gaulle : « Les peuples sont comme le cèdre, ils ne meurent jamais ! » Et si, d'aventure, certains politiciens songeaient réellement à mettre en œuvre l'idée belge, nous irions tout droit vers des événements sanglants.

                                                                                          François ASSELINEAU


p.o : Revue Républicaine



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