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Union européenne, An 01. Le pire est à venir...



Pour Roland Hureaux, l'Union européenne sera plus que jamais entre les mains de la Commission après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne le 1er décembre dernier. Ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour la démocratie et la liberté.




Union européenne, An 01. Le pire est à venir...

Beaucoup, parmi nous, ont pensé - pourquoi ne pas  l’avouer ? - que la mécanique  supranationale  de la Constitution européenne calerait avant d’aller jusqu’au bout. La cause nous paraissait entendue après le double référendum négatif de mai-juin 2005, en France et aux Pays-Bas.

Quand fut mis en chantier le traité de Lisbonne, clone de la défunte Constitution, même illusion : le refus irlandais, les difficultés polonaises,  la décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe tendant à  préserver la souveraineté du Parlement allemand, le blocage obstiné du traité par Vaclav Klaus, président de la République tchèque, la perspective d’un référendum britannique nous avaient  laissé espérer jusqu’au dernier moment que l’affaire capoterait.

Considérant à juste titre que ces consultations partielles exprimaient l’hostilité de la  plupart de peuples d’Europe au processus  d’intégration en cours, nous pensions naïvement  que, dans une  Europe aux fortes traditions démocratiques, les peuples auraient en définitive  le dernier mot.
Et bien non ! Nous nous sommes trompés. En cette fin de 2009, le traité de Lisbonne entre en application.
 
On pourra certes se consoler encore en considérant que  les grands pays gardent  la maitrise des orientations essentielles (ou de l’absence d’orientations !) : plan de relance, politique étrangère, nomination des personnalités clef de l’Union. La France et l’Allemagne ont ainsi imposé, en application du traité de Lisbonne, un président de l’Union européenne honnête mais falot Herman Van Rompuy (dont l’absence sur la scène intérieure risque de coûter cher à la Belgique ) et un  haut-représentant  aux affaires étrangères, Catherine Ashton, femme de cabinet sans légitimité démocratique, dont on peut se demander si les  Britanniques ne l’on pas désignée  pour  ridiculiser la fonction.

Mais là aussi, il ne faut pas se réjouir trop vite. Car ce qu’il y a de plus redoutable dans la machine  européenne se situe au  niveau intermédiaire, celui où règne en maître la commission. Une commission  beaucoup plus puissante depuis  que l’Europe se fait à 27.

Le succès  final  du processus de ratification du traité de Lisbonne  a montré que, malgré tous les obstacles, l’hydre bureaucratique bruxelloise étendait ses tentacules  de manière inexorable et  que, forte de sa puissance administrative, de sa patience et du caractère dispersé et  intermittent  des résistances, elle  finissait , comme   toute machine  idéologique,  à arriver au but qu’elle s’était fixé. 

Or c’est au niveau de la bureaucratie  qu’il y  a lieu de craindre les effets de la ratification. Après avoir connu  plusieurs  années de morosité, liées aux résistances  des peuples, la  bureaucratie européenne est aujourd’hui euphorique. La signature du traité de Lisbonne a libéré sa  volonté de puissance.

Longtemps frustrés, les technocrates de Bruxelles veulent à présent mettre les bouchées doubles.

Le traité de Lisbonne a d’importantes conséquences en matière de justice et de sécurité et donc de contrôle de l’immigration : dans ces domaines, pour achever  le processus d’intégration. La directive Bolkestein, aux effets si déstabilisateurs sur le marché du travail, un  temps  gelée, entre en application. Forte de la création d’un ersatz de ministère des affaires étrangères, la Commission a commencé à recruter 5000 diplomates qu’elle déploiera  à travers le monde, à l’égal d’un Etat. Ce nouveau réseau diplomatique ne manquera pas de dévaluer les ambassades des pays membres.  A la première contrainte budgétaire, un gouvernement français d’orientation européiste pourrait tirer prétexte de son  existence pour alléger notre propre dispositif, dont l’étendue fut longtemps un facteur de rayonnement pour notre pays. Les Pays-Bas et la Bulgarie y pensent déjà. les décisions pourront être prises à la majorité. La formation de policiers européens est à l’étude. Ne doutons pas que Bruxelles se précipitera  pour occuper ces nouveaux territoires où pourtant elle est loin d’avoir fait  ses preuves

Le travail d’unification des normes de toutes sortes, en application de l’Acte unique de 1987, destiné à parachever le marché intérieur, va se poursuivre.

En matière agricole, les crises du lait et celle des fruits et légumes ont montré le caractère impitoyable de la mécanique bruxelloise dès lors qu’il s’agit d’écraser les  petits, et les dégâts du tout-marché qu’elle cherche à instaurer. Pourtant la commission a fait circuler un mémorandum destiné à redéployer  vers d’autres secteurs les dépenses de régulation des marchés agricoles, lesquelles  seraient réduites  de 60 à 30 % du budget communautaire. Heureusement, une offensive française relayée par l’Allemagne semble  faire échec à ce plan. Mais combien de domaines où personne ne réagit ?

Bien que  le coup vienne de Strasbourg  et non de Bruxelles, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, au mépris du  principe de subsidiarité et du souhait de la majorité des Italiens, d’interdire les crucifix dans les écoles d’Italie, montre jusqu’à quel point l’idée d’un droit abstrait , désincarné, étranger à  la volonté des peuples, fait son chemin.

La manière dont le président du Parlement européen a tenté d’empêcher de  parler Nigel Farage, brillant député britannique eurosceptique, montre le climat d’intolérance qui règne plus que jamais dans une  machine désormais remise sur les rails.

A ce regain d’activisme bruxellois, répond une soumission grandissante des administrations nationales pour lesquelles le droit  européen est devenu, en France au moins, la loi et les prophètes. Le Conseil d’Etat vient de décider que les directives européennes étaient immédiatement exécutoires avant même leur inscription dans le droit national. C’était déjà la position – contestable - de la Cour de justice européenne mais pas encore celle des juridictions  nationales. Le  Parlement français, qui n’a même plus à intervenir, se trouve ainsi un peu plus dévalué.

En  réussissant à mettre en œuvre le traité de Lisbonne malgré la volonté de peuples, la machine européenne a franchi un pas dont nous ne mesurons peut-être pas encore les conséquences. Quelque part, l’Europe est  désormais sortie du « cercle de la démocratie ». L’étonnante « investiture » de Herman van Rompuy par le groupe de Bilderberg a valeur de symbole. Cette capacité d’arriver à ses fins en contournant  tous  les obstacles  est typique d’un régime idéologique, appliquant la maxime de Lénine : « deux pas en avant, un pas en arrière ».  Jusqu’ où nous mènera cette  machine infernale  en marche, dès lors qu’elle a démontré qu’elle pouvait passer outre avec succès à  la volonté populaire clairement exprimée ? Nul ne le sait.

Que l’Europe ne compte plus beaucoup de vrais croyants ne doit  pas nous rassurer. Hannah Arendt  a montré comment les régimes idéologiques continuaient longtemps à fonctionner alors même que leurs cadres avaient perdu la foi.  Leurs bureaucrates  n’en étaient même que plus impitoyables.
Nous émettions l’hypothèse dans un ouvrage paru il y a dix ans (1)  qu’il y avait entre un régime véritablement totalitaire et le système idéologique européen  la différence d’un  étang revêtu d’une  couche de glace épaisse et d’un autre où seulement flotteraient quelques plaques éparses. Mais on sait qu’il suffit que la température  baisse de quelques degrés pour que celles-ci se soudent entre elles et que tout  l’étang soit gelé.

A moins que la Grèce, déstabilisant  l’euro par sa faiblesse, ne sauve, comme autrefois à Marathon par sa force , la liberté de l’Europe…

Roland Hureaux  Son blog
(Auteur de Les hauteurs béantes de l’Europe, François-Xavier de Guibert, 1999, reed. 2007)

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