L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

Fondé en 2005 - Plus de 2 400 articles en accès libre

Un forum franco-allemand d’économistes envisage les alternatives à l’euro



Un panel d’économistes de premier rang, français et allemands, a débattu pendant une journée de la crise de l’euro et de l’organisation monétaire qu’il convient de substituer à l’euro, dont l’éclatement est apparu inéluctable aux participants.




The Economist, January 15th-21st 201, The euro crisis: time for Plan B
The Economist, January 15th-21st 201, The euro crisis: time for Plan B

La fin de l'euro ne serait pas la fin de la coopération franco-allemande


Les silences de la presse officielle ne signifient pas nécessairement que les informations tues sont subversives. Il suffit quelles n’entrent pas dans les schémas habituels pour faire l’objet d’une censure,  pas toujours consciente : ainsi une grève d’une semaine de la fonction publique allemande, il y a quelques années, avait été à peine évoquée en France tant elle heurtait le préjugé  de la discipline allemande.  La même en France aurait fait la une de la presse internationale.

Ce mois d’octobre,  s’est produit à Lyon, dans la  même discrétion,  un événement extrêmement important pour l’avenir de l’euro et  peut-être même de l’Europe.

Un panel d’économistes de premier rang,  français et allemands, a débattu pendant une journée de la crise de l’euro et des moyens d’en sortir : plus exactement de l’organisation monétaire qu’il convient de substituer à l’euro, dont l’éclatement est apparu  inéluctable aux  participants.

Côté français,  Jean-Pierre Vesperini, membre du  Conseil d’analyse économique,  Gérard Lafay,  Gabriel Colletis,  André Vianès .
Côté allemand , une délégation de haut niveau comprenant le Professeur Joachim Starbatty de l’Université de Tübingen, Wilhelm Nölling, doyen de l’Académie des sciences politiques de l’Université de Hambourg, ancien député ( SPD ) et membre du conseil de la Bundesbank et Bruno Bandulet, consultant indépendant et éditeur  à Münich , ancien  collaborateur du président du Land de Bavière (CSU). Comme on le voit, il ne s’agit pas d’extrémistes.   Les deux premiers appartiennent  au cercle  qui a entrepris autour du juriste  Karl Schachtschneider de contester les plans de soutien à la Grèce auprès du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe.

Les débats ont mis en relief les contradictions internes de l’union monétaire européenne, dont les  chances de succès, à supposer quelles aient jamais existé,  ont été obérées au départ par la féroce déflation des coûts salariaux menée par le gouvernement Schroeder en Allemagne  et par la politique de l’euro fort consécutive à l’arrivée de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne en novembre 2003 :  son prédécesseur Duisemberg avait eu soin au contraire de maintenir  le cours de l’euro au plus bas et donc à portée des pays  les plus vulnérables.

Parmi les solutions alternatives, les participants ont envisagé, sans en exclure aucun, différents scenarios, depuis le plus libéral :   retour au monnaies nationales avec flottement généralisé,  jusqu’aux plus structurés : monnaie commune, nouveau système monétaire européen de parités fixes et ajustables, sans oublier la possibilité d’une Europe multizone ( un euro du Nord et un euro du Sud, qui pose la question de ce que serait la place de la France.) 

L’événement qui s’est produit à Lyon contrefit bien des idées reçues.

Contrairement à la doxa officielle  qui tend à opposer aux Allemands,  premiers de la classe,   les Français mauvais élèves de l’euro ,  l’opposition à l’ euro est au moins aussi forte en Allemagne qu’en France, non seulement dans l’opinion mais aussi parmi les experts : les positons du  Pr Hans Werner Sinn, président de l’IFO de Münich, le plus important institut de recherche économique allemand  sont ainsi de plus en plus critiques vis-à-vis de la monnaie unique.

Mais face à cette division de l’opinion, le prisme politique a, des deux côtés du Rhin, le même effet déformant : l’opposition ouverte à l’euro est cantonnée aux partis extrémistes ( surtout  l’extrême gauche en Allemagne)  et à quelques personnalités atypiques  du « mainstream » , les participants allemands (et naturellement français)  au colloque de Lyon se rattachant à celles-ci. Mais dans les partis classiques, UMP et PS ici, CDU et SPD là,   la pression de la pensée unique est au moins aussi forte en Allemagne qu’en France.

A l’encontre du  stéréotype qui voudrait que les anti-euros  ne soient que des franchouillards chauvins sans ouverture internationale, le forum de Lyon montre que ce sont eux au contraire qui font preuve d’une vraie capacité de dialogue européen : aussi curieux que cela paraisse, après cinquante ans d’une  construction européenne marquée par le primat de l’économie, le monde des économistes français et celui des économistes allemands s’ignorent largement. Qu’une rencontre de ce type ait pu avoir lieu sous les auspices non point de la monnaie unique  mais du souci de la dépasser  n’est un paradoxe qu’en apparence.

Le forum de Lyon montre en même temps que la fin de l’euro, si elle se traduirait sans nul doute par un séisme financier de première magnitude, ne serait pas, pour  l’Europe et en particulier pour la coopération franco-allemande, la catastrophe que l’on redoute. Que les participants à ce  forum aient  promis de se revoir pour étudier  notamment comment pourrait s’opérer une sortie ordonnée de l’euro, est singulièrement prometteur pour cette coopération. 
 
C’est pourquoi les eurocritiques allemands comptent beaucoup sur les Français : « L’Allemagne a provoqué d’immenses dégâts en 1914, elle a détruit l’Europe en 1940, elle ne peut se permettre la moindre initiative qui pourrait laisser penser qu’elle veut mettre à bas  l’édifice européen actuel  : c’est aux Français de prendre l’ initiative », dit un des participants allemands. « Si on regarde les chiffres de PIB, l’euro, c’est d’abord l’Allemagne et la France, les autres ne comptent guère, c’est à eux qu’il convient de prendre les choses en mains », dit un autre. 

Il pourrait montrer que la fin de l’euro ne signifie pas nécessairement la fin d’une Europe fondée sur une étroite coopération franco-allemande. Pour tous ceux qui pensent que l’euro est non une protection mais un insupportable  carcan, c’est un signe d’espoir.

 
Roland HUREAUX
 
 
 
 

Notez
Lu 9539 fois



1.Posté par Mark Hitti le 29/10/2011 14:44 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
La réunion de ces économistes est une bonne nouvelle. Mais connaissant le milieu, il y a toujours un décalage entre l'idéalisme des économistes et les échéances des politiques.
Il faudrait alors qu'un autre projet prenne le relais en Europe si la méfiance entre les Etats n'a pas prit le dessus. Par exemple, celui de la défense et de la sécurité commune hors du parapluie de l'OTAN. Ou des projets trans-européens (décentralisés) soutenus par les Etats (théorie des cercles concentriques).
Mais de toute façon, il faudra recréer ou créer un cadre de dialogue, d'une diplomatie intra-européenne, pour éviter les échecs.
Néanmoins, les alliances stratégiques se construisent toujours autour d'un projet économique à défaut de pouvoir souder autour d'une identité commune. Les économies des Etats de l'UE devront rester complémentaire pour espérer reconstruire un projet autour de ça.
Les projets d'intégration régionale et d'alliances ou de partenariats stratégiques ne manquent pas.

2.Posté par grenouille le 28/11/2011 07:48 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Il est surprenant que les specialistes officiels ne sachent pas lire les blogs sur le web.

Un plan B circule depuis plus de 1 an annonçant l'effondrement de l'euro monnaie unique
et presentant les conditions pragmatiques d'un plan B basé sur l'euro monnaie commune.

Il se trouve etre le prolongement de critiques exprimées des 2001,donc avant la creation
meme de l'euro en 2002

Ce plan B implique la restauration des 17 monnaies nationales mais va bien plus loin
que l'exposé presenté ci-dessus.
A savoir,il aborde le concept de fond monetaire europeen (FME)nanti d'un capital consequent (5 Trillions€) constitué d'apport en 17 devises nationales réetablies venant des 17 banques centrales nationales
de la zone ZE17.
Un FME ayant ,par definition,la detention de ce panier de multidevises constituant un gigantesque pouvoir d'achat sur les marchandises et services produits au sein de la zone EZ17.
Ceci sachant que une souscription en monnaie nationale par une banque centrale nationale (BCN)
ne coute strictement rien a la dite banque centrale BCN.
ce fond fonctionnant comme bouclier,glaive et pioche pour defendre,en dehors de la zone EZ17,
la valeur des 17 monnaies selon un parcours jugé souhaitable.
Chacune des 17 monnaies etant gérée par sa propre BCN mais en liaison avec la BCE qui se contente d'émettre des euros monnaie commune (EMC)et de gerer la valeur de l'euro EMC dans 2 directions;Externe et interne a la zone;Externe face au $ et au Yen,Interne face aux 17 monnaies nationales de la zone.
Sur la base du respect de la souverainete des 17 BCN,il est fort probable que la banque d'Angleterre soit disposée a rejoindre cette zone comme les 9 autres BCN des 9 autres pays membres de la UE27.
Les 17 monnaies restaurées étant definies sur une base de un pour un (1€ pour 1 unité de chaque monnaie nationale des 17 membres fondateurs).
Les politiques de taux directeurs de chaque BCN ayant ensuite une consequence directe sur le cours de change de chaque monnaie nationale face a l'euro EMC.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vos commentaires sont les bienvenus, pour peu qu'ils respectent la liberté d'opinion, la courtoisie la plus élémentaire et...la langue française. Ils sont modérés et ne doivent évidemment comporter aucun propos grossier, insultant, raciste ou diffamatoire.

Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5

A la Une | On avait pourtant dit Non | Analyse | Tribune | Document | En bref | Référendum 2005 | Souvenons-nous