L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Un bien triste anniversaire



Voici la première note d'un blog apparu un 18 juin, 70 ans après l’appel du Général de Gaulle. Si la portée symbolique de l’acte ne nous échappe en rien, il n’est pourtant nullement de longtemps prémédité.
À vrai dire, deux événements m’ont dernièrement résolu à cette création. Le hasard faisant, ceux-ci prennent une résonnance particulière à l’aune de commémorations censées réinsuffler à nos mémoires les grands principes de la France Libre.




Un bien triste anniversaire
Cette note est la première publiée sur le nouveau blog alter-européeen : europalternative.com.

Le premier fut la prétention de la Commission, par suite lâchement entérinée par le Conseil, d’avoir droit de regard sur les budgets nationaux avant que ceux-ci ne soient validés par les Parlements. Cet outrage ridicule, proféré qui plus est par une institution en dessous de tout depuis 2008, a pour effet premier de capituler à une autorité non élue la plus essentielle des souverainetés des peuples européens : la souveraineté budgétaire. Ceux qui clament, comme des moutons bêlants depuis 30 ans, plus d’Europe comme solution à toutes les plaies de la terre devront au moins consentir que même dans leur très fédéral modèle américain, l’État central n’a pas de droit de regard sur les comptes des entités fédérées. Eh oui !

L’Europe qu’on nous vend comme nonefficace, car pas assé intégrée, a, en fait, bien plus de pouvoir sur le Larzac que Washington n’en a sur l’Arizona. Mais voilà, l’Europe n’est pas une nation. Comme le souligne la cour constitutionnelle allemande dans son arrêté, il n’y a pas de Peuple européen et le Parlement européen ne représente guère qu’une agrégation de conjonctures nationales dépourvues d’espace public commun. Si l’on tient à entrer dans le subconscient européiste (qui tend donc à faire de l’Europe non un état fédéral, mais un état jacobin), il faut partir du fait qu’il n’existe pas de fondation populaire à l’Union. Or, qui dit pas de fondation populaire, dit besoin d’un centre fort et despotique pour lutter contre les forces centrifuges qui menacent l’unité de l’édifice. Donc, la doctrine de l’ « Union sans cesse plus étroite » part en fait non d’un élan, mais d’une carence, celle de la préexistence d’un Peuple à l’état. Ainsi l’édifice doit-il être massif faute d’être ancré. C’est pour cela que l’Europe ne peut ressembler aux Etats-Unis. C’est pour cela qu’une Europe fédérale ne peut être démocratique (comme d’ailleurs le souligne la cour constitutionnelle allemande). C’est pour cela que l’Europe sociale ne peut être qu’un leurre (car on ne bâtit rien sur du sable, et faute de Peuple, l’Europe a trouvé appui auprès des banquiers et des financiers.)

Mais ne sommes-nous pas dans un monde de « pragmatique » ? Un monde où des idées aussi démodées que la démocratie n’attirent guère que les sourires méprisants de la bien-pensance. Ce qui compte c’est l’efficacité économique. Or même sur ce dernier point que porte en exergue, à défaut d’un meilleur cheval, le bon européiste, la proposition de la commission est contre-productive. En effet les critères de Maastricht qu’elle se targue d’appliquer sont surannés. Déjà absurdes dans les années 2000 (où la zone euro fut la partie du monde développé ayant connu la plus faible croissance) ils sont funestes en période de crise. En effet, depuis la crise de 29 on sait qu’il ne faut surtout pas réduire les dépenses en temps de crise. Ceci amenant une contraction de la demande à quoi répond une baisse de l’offre qui se traduit par une hausse du chômage d’où une nouvelle chute de la demande… Or qui dit crise dit plus de chômage, moins d’impôts donc moins de recettes. Aussi pour tenir les critères de Maastricht les États sont contraints de réduire leurs budgets et donc d’aggraver la crise.

À rebours en période d’extension économique, alors qu’il serait temps de rembourser, les États voyant s’éloigner le bâton sec de la Commission sont tentés de s’accorder plus de largesse (comme ce fut le cas à la fin des années 90). Les critères de Maastricht ont donc un effet que les économistes nomment « procyclique », car ils aggravent les crises et rendent plus fastes les périodes d’expansion. Ainsi loin de protéger des dérives du marché, ils ont au contraire tendances à les accentuer. Les Américains et les Chinois le savent ! Ils nous regardent, incrédules, plaider l’austérité et la concurrence quand eux jouent la relance et la régulation. Aberration économique et Démission démocratique, le contrôle préalable des budgets par la Commission a fait réagir jusque dans les rangs européistes. Ainsi le très bien-pensant Bernard Accoyer, président de l’ Assemblée, y a-t-il trouvé une indécence confiscation de souveraineté. Même le très européiste Laurent Joffrin y a été de sa plume dans Libération pour dénoncer une proposition grotesque. Mais, même privé de toute once de légitimité démocratique, même décrédibilisée par son inaction dans la crise financière. La Commission, forte de l’idéologie qui la porte, obtient presque toujours ce qu’elle exige.

Le gouvernement un temps revêche a fini par abdiquer, 70 ans après l’appel du général de Gaulle, le premier pouvoir du peuple souverain, celui de choisir son Destin en contrôlant son budget. La seconde conjoncture qui m’a poussé à entreprendre ce blog fut la percée des euroethnicisistes flamands. En effet, dans le petit royaume de Tintin, qui ressemble de plus en plus à la Yougoslavie post-Tito, les dernières élections législatives ont été marquées par la victoire des partis régionalistes (qui totalise 45 % des voix) et notamment du N-VA qui est devenu le premier parti de Flandre, et donc, dans un pays où l’unité démocratique a cessé de s’exercer, le premier parti de Belgique. Le symbole du N-VA durant cette campagne fut un drapeau européen dans lequel un lion flamand s’est vu substituer à une étoile. Car le N-VA n’est pas un parti ethnorégionaliste classique. C’est un parti éthnorégionaliste européiste. Loin des vieux archaïsmes d’indépendance nationale, le NVA exige la pureté linguistique de la Flandre, mais dans le cadre d’une Europe fédérale qui rendrait obsolète son vieil ennemi : l’État belge. Il faut dire qu’il est vraiment suranné cet état belge avec ses vieilles lunes de tolérance linguistique et de solidarité fiscale entre les communautés.

L’Europe c’est mieux. L’Europe c’est la concurrence exacerbée entre les entreprises et entre les peuples grâce à l’impossibilité de dévaluer autrement qu’en baissant les salaires ou les impôts et grâce au libre-échangisme dogmatique. Nos petits éthnorégionalistes l’ont bien compris. Adieu le village gaulois. Bienvenue à l’époque de l’Européano-mondialisme. Pourquoi avoir besoin d’État quand on a Bruxelles. Car il n’est pas de régionalisme modéré. Tout régionalisme postule une extériorité (je suis Catalan et pas Espagnol donc tout ce qui est espagnol m’est étranger) et une antériorité (je suis basque et mon Peuple a versé son sang il y a des siècles pour la Navarre. Au nom de ce sang sacré entre tous, je ne peux transiger). Ces deux caractères, propres à tout nationalisme, sont d’autant plus radicaux lorsque l’identité régionale et faible. Plus d’énergie et de véhémence sont nécessaires quand on veut mener un petit peuple parlant un dialecte hollandais et n’ayant jamais vraiment constitué un état souverain que quand on veut mener la France, dont l’identité va (aujourd’hui) de soi.

Ce processus de construction nationale s’est déroulé de façon sanglante en Europe de la Révolution à la Guerre de 14. Stabilisé après la Seconde Guerre mondiale il avait finalement abouti à la paix, mais l’européanisation a réveillé les ardeurs de nouveaux entrepreneurs d’identités. Ceux-ci pour être crédibles, au vu de revendications souvent absconses, parfois risibles, toujours inquiétantes, postulent l’existence d’une pureté idéelle et fantasmée. En effet quelle légitimité à cette Flandre, si hollandaise et si belge à la fois, si elle n’est pas pure. Quelle légitimité à la Corse si elle n’est pas pure ethniquement et si l’on ne met pas « les Arabes et les continentaux dehors ». Ces extrémistes d’un autre temps ont trouvé des alliés de circonstance dans les européistes (je dis de circonstances, car je ne saurais mélanger des gens aveuglés par les abstractions de leur idéalisme et des réactionnaires fascisants, et ce, souvent d’autant plus quand ils se revendiquent de gauche). En effet, leur but est commun, la disparition des Etats-Nation. Pour les uns, freins à l’intégration européenne, pour les autres porteurs d’une conception républicaine de la Nation non conciliable avec leur(s) revendication(s). Ainsi l’Europe a-t-elle favorisé ces petits revendeurs de haine en emballage postmatérialiste. Elle a régionalisé les subventions, donnant aux entités locales l’impression de pouvoir traiter directement avec le sommet sans s’abaisser à passer par le gouvernement national. Elle a créé un Conseil des Régions, une Charte des langues minoritaires... Créer un principe de subsidiarité qu’elle applique aux états, mais surtout pas à elle-même. Mis en place des Régions transfrontalières… Si l’on veut se convaincre du caractère éminemment éthnorégionaliste de l’idéologie européiste, il suffit de voir avec quelle joie fut accueillie la victoire du N-VA par le plus pro-européen de nos partis politiques : Europe-écologie. Celui-ci c’est en effet officiellement félicité de la victoire du parti flamingant avec qui il siège au Parlement européen. Eh oui, car Europe-écologie qui se prétend de gauche à Paris a également dans ses rangs strasbourgeois des gens qui, en Flandre, se classent à « la droite de la droite ». Un leader d’extrême droite se pavanant triomphant devant un immense drapeau européen. Voilà l’image que tous les médias ont rapportée des élections législatives en Belgique. Voici l’image qui dominera bientôt toute l’Europe si nous n’y prenons garde. Cette image c’est celle d’une Europe en chemise brune rendue respectable par quelques technocrates non élus dirigeant leur citadelle bruxelloise. Cette image, c’est tout juste celle que combattirent à Londres ceux qui luttèrent pour la France Libre.[


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