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Trichet sait pas jouer



Le mois de décembre 2008 aura vu les gestes de détente des politiques monétaires se multiplier. Le 11 décembre 2008, la Banque Centrale Européenne annonçait ainsi une baisse historique de son principal taux directeur de 75 points de base. La Banque d’Angleterre choisissait de frapper plus fort avec une réduction de 100 points de base tandis que celle de Suède surpassait ses consœurs en abaissant son taux directeur de 175 points. Quelques jours plus tard c’était au tour de la FED de poursuivre sa politique d’assouplissement monétaire avec une baisse de 75 points. Pour autant, malgré cette unanimité retrouvée des banques centrales dans le traitement de la crise, que dire de l’action de la BCE sinon que celle-ci est un échec et qu'elle démontre l’irresponsabilité totale de ses dirigeants. La crise financière a déjà éclatée depuis plus d’un an avec les premiers soubresauts des marchés financiers dès l’été 2007.




Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne
Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne

Depuis quinze mois, se succèdent des indicateurs macroéconomiques plus mauvais les uns que les autres qui confirment l’entrée en récession de la Triade dans son ensemble – Etats-Unis, Union Européenne et Japon –et le ralentissement des puissances émergentes, Inde et Chine en tête. Malgré tous ces signes tangibles, malgré la baisse des taux directeurs amorcée depuis le début de la crise par la majorité des grandes banques centrales de la planète, malgré enfin les appels des politiques et des industriels en faveur d’un assouplissement monétaire, la Banque Centrale Européenne s’est enferrée jusqu’à très récemment à ne voir comme horizon que la menace inflationniste issue des derniers râles de la croissance mondiale passée.

Comment une institution – regroupant en théorie des économistes et des experts de qualité, responsable de la politique monétaire de treize pays, de surcroît indépendante stricto sensu à toute pression politique – a-t-elle pu demeurer aveuglée par un mirage éphémère au point de ne pas voir la tempête qui surgissait à l’horizon ? La réponse est tristement simple. Le socle doctrinaire de la BCE repose sur l’idée que l’inflation est le fléau des temps modernes, la peste et le choléra réunis ou encore l’alpha et l’oméga de l’économie. L’institution de Francfort garde les yeux rivés sur une cible unique alors qu’une bonne politique monétaire revient à trouver un équilibre entre une somme d’objectifs contradictoires. Une action efficace se doit ainsi d’intégrer le triptyque « croissance - stabilité des prix - maîtrise des changes ». Poursuivre ses trois engagements est éminemment plus compliqué que de n’en respecter qu’un mais c’est aussi ce qui fonde la responsabilité d’une banque centrale. Ce n’est malheureusement pas le cas au sein de la zone euro.  Pour prendre une comparaison microéconomique, la BCE agit comme une entreprise dont le seul objectif serait la croissance du chiffre d’affaires sans tenir compte du résultat net, du niveau de rentabilité ou encore de la solidité financière.

A long terme, une telle politique serait dangereuse pour la santé de l’entreprise. Il en va de même pour les économies qui ont à subir la politique de Monsieur Trichet. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent : 
- Réaction tardive face à l’explosion de la bulle internet avec un taux directeur à 3,25 % en novembre 2001 alors que la FED était déjà à 2 % à la même époque ; le résultat en fut que l’Europe bénéficia beaucoup moins de la croissance de ces dernières années que les autres zones du monde.
- Hausse incontrôlée de l’euro entre 2002 et 2008 avec une pointe à 1,6038 dollar pour un euro ; le renchérissement des prix à l’exportation constitua un réel handicap pour nombre d’entreprises.
- En août 2008, soit un mois avant la faillite de Lehman Brothers, la BCE remontait encore son taux directeur à 4,25 % alors même que la FED avait déjà amorcé depuis septembre 2007 son mouvement de baisse des taux qui l’avait conduite à se situer à 2 % à cette même époque.

Aujourd’hui, l’écart entre les deux banques est de 2,25 points avec un taux des fonds fédéraux de la FED de 0,25 %. Pire, le Président de la BCE a laissé entendre qu’il souhaitait une pause dans l’assouplissement de la politique monétaire alors même que la zone euro est officiellement en récession depuis plusieurs semaines déjà. Quand on sait qu’il faut compter de 12 à 18 mois pour que la plus grande partie des retombées d’une mesure de politique monétaire sur la production globale soit observée, on peut en conclure que, quelques soit les décisions à venir, la BCE est une nouvelle fois hors jeu et que son inaction constitue d’ores et déjà un facteur aggravant des difficultés européennes.

Face à de tels délais de répercussion des décisions monétaires, les politiques des banques centrales se doivent d’être prospectives. Il leur faut se projeter dans le temps afin d’anticiper les potentiels retournements de cycles économiques. En restant concentrée sur des indicateurs considérés sur le court terme tels le rythme d’inflation ou le niveau de la masse monétaire, la BCE n’a pas appliqué ce principe de base de toute politique monétaire équilibrée.

Au lieu de venir donner des leçons de morale aux marchés financiers, Monsieur Jean-Claude Trichet ferait mieux de reconnaître son incompétence et de quitter ses fonctions. En outre, la question des objectifs de politique monétaire de l’institution devrait également figurer urgemment à l’ordre du jour des réunions des ministres européens des finances. Enfin, l’absence totale de responsabilité de la BCE face aux autres institutions (notamment le Parlement) renvoi au déficit chronique de démocratie au sein de l’Union européenne et mériterait que l’on s’y intéresse sérieusement.

Mais les idéologies ont la vie dure et il faudra du temps pour en venir à bout… à moins que la crise actuelle ne rebatte les cartes plus vite que prévu.

PMF


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