L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Tout est permis


Parce qu'une moitié des Français est tentée par le "non", voilà plus de trois mois qu'on les insulte, qu'on tente de les acheter, qu'on les menace, qu'on leur fait du chantage et qu'on leur ment. Le tout, sur fonds publics d'Etat et avec réquisition des deux tiers du temps d'antenne. Certains osent même aujourd'hui expliquer que c'était au parlement (docile) qu'il fallait poser la question, et non au peuple, cette masse inculte et irresponsable de crétins qui ne comprennent rien aux desseins des élites. Quoiqu'il arrive le 29 mai, cette campagne d'ostracisme épouvantable à l'égard de dizaines de millions de Français, qui aura été menée jusqu'au plus haut niveau de la République par ceux-là mêmes qui sont garants de l'unité nationale - avant comme après le référendum - laissera des blessures profondes, dont nul ne peut aujourd'hui dire si elles se refermeront complètement. Ce "oui" pré-totalitaire n'est rien d'autre que le soubresaut d'un pouvoir qui perd le pouvoir et s'en réjoui, sur fond de crises morale, économique, sociale et d'identité qui ne cessent de grandir. Le chaos ? Il est là et depuis longtemps. Voilà pourquoi le "oui" ne peut espérer gagner par une simple campagne démocratique.




Tout est permis

Un bourre-le-mou contradictoire

Afin d’esquiver le débat sur le texte, et peut-être éviter que les électeurs le lisent, les partisans du traité usent de manœuvres de diversion.

L’une est de rassurer par la modestie optimiste : « Ayons confiance en l’avenir, c’est un premier pas, ce traité est certes imparfait mais vaut mieux que rien, et les institutions trouveront progressivement leur équilibre ». C’est l’image émouvante d’un enfant en croissance.

L’autre est de faire trembler : « Rejeter le traité, c’est isoler la France. Catastrophe, on ne pourra pas renégocier !! Tous ces efforts anéantis, tout ce papier gâché, on ne nous le pardonnera pas. Les Français seront mis au coin. Qui donc, Grand Dieu, se commettra encore avec ces europarias ? ». C’est l’adulte tentant de raisonner le sale moutard : « Cesse tes caprices. Tu ne vas pas me faire honte devant les gens, après tout le mal que me suis donné ».

Mais les deux arguments se contredisent. Car si les institutions peuvent s’épanouir harmonieusement d’elles-mêmes, alors, après Maastricht, Amsterdam, Nice, que ne les a-t-on déjà laissé évoluer selon leur dynamique propre ? Quel besoin d’un nouveau traité ?
Et si, au contraire, ce nouveau traité était indispensable, si son rejet devait déclencher le drame annoncé, c’est que les institutions ne peuvent pas s’améliorer toutes seules.

Mais comment des institutions pourraient-elles s’améliorer toutes seules ? Pourquoi, si c’était vrai, tant d’âpres négociations ? Cette métaphore biologique sert à escamoter le débat. L’invoquer, pour un politicien, c'est avouer qu’on veut tromper son monde, et pour un simple citoyen c’est avouer qu'on a ni le goût ni le courage de s'intéresser aux affaires publiques.

Et pourquoi serait-il impossible aux Français de renégocier, alors que ce serait possible aux Britanniques ? Car tout le monde a déjà prévu le rejet par les Britanniques d’un traité qui ruinerait leur parlementarisme. Mais peut-être estime-t-on les Français assez peu attachés à la démocratie pour y renoncer sans y penser.

Donc, non seulement les deux arguments se contredisent, mais chacun séparément est faux. Plutôt piteux pour des dernières cartouches.

Ce qui est beaucoup moins drôle c’est que les politiciens osent nous sommer de ratifier ce traité parce qu’aucun autre choix n’est concevable. Notre vote était-il donc considéré comme acquis, et la démocratie de pure façade ? Tout se décide-t-il déjà sans nous ? Ailleurs ?
Voire contre nous ?
Cette campagne référendaire nous fait découvrir, avec effarement, l’état de délabrement de notre démocratie. Nous ne pensions pas en être déjà là.

Et nous pourrions bien ne pas en rester là, car le chœur des gens en place, politiciens, journalistes, commentateurs, entonne la grande mélopée du regret : « Ah, quelle mouche nous a-t-elle piqués de demander son avis au peuple ? Vraiment, Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre ! » Et il ajoute in petto : « Sacrebleu, on ne nous y reprendra plus ! »

Votons, votons donc, mes chers compatriotes, votons contre ce traité, contre le bourrage de crânes, votons tant que nous votons encore pour de bon. Votons, en sachant que cela risque d’être la dernière fois que nous pourrons voter utilement, avant très longtemps. Car si le « oui » passe, si ce traité est ratifié, on ne nous demandera plus notre avis. Ils auront eu tellement peur ! Oh, ce n’est pas qu’on nous empêchera de voter, bien au contraire. Pour ce qui est de voter, nous voterons. Nous voterons à nos élections traditionnelles, et à toutes sortes d’autres élections nouvelles inventées tout exprès pour nous faire voter. Nous pourrons élire un Jospin ou un Raffarin, ou tout autre palotin du même genre, élire Pierre ou Paul, voire même réélire Jacques, mais cela n’aura plus d’importance.
Car tout se décidera sans nous, ailleurs et contre nous.

CD

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