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Mercredi 14 Juin 2006

Strasbourg assiégée



Décidément, l'Europe de grand-papa est morte. Les nouveaux Etats-membres de l'UE, avec la complicité active des Britanniques, des Belges et d'un certain nombre de pays d'Europe du nord, n'arrêtent pas de faire monter la pression pour supprimer purement et simplement le siège du Parlement européen de Strasbourg. Le lobbying en faveur d'un siège unique du à Bruxelles, a repris de la vigueur grâce à un groupe d'eurodéputés dont la Suédoise Cecilia Malmström, qui, en l'espace d'un mois, a reçu le soutien de 500.000 personnes. L'occasion de rappeler ici les coûts pharaoniques de cette institution pour le contribuable européen. Une fois le Parlement rapatrié à proximité immédiate de la Commission et du Conseil, Bruxelles sera une sorte de "super-capitale" du "super-Etat" en gestation.


Le Parlement européen de Strasbourg
Le Parlement européen de Strasbourg

La France risque d'être contrainte de céder

Les sessions du Parlement européen se tiennent majoritairement à Bruxelles, mais aussi, pour les "plénières", une semaine par mois à Strasbourg. Cette dualité de siège résulte de raisons historiques, symboliques et économiques. La France a mis tout son poids dans la balance depuis des décennies pour qu'il en soit ainsi. Au nom des "Pères fondateurs", de "Saint Robert Schuman", de la "réconciliation franco-allemande" et on en passe.

Cette volonté française s'explique aussi par des raisons purement financières  : nous versons tellement d'argent à l'Europe en pure perte qu'il est quand même normal qu'on essaye d'en récupérer un peu sous la forme des retombées des coûts de fonctionnement. La présence du parlement européen contribue de façon significative à la (maigre) vitalité de l'économie strasbourgeoise et de celle du département du Haut Rhin, à l'équilibre financier de l'aéroport de Strasbourg Entzheim, etc., etc.  De fait, les députés européens vivent comme des nababs. Rien n'est jamais trop beau pour eux et pour tous les fonctionnaires qui vivent au crochet de la Bête européenne.

Au passage, notez bien que vous n'entendrez jamais qui que ce soit en France se scandaliser des coûts de fonctionnement de l'Europe. Les mêmes hommes politiques, éditorialistes pseudo-économiques et journalistes à sensation qui n'ont jamais de mots assez durs pour fustiger la prétendue gabegie française, la prétendue faillite française, la supposée nullité de la fonction publique française, etc., sont en revanche d'une discrétion de violette dès lors que l'on parle du budget de fonctionnement de l'Europe. Or, pour ceux qui ne le sauraient pas, il est utile de préciser quelques menus détails sur ces frais.

Savez-vous, par exemple, que, tandis que chaque député français dispose de 61 m² en moyenne, tout compris, à l'Assemblée nationale, chaque député européen dispose de 596 m² au sein de l'Espace Léopold à Bruxelles, auxquels s'ajoutent 319 m² au sein du Parlement de Strasbourg. Soit 915 m² en moyenne. Quinze fois plus que pour un député national. Les eurodéputés aiment avoir leurs aises... 

Le souci des européistes de bien faire les choses fait plaisir à voir dans tous les domaines.

Dans le Parlement de Strasbourg construit il y a quelques années, on compte 200.000 mètres carrés de bâtiments futuristes entourés de cerisiers du Japon,  une tour de 60 mètres de haut surmontée de jardins suspendus, trois restaurants totalisant 1200 places, une rue intérieure de 190 mètres de long agrémentée de philodendrons géants, 1133 bureaux et 625 salles de bains. Chaque fauteuil de député, en cuir pleine fleur, a coûté 4 052 F et 5 000 exemplaires en ont été fabriqués. Pour se reposer, les eurodéputés disposent aussi de 18 canapés géants, sortes de cônes en bois de 5,50 m de haut couverts intérieurement de tissu capitonné, qui ont coûté 192 960 F pièce aux contribuables des différents Etats-membres.

Quant au Parlement de Bruxelles - appelé "l'Espace Léopold" -  on a fait les choses de façon encore plus grandiose : 373.000 mètres carrés de marbre et de béton, 2.600 bureaux, un hémicycle de 750 places, 78 salles de réunion, des banques, un fleuriste, une imprimerie, plusieurs restaurants, deux saunas, deux courts de squash, 128 cellules de douche à 84 000 F pièce, et ainsi de suite.

Il ne s'agit ici que d'un éclairage sur quelques frais d'investissements. Naturellement, faire tourner ces deux palaces pharaoniques a un coût de fonctionnement que l'on imagine mal. D'après les auteurs de la pétition, la tenue de séances 4 jours par mois à Strasbourg plutôt qu'à Bruxelles entraîne un surcoût de 200 millions d'euros par an. Cela ne comprend évidemment pas les frais de fonctionnement du parlement de Bruxelles, de même que les salaires et les avantages en nature des 732 députés européens (il faut bien payer par exemple les frais d'avion hebdomadaires entre Nicosie et Strasbourg ou entre Tallin et Bruxelles aux députés chypriotes et aux députés estoniens). Tout cela donne à imaginer l'énormité du montant global du coût de fonctionnement.

Au moment où les Etats-membres les plus riches taillent à la hache dans les budgets nationaux pour cause de "critères de Maastricht", le scandale financier crève les yeux. Du coup, nombreux sont les Etats qui souhaitent réduire un peu ces frais somptuaires. Et comment donc ? Tout simplement en fermant le Parlement de Strasbourg bien sûr ! On pourrait songer à fermer celui de Bruxelles, mais une majorité d'Etats avancent des arguments du style : c'est plus pratique d'être près de la Commission. Bien entendu, les Britanniques, les Belges, les pays du nord et de l'est de l'europe, et les Américians par derrière, sont trop contents d'en profiter pour retirer encore à la France l'un des derniers avantages qui lui restent à être membre de l'Union.

Depuis des années, cette affaire couve et s'aggrave. Et il semble que l'on arrive à une situation où la France va être de plus en plus seule. Et il sera de plus en plus difficile à la France de maintenir le principe des deux parlements au moment où elle ne cesse de couper les dépenses publiques et de vendre les bijoux de famille pour prétendument limiter son déficit budgétaire et son endettement.

Conclusion : si la France finit par céder (comme c'est de plus en plus probable), il se posera deux graves questions. D'abord, que faire du Parlement de Strasbourg avec son hémicycle, ses jardins suspendus, ses 625 salles de bains, ses 200.000 mètres carrés de bureaux et ses 5.000 fauteuils en cuir pleine fleur ? Deuxième question : que faire de l'ENA installée à Strasbourg depuis la décision géniale d'Edith Cresson ? Sur ce dernier point, nous ne voyons  qu'une solution : installer l'ENA à Bruxelles. Et la rebaptiser l'EEA.
Mercredi 14 Juin 2006

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