L'OBSERVATOIRE DE L'EUROPE

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Schizophrénie élyséenne



Dans son discours de Nimes, Nicolas Sarkozy ratifie l'analyse de Philippe de Villiers sur l’état de l’Europe. Il dénonce tous les méfaits de l’Europe actuelle : Europe molle, sans volonté politique, qui a trahi le volontarisme des Pères fondateurs ; Europe qui a été un acteur majeur de la mondialisation sauvage ; Europe qui mène des politiques contraires aux intérêts européens : politique folle de la concurrence, absence de politique industrielle, politique agricole sans ambition … Là, Sarkozy fait du Villiers. Il nous rejoint sur le diagnostic : «il faut changer d’Europe», leitmotiv du discours de Nîmes. Toutefois, si le diagnostic est juste, les remèdes proposés (Lisbonne et le G20) sont aberrants. Le moment est venu d'oser l'Europe à géométrie variable.




Schizophrénie élyséenne

par Dominique Souchet*


I - Le diagnostic est juste mais les remèdes proposés (Lisbonne et le G20) sont aberrants. 

1 – le Traité de Lisbonne.

Sarkozy énonce deux contrevérités :

-le Traité permettra de changer d’Europe ;

- le Traité est profondément différent de la Constitution rejetée par les Français.

Le Traité de Lisbonne amplifie, renforce et aggrave les défauts de l’Europe actuelle et les défauts du projet de Constitution au lieu de les corriger.

Le Traité de Lisbonne rédigé avant la crise est totalement caduc. Il est dépassé et décalé par rapport aux besoins de l’Europe actuelle, frappée par une crise d’une ampleur sans précédent. Le Traité de Lisbonne se réfère à un autre monde que notre monde d’aujourd’hui.

Il s’inscrit dans la logique de la dérégulation généralisée, qui est celle des traités européens antérieurs, dérégulation qui est précisément à l’origine de la crise. Lisbonne préconise de continuer résolument dans la même voie que celle qui a mené à la crise, celle d’une Europe désarmée, ouverte aux prédateurs du monde entier.

2 – Le G 20

Sarkozy vante le G20 et se vante d’être à l’origine de la réunion de Londres. 

Or, au G20, l’Europe a été totalement marginalisée et elle s’est divisée sur la régulation financière. 

Deux décisions majeures du G20 sont totalement contraires à ce dont l’Europe a besoin :

- la nécessité de conclure le processus de Doha dans le cadre de l’OMC, avec un Lamy, prophète du libre-échangisme le plus débridé, renouvelé dans ses fonctions : c'est-à-dire poursuivre et accroître la dérégulation en anéantissant nos dernières protections douanières, accélérer en conséquence le processus des délocalisations et remettre ainsi en selle les profiteurs de la mondialisation sans règles qui nous ont plongé dans la crise.

- la chasse au protectionnisme, alors qu’il est vital, pour que l’Europe conserve des activités productrices, un tissu industriel, une agriculture forte, et donc une indépendance alimentaire, qu’elle mette en place le plus rapidement possible un système souple de rééquilibrage de la concurrence inéquitable et destructrice des pays à bas salaires et dénués de protection sociale, sous forme de prélèvements compensatoires aux frontières (appelés à disparaître lorsque les niveaux de salaire et de protection sociale seront devenus comparables). 

Sarkozy prétend vouloir l’indépendance alimentaire européenne et la préférence communautaire. Or, les deux voies qu’il préconise, Lisbonne et le G20 interdisent précisément l’une et l’autre.

II– Alors que la présidence française de l’UE est présentée comme l’illustration de l’Europe désirable, son bilan réel est ambigu et l’on n’en tire pas les bonnes lecons. 

1 – Le comportement de la France lors de la Présidence de l’UE a été aux antipodes des objectifs prétendument recherchés dans un certain nombre de domaines essentiels. 

- La Turquie : ouverture de nouveaux chapitres de la négociation d’adhésion et suppression du référendum national à la demande d’Erdogan. 

- L’Union pour la Méditerranée : le projet français a été vidé de sa substance dès lors que Paris a accepté que sa mise en œuvre soit confiée à la Commission et que l’Allemagne soit considérée comme un grand pays méditerranéen. Il n’est plus qu’une coquille vide. 

- Une politique agricole ambitieuse : c’est sous présidence française, qu’ont été démantelés un certain nombre d’instruments essentiels de la PAC, comme l’aide au stockage privé et les quotas laitiers garantissant des prix décents à nos producteurs en évitant les surplus. 

- Une politique de la pêche favorable à nos pêcheurs artisanaux : Sarkozy avait imprudemment annoncé qu’il remettrait en cause le lourd système des quotas annuels. Barnier s’était engagé à associer les professionnels à l’évaluation scientifique des stocks. Or, c’est sous présidence française qu’ont été fixés des quotas particulièrement défavorables pour nos pêcheurs. Et rien n’a avancé sur la co-gestion professionnels – scientifiques pour l’évaluation de la ressource. 

2 – Les succès obtenus l’ont été en s’opposant frontalement aux mécanismes européens que le traité de Lisbonne prévoit de renforcer. 

- Le cessez-le-feu Russie-Géorgie : c’est le résultat d’une action diplomatique purement nationale rapidement engagée, court-circuitant totalement les lourds mécanismes européens de la PESC, ceux-là même que Lisbonne prévoit de renforcer, notamment en créant un service diplomatique européen. 

- Le lancement du plan de sauvetage du système bancaire n’a été possible qu’à certaines conditions :

>en élaborant rapidement des plans nationaux bien adaptés à chaque économie, puis en mettant en place une coordination entre les principaux États européens concernés ;

>en associant étroitement à cette coordination la Grande Bretagne, qui ne veut pas de l’euro ;

>en violant la règle absurde de l’indépendance totale de la Banque Centrale Européenne ;

>en réduisant au silence les commissaires et en ignorant la manière dogmatique dont ils appliquent  les règles relatives à la concurrence et aux aides d’État. 

III – Que faut-il faire ?

Il faut oser la révolution de la géométrie variable, c’est-à-dire :

> dans chaque domaine, faire avec ceux qui veulent ;

> sortir de la logique de la recherche permanente du consensus à tout prix, qui ne peut déboucher que sur l’impuissance ;

> supprimer le monopole d’initiative des commissaires (que Lisbonne confirme et renforce) ;

> élaborer un nouveau traité européen qui prendra l’exact contre-pied du traité de Lisbonne, afin de défendre les intérêts de l’Europe au lieu de défendre, comme le fait Lisbonne, les intérêts de la mondialisation et des profiteurs de la mondialisation sauvage. 

Dominique Souchet est député (Vendée) à l'Assemblée nationale

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