La Roumanie et la Bulgarie vont porter l'UE à 27 Etats membres le 1er janvier, complétant l'élargissement historique de l'Europe vers l'est, mais cette adhésion tant attendue ne sonne pas la fin des réformes pour les deux pays, sous le strict contrôle de Bruxelles. La Commission européenne a d'ores et déjà prévenu Bucarest et Sofia: leur entrée dans le club des 25 pays de l'Union est la bienvenue, mais leurs efforts devront être soutenus dans les mois qui viennent, si les deux pays ne veulent pas être mis partiellement sous tutelle.
Dès le 1er janvier, Bucarest va interdire la culture du soja génétique (OGM), supprimer le service militaire et appliquer un nouveau Code fiscal. Le 31 décembre Sofia fermera, à contre-coeur, deux réacteurs de sa centrale nucléaire à Kozlodoui, mesure exigée par Bruxelles pour des raisons de sécurité. Le Parlement bulgare doit aussi amender la Constitution en janvier pour garantir l'indépendance et l'efficacité du système judiciaire.
Avec le contrôle des nouvelles frontières de l'UE à 27, qui s'étendra jusqu'à la Mer Noire, la lutte contre la corruption, la réduction des pollutions industrielles, la sécurité alimentaire et l'éradication de la peste porcine, pointée du doigt par la Russie, devront occuper toute leur attention.
La capacité à gérer les 35 milliards d'euros octroyés par l'UE sera aussi scrutée par Bruxelles. Bucarest et Sofia savent donc qu'ils sont sous la menace de »clauses de sauvegarde», voire d'un report des aides européennes.
Heureusement, les deux pays bénéficient d'un taux de croissance enviable, de 5 voire 6% prévus en 2006, avec des investisseurs étrangers s'installant sur les marchés prometteurs des 22 millions de Roumains et près de 8 millions de Bulgares, dans l'informatique, le tourisme, l'agro-alimentaire, l'automobile ou la grande distribution.
Les deux pays entrants seront les plus pauvres de l'Union à 27, avec un PIB par habitant de moins de 4.000 euros, soit un tiers du PIB moyen de l'UE. Ils sont aussi confrontés à de sérieux problèmes sociaux, comme l'intégration de leur forte communauté tzigane ou rom (entre 8 et 10% de la population) et la misère de retraités vivant parfois avec moins de cent euros par mois.
Ces dernières années, Bulgarie et Roumanie se sont livrées à une course poursuite. Mais la Bulgarie a été dépassée par sa grande voisine du nord, qui a accéléré ses réformes sur la Justice et la lutte contre la grande corruption, grâce au volontarisme de sa ministre Monica Macovei.
Dans son dernier rapport d'évaluation publié fin septembre, la Commission européenne avait salué ces progrès de Bucarest, mais continuait à se préoccuper de la lutte contre le »crime organisé» et les »mafias» à Sofia.
Ces derniers mois, la situation s'est aussi améliorée en Bulgarie, le nombre d'assassinats et de règlements de comptes en plein jour ayant notoirement diminué cette année, par rapport à 2005.
Avec ces deux pays, recalés pour le grand élargissement de 2004 -- le »big bang», devrait ainsi s'achever l'ouverture de l'UE à l'est.
Le »non» des Français et Néerlandais au projet de Constitution européenne en 2005, a rendu Bruxelles réactif aux opinions publiques d'Europe de l'Ouest, réticentes à tout nouvel élargissement.
La porte de l'UE pourrait donc se refermer pour un temps, après l'intégration des deux pays. La Croatie ne devrait pas entrer avant 2009 ou 2010, quant à la Turquie, son adhésion définitive reste problématique, malgré l'ouverture »officielle» des négociations avec Ankara.
Le 1er janvier cependant, la petite Slovénie sera le premier des nouveaux adhérents de 2004 à adopter l'euro. Ce »bon élève de l'UE» deviendra le 13e pays à utiliser la monnaie commune européenne.