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Mercredi 20 Juillet 2005

Rien appris, rien compris...


Le camp du non au traité ne veut pas voir sa victoire confisquée. Une page est en train de se tourner dans notre pays avec l’épuisement du mythe de substitution européen mis en oeuvre par François Mitterrand deux ans après son arrivée au pouvoir, et repris par Jacques Chirac lors du tournant d’octobre 1995 pour dissimuler l’abandon de toute politique nationale volontariste. Il est tellement plus facile de faire semblant de gouverner en abandonnant à l’Europe des commissaires, des juges, des banquiers, les choix majeurs du pays.


Rien appris, rien compris...

Tribune parue dans Le Figaro, le 17 juillet 2005


1981, 1986, 1988, 1993, 1997, 2002, depuis 1978, aucune majorité parlementaire n’a été reconduite par les Français. Comprenant que ces alternances ne réglaient finalement pas grand-chose, chaque camp politique se pliant, une fois passé le temps des promesses électorales, au conformisme de la pensée unique, le peuple s’est mis à gronder de plus en plus fort.

Avec l’avertissement du 21 avril 2002, puis le vote massif en faveur du non du 29 mai 2005, il ne s’agit plus de sanctionner une majorité pour laisser la place à l’opposition mais de rejeter l’ensemble du système : oligarchie européenne, classe politique et médias dominants confondus. Hélas, face à ce défi historique, les principaux dirigeants de la majorité comme de l’opposition se claquemurent, comme d’habitude, dans la politique de l’autruche.

Quel décalage en effet entre le peuple français, fier d’un vote d’espoir qu’il assume pleinement et ses élites de droite comme de gauche à la mine déconfite, presque honteuses du suffrage populaire. Il s’en trouve même pour regretter ouvertement la tenue d’un référendum. Regretteraient-ils donc le suffrage censitaire ?

Nos dirigeants se rendent-ils compte qu’en ignorant ainsi la volonté souveraine du peuple, ils alimentent sa colère et l’incite à la manifester un jour dans la rue plutôt que dans les urnes ?

Au lendemain du 29 mai, nos compatriotes attendaient un grand « Je vous ai com-pris », capable de répondre à leurs aspirations profondes et de réconcilier dans une vision offensive la France du oui et la France du non. Ils n’ont eu en définitive qu’une lamentation condescendante et pire, culpabilisante.

Le gouvernement a tort de refuser de prendre acte de la mort du Traité de Constitution européenne. Lorsque Philippe Douste-Blazy prétend, au travers d’un vaste exercice d’explication, « remettre en perspective » la Constitution, que fait-il d’autre que de préparer le terrain à une nouvelle tentative de ratification que certains verraient volontiers parlementaire ?

Pire, les dirigeants européens ont raté leur rendez-vous avec l’histoire lors du sommet de Bruxelles des 16 et 17 juin, en se contentant de mettre en scène leur insoluble divergence sur la question budgétaire pour en faire porter le chapeau aux électeurs français et hollandais et les culpabiliser.

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ce n’est pas le non français qui a mené à la crise d’aujourd’hui mais bien les dérives oligarchiques de Bruxelles qui ont nourri la crise. Le vrai choix n’est pas entre l’Europe politique intégrée et l’Europe anglaise. Il est ailleurs, entre l’Europe chimérique du super-Etat fédéral, qui explose sous nos yeux à cause de son incurie, et l’Europe qui marche parce qu’elle s’appuie sur ses nations et leurs coopérations concrètes autour de projets comme Airbus.

Le 29 mai, les Français n’ont pas voté contre l’Europe mais contre l’entêtement des dirigeants à la construire en dépit du bon sens, l’élargissant à toujours plus de pays sans l’accord des peuples. Ils ont simplement exprimé la volonté de reprendre en main leur destin en refusant un traité qui, immanquablement, aurait conforté le tandem démission nationale permanente-confiscation du pouvoir par l’oligarchie bruxelloise.

En réalité, une page est en train de se tourner dans notre pays avec l’épuisement du mythe de substitution européen mis en oeuvre par François Mitterrand deux ans après son arrivée au pouvoir, et repris par Jacques Chirac lors du tournant d’octobre 1995 pour dissimuler l’abandon de toute politique nationale volontariste. Il est tellement plus facile de faire semblant de gouverner en abandonnant à l’Europe des commissaires, des juges, des banquiers, les choix majeurs du pays.

Immigration non maîtrisée, politique monétaire malthusienne qui saigne notre économie réelle, investissement stagnant, assistanat social généralisé, explosion de la dette, gesticulation politique, embrassades européen-nes factices. Les Français ne supportent plus, à juste raison, cette politique au fil de l’eau.

Le gouvernement de Dominique de Villepin est désormais au pied du mur : soit il choisit d’atermoyer et la violence du choc en 2007 sera terrible, soit il ose changer de cap et la majorité comme la France auront une chance de sortir enfin de l’ornière.

Changer de cap, c’est oser un projet national qui s’articule avec une vision cohérente de l’Europe et du monde, l’un n’allant pas sans l’autre, comme le démontre Tony Blair. L’Europe ne sera forte que si les Nations qui la composent sont puissantes et sereines.

C’est pourquoi il me paraît dangereux de ne pas tirer les quatre leçons évidentes du 29 mai :
— rompre avant le 3 octobre les négociations avec la Turquie pour montrer à nos concitoyens que le temps de l’élargissement est enfin terminé ;
— le statut de la Banque centrale européenne pour relancer la croissance et sauver l’euro ;
— la directive Bolkestein et mettre en place une harmonisation fiscale et sociale minimale, sans laquelle il serait irresponsable de réclamer au Parlement la ratification du traité d’adhésion à l’UE de la Bulgarie et de la Roumanie ;
— les Etats à engager des coopérations renforcées sans passer par la Commission de Bruxelles pour mener les projets à la carte permettant de relever les défis de la mondialisation.

Alors le gouvernement et la majorité retrouveraient la légitimité démocratique et la marge de manoeuvre économique sans lesquelles leur action, aussi sympathique soit-elle, ne convaincra pas les Français.

Car n’oublions pas, le non du 29 mai est d’abord un appel à un vrai projet national de long terme qui ose enfin s’attaquer aux difficultés majeures du pays : réforme de la justice et maîtrise réelle de l’immigration, retour de l’effort et de la méritocratie à l’école, coup d’arrêt aux dérives des féodalités locales, relance de l’emploi par la substitution de la TVA sociale aux charges qui pèsent sur le travail, suppression de l’ISF pour les capitaux investis dans l’économie française, relance de la participation, autant de réformes de fond urgentes à engager pour redonner un cap au pays et rendre confiance aux Français.

La majorité saura-t-elle sauter le pas dès maintenant ou attendra-t-elle encore vingt-deux mois, au risque d’essuyer une colère encore plus grande du peuple en 2007 ?

Nicolas DUPONT-AIGNAN
Debout la République
Mercredi 20 Juillet 2005

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