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Proche-Orient : la position de la France est 'en train de s’imposer'



La preuve est ainsi faite, une énième fois, que la France ne pèse dans le monde que si elle est elle-même, débarrassée des entraves absurdes de la « construction européenne », qui n’a pour seul résultat que de créer un blocage total des diplomaties des pays d’Europe, qui se neutralisent les une les autres pour le plus grand profit de l’hégémonie américaine.




Proche-Orient : la position de la France est 'en train de s’imposer'

La construction européenne est devenue hélas, le camp de la guerre


Alors que l'offensive militaire israélienne continue au Liban (où l'on dénombre ce matin 900 morts et 3 000 blessés), la diplomatie française, vaille que vaille, poursuit son travail aux Nations-Unies, où elle peut compter sur l'appui massif que lui vaut, auprès d'un très grand nombre de pays du monde, sa position raisonnable et équilibrée. Du coup, les États-Unis, même s'ils sont furieux, sont obligés de compter avec la France, comme ce fut le cas avant le déclenchement de la guerre en Irak et surtout après.  C'est pourquoi le ministre français des Affaires étrangères vient d'annoncer que la proposition française « est en train de s'imposer ».

Cette percée diplomatique française est réelle, même si elle ne doit rien au ministre en question. Cette percée diplomatique française résulte d'abord et avant tout de l'histoire et du capital de prestige et de sympathie dont jouit encore la France dans le monde entier, et en particulier dans le monde arabe, trente-cinq ans après la mort de De Gaulle. Elle résulte aussi du travail des diplomates professionnels du Quai d'Orsay.

Ce qu'il est capital de noter, c'est que Douste-Blazy souligne bien que la proposition française « est en train de s'imposer » parce qu'elle « est en train de cheminer aux Nations unies, au Conseil de sécurité. C'est là que nous avons un rendez-vous dans les prochains jours ». On relève donc que le ministre ne dit évidemment plus un mot de l'Union européenne ni de Bruxelles, où le blocage anglo-allemand a fait son œuvre.

La preuve est ainsi faite, une énième fois, que la France ne pèse dans le monde que si elle est elle-même, débarrassée des entraves absurdes de la « construction européenne ».
La preuve est ainsi faite, une énième fois, que la construction européenne n'a pour seul résultat que de créer un blocage total des diplomaties des pays d'Europe, qui se neutralisent les une les autres pour le plus grand profit de l'hégémonie américaine. Ainsi donc est de nouveau vérifié le dicton que « l'enfer est pavé de bonnes intentions » : loin d'être un facteur de paix, la construction européenne est devenue un facteur de guerre car elle donne libre cours au bellicisme américain et à la guerre des civilisations que promeuvent les stratèges de Washington. Comme pour l'Irak, la France ne peut faire oeuvre de paix que si elle se libère de la gangue européenne.

Conclusion : Avant-hier, je pointais du doigt l'extraordinaire amateurisme et l'indécente légèreté de Ségolène Royal. Rappelez-vous qu'elle pensait que l'influence française était si faible — ce que les événements en cours à l'ONU contredisent totalement — qu'elle proposait de confier le dossier à... Bill Clinton ! Hier je montrais en quoi Alain Juppé avait, lui aussi, fait une volte-face à 180 degrés dans ses analyses par rapport à ce qu'il nous assurait il y a huit ans. Aujourd'hui, les événements en cours me conduisent à citer les arguments de trois ardents partisans du Oui au moment de la campagne pour le référendum sur la Constitution européenne :

Première citation : « Si, par malheur, le scénario-catastrophe que j'imagine devait se produire [le rejet de la Constitution européenne], il y a aurait deux conséquences : la première, en vérité mineure, serait de déconsidérer les socialistes français à l'échelle de l'Europe. La seconde, majeure, serait de rayer pour dix ans la diplomatie française du théâtre d'opérations mondial. » (Jacques Julliard, Le Nouvel observateur, 18 novembre 2004.)

Deuxième citation : « Dire oui au traité, c'est plus que jamais dire à Bush que nous ne le laisserons pas faire. Dire non, c'est apporter un soutien de plus à ce fauteur de guerre, c'est déstabiliser l'Europe et donc faire le jeu de l'impérialisme américain. » (Jack Lang, cité par Libération du 5 novembre 2004.)

Troisième citation : « La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d'une seule voix tout en gardant la nôtre. » (Jean-François Copé, France Info, 3 février 2005.)

Voilà. Il n'y a rien à ajouter. Comme disait Nietzsche, il faut laisser se produire « les faits et leur formidable éloquence ». Or les faits et les événements se chargent d'eux-mêmes de montrer à quel point la « construction européenne » est devenue le camp de la démagogie, de la désinformation, du mensonge. Et aussi, hélas, le camp de la guerre.

François ASSELINEAU

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