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Dimanche 13 Mars 2005

Pourquoi voter 'Non' à l'entrée de la Turquie


« Cette histoire d’élargissement est tout à fait absurde. La Turquie maintenant est candidate, demain ce sera le Zimbabwe ! […] Tout cela n’a plus rien à voir avec l’idée qui était celle de la construction européenne » (Jacques Chirac, le 25 avril 1980 sur RMC). Faut-il changer tout le temps d'avis pour ne pas passer pour un imbécile ? En accord avec Jacques Chirac - celui de 1980 - voici les motifs qui s'opposent, selon nous, à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ainsi que les conséquences concrètes de son adhésion.


Pourquoi voter 'Non' à l'entrée de la Turquie
La réalité turque

> La Turquie n'est pas européenne : ni par sa géographie (95 % de son territoire se situe en Asie), ni par son histoire (elle n'a connu aucune des grandes expériences civilisatrices qui ont fait l'Europe), ni par sa culture. Ell est la tête de pont du monde turc, qui s'étend jusqu'en Chine...

> PIB moyen par habitant : 2180 €, (21000 € en Europe).

> Dette extérieure : 90 % de son PIB.

> Salaire horaire moyen : 1,50 € (25 € en France).

> 8 millions de paysans : "C'est plus que n'en regroupent les dix nouveaux États membres, la France, l'Espagne et l'Italie réunis" (Les Échos, 17.12).

> 15 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 35 € par mois contre 300 € en Europe de l'Ouest.

> 1/8 du PIB provient du trafic de drogue (American Drug Agency).

> Poids de l'économie souterraine : 50 % de la richesse nationale (Les Échos, 17.12).

> Non-respect des droits de l'homme : 20 des 23 arrêts prononcés par la Cour européenne des droits de l'homme pour atteinte à la vie entre 1999 et 2003 concernaient la Turquie.

Les conséquences géopolitiques

> Elle occupe militairement 37 % de Chypre, donc une partie du territoire de l'Union.

> A portée de la zone la plus conflictuelle du monde, elle partage ses frontières avec l'Irak et l'Iran.

> Résolument euroatlantiste, elle est un allié de poids des États-Unis, qui soutiennent son adhésion : "La Turquie, en tant que puissance européenne, appartient à l'Union européenne" (George Bush lors du dernier sommet de l'Otan).

Les conséquences politiques

> Avec 100 millions d'habitants à l'horizon 2040, la Turquie deviendra la première puissance démographique de l'Union européenne.

> Au Conseil des ministres de l'UE, elle pourra bloquer 75% des décisions. Au Parlement européen, elle comptera près de 100 députés, contre 60 pour la France.

Les risques migratoires

> Son économie est tellement déficiente que son entrée dans l'Union provoquerait une immigration massive : 44 % des Turcs désirent s'installer dans un autre pays de l'Union si la Turquie entrait dans l'Europe (TNS-Piar).

> Elle est la principale plaque tournante de l'immigration en provenance du Moyen-Orient : depuis 2000, le nombre de migrants qui ont transité illégalement par la Turquie est estimé à 2 ou 3 millions, et 1 million de clandestins attendent en Turquie pour entrer dans l'Union.

Le coût de son adhésion

> Le coût de son entrée est estimé à 14 milliards d'euros, soit autant que celui de l'ensemble des dix pays qui ont rejoint l'Union en mai 2004.

> Les aides dont bénéficieront les agriculteurs turcs n'iront pas aux agriculteurs français. Le secteur agricole, qui représente 39 millions d'hectares (23 % de la surface agricole des Vingt-Cinq), ne représente que 12 % du PIB turc (Les Échos, 17.12).

> Le faible coût de la main-d'oeuvre entraînera une vague de délocalisations de nos entreprises.

> Les contribuables européens paient déjà des crédits de préadhésion (47 millions pour les contribuables français en 2005).

> L'adhésion de la Turquie coûterait entre 16,5 et 27,5 milliards d'euros à partir de 2025, selon la Commission européenne (Les Échos, 17.12).


C'est eux qui le disent...

> " Le monde islamique, y compris les extrémistes jusqu'à Ben Laden, se réjouissent de l'entrée de la Turquie dans l'Europe : c'est leur cheval de Troie " Kadhafi, président de la Libye, dans le journal italien La Repubblica, le 16.12.

> " Il n'y a pas de musulman modéré ou pas. Un musulman est simplement un musulman " M. Erdogan, Premier ministre turc, Le Parisien, 21.10.

> " Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats " M. Erdogan, le 6.12.97, reprenant les vers d'un poème.

> " Ce génocide n'est pas établi. Bien sûr, il y a eu des atrocités. Mais, pour reconnaître un génocide, il faut avoir des preuves. Or il n'y en a pas " Uluç Özülker, ambassadeur de Turquie en France, à propos du génocide arménien, Le Parisien, 11.10.


Les partisans du "oui" vous disent : "En intégrant la Turquie, on empêchera le développement de l'islamisme"

1) En cette période de tensions internationales, l'islamisme se nourrit du rejet de l'occidentalisation des pays musulmans. L'intégration de la Turquie, contrainte à s'occidentaliser, provoquerait en fait l'effet inverse.

2) L'armée turque est le principal obstacle à l'expansion de l'islamisme. Si elle intégrait l'Union, l'armée turque perdrait ce pouvoir et l'islamisme aurait beaucoup plus de marge de manoeuvre...

Les partisans du "oui" vous disent : "Intégrer la Turquie, c'est éviter d'avoir un pays islamique à nos portes"

1) Soutenir un tel argument, c'est condamner l'Europe à la fuite en avant. Une fois que la Turquie sera entrée dans l'Union, nous aurons toujours des États potentiellement islamiques à nos portes. Faudra-t-il les intégrer eux aussi ? C'est ce que nous répondons à ceux qui veulent intégrer la Turquie pour la démocratiser.

2) La Turquie est un pont de l'esprit entre l'Orient et l'Occident. En intrégrant l'Union, elle perdra ce caractère.
Dimanche 13 Mars 2005

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