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Pourquoi l’indépendance des banques centrales est un scandale



Le plan Paulson de 700 milliards a été modifié et voté par le Congrès Américain, comme le sera le plan Sarkozy devant le Parlement. Quoi de plus normal ? Mais des sommes encore plus importantes sont engagées sans réel contrôle, par les banques centrales, du fait de leur indépendance.




Pourquoi l’indépendance des banques centrales est un scandale

Comment les banques centrales sauvent le système

La crise actuelle a déclenché un mécanisme de sauvetage du système économique complexe. Par-delà les baisses de taux, ce sont les Etats qui semblent en première ligne. Dans un premier temps ils ont recapitalisé les institutions financières défaillantes et garantit les échanges interbancaires. Ce sont les fameux 360 milliards d’euros à l’échelle de la France. La majeure partie est seulement une garantie mais pas une dépense : si la crise se dénoue, rien ne sera dépensé. Néanmoins, cela représente un véritable engagement que l’Etat devrait honorer si la crise connaissait un nouveau soubresaut. La deuxième intervention des Etats est la relance budgétaire qui se met en place dans les différents pays. À chaque fois, le Parlement vote.

Mais, finalement, l’intervention qui a permis de stabiliser temporairement le système, et qui pourrait bien le sauver, sans le changer, est le fait des banques centrales. La plupart des médias en parlent peu, car ces notions sont complexes mais ce sont les banques centrales qui sont en première ligne dans la lutte contre la crise. En effet, la baisse de la valeur des actifs a provoqué des dépréciations colossales que la plupart des banques ne parviennent pas à assumer, ce qui démontre l’insuffisance des ratios prudentiels (la quantité de capital qu’une banque doit détenir par rapport à son bilan). Résultat, les banques sont contraintes de vendre des actifs pour améliorer leur position, mais de nombreux actifs sont invendables dans le contexte actuel. Du coup, les banques centrales se sont substituées au marché pour en racheter une partie.

Un engagement financier colossal

Cette action des banques centrales, bien que peu connue, est massive. La Fed et la BCE rachètent ainsi à tour de bras des actifs pourris des institutions financières pour assainir leur bilan. Fin novembre, Ben Bernanke a ainsi annoncé qu’il garantissait 306 milliards de dollars d’actifs de Citigroup. Il a également annoncé le rachat de 500 milliards de dollars d’actifs reposant sur des emprunts immobiliers, 200 milliards pour acheter des actifs titrisés ainsi que 100 milliards de dette de Fannie Mae et Freddie Mac. The Economist estime le nouvel engagement à 800 milliards de dollars, qui sera financé… par la planche à billet !

Il est possible de chiffrer les montants pour lesquels nos banquiers centraux se sont engagés. À fin août, le bilan de la banque centrale Américaine était de 900 milliards de dollars. Fin octobre, il a atteint 2200 milliards de dollars et pourrait donc atteindre 3000 milliards de dollars fin 2008 en prenant en compte les nouvelles annonces de son président, soit une injection de 2100 milliards de dollars. La BCE voit les choses en un peu moins grand, mais ses statistiques, disponibles sur son site, montrent que les engagements des banques centrales de la zone euro sont passés de 2100 milliards d’euros en août à 2800 milliards en octobre, soit une hausse de 700 milliards en deux mois, en attendant les chiffres de novembre…

Un immense problème de responsabilité

Bref, les quelques 15 milliards d’euros de dépenses supplémentaires annoncées par Nicolas Sarkozy pour 2009 ne sont qu’une broutille par rapport aux engagements que prennent nos banquiers centraux. Jean-Claude Trichet et Ben Bernanke ont sorti leur chéquier pour sauver le système financier. Si le risque de dérapage inflationniste semble négligeable, du fait de la récession économique, le problème est que ce sont les banques centrales qui assument désormais la responsabilité des actifs pourris qu’elles ont acquis. Alors que leur bilan était essentiellement composé de bons du trésor, ils sont aujourd’hui remplis d’actifs risqués.

Et cela pose un immense problème de responsabilité dans la mesure où c’est bien l’Etat et les citoyens qui assument in fine la responsabilité de ces engagements. Mais alors que les gouvernements assument cette responsabilité devant les électeurs et le Parlement, les banquiers centraux, qui sont indépendants, peuvent prendre des décisions en toute liberté et sans la moindre conséquence pour eux-mêmes puisqu’ils ne peuvent pas être révoqués (pour huit ans dans le cas de la BCE…). Bref, les banques centrales prennent des engagements colossaux pour la collectivité sans avoir la moindre responsabilité politique.

Pour une re-politisation des banques centrales

La démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple. Le système actuel est un système où les banques centrales agissent en toute liberté et sans avoir de comptes à rendre pour sauver le monde financier en déversant des milliards que les Etats assument in fine. Pire, elles ne se préoccupent pas le moins du monde de l’économie réelle, pour laquelle on ne fait pas le quart de ce qui est fait pour les banques. On pourrait rétorquer que les banques centrales indépendantes ont apporté la stabilité monétaire. Mais, en Europe, ce sont les politiques qui ont tué l’inflation au début des années 80 avant de renoncer à exercer la politique monétaire dans les années 90.

Mais surtout, cette indépendance semble tous les jours plus aberrante quand on constate les engagements pris par les banquiers centraux, qui n’assument pas les responsabilités de leurs actes et ne sont contrôlés par personne. Comme le montrent bien Joseph Stiglitz dans « La grande désillusion » ou Robert Reich dans « Supercapitalisme », il ne faut pas confier à des organisations bureaucratiques des décisions éminemment politiques car leur décision sert essentiellement les objectifs de leur milieu et non ceux de la collectivité, qui en assument pourtant les conséquences. C’est pourquoi il doit revenir aux politiques de prendre (ou pas) ce genre de décisions, qui engagent l’ensemble de la collectivité, comme toute décision monétaire.

Les banques centrales ont engagé des sommes énormes de manière totalement opaque, sans le moindre débat et sans que le peuple ou les politiques ne puissent rien y redire. Comme pourrait le dire Emmanuel Todd, en matière de gestion de la crise, nous sommes un peu « après la démocratie »….

Laurent Pinsolle

Son blog

Source : The Economist 29 novembre, http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/bsheets/html/in...

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