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Pour la Pologne, accepter la Constitution serait une 'capitulation'



"Accepter le système de vote prévu par le traité constitutionnel actuel, et donc être relégué à la pire situation de toute l’Union européenne, serait une capitulation. Or une capitulation n’a jamais été un compromis. Ce qui n’empêche que nous sommes capables de faire des compromis." C’est l’avertissement, somme toute tempéré, du Premier ministre polonais Jarosław Kaczyński, adressé quelques jours avant la visite en Pologne du Président Nicolas Sarkozy. Au lieu de défendre le "non" du peuple français qui vient de l’élire à l’Elysée et se ranger aux côtés des Pays-Bas, de la Pologne ou de la Grande-Bretagne pour refonder l’Europe, il défend toujours l’idée d’un "Traité simplifié" reprenant en fait les parties I et II de la constitution européenne, le coeur nucléaire du traité rejeté. Il faudra que l’on nous explique maintenant quels sont, de tous les dangers de la constitution européenne débattus pendant la campagne référendaire, ceux qui seront évités avec le "nouveau" traité...




Pour la Pologne, accepter la Constitution serait une 'capitulation'

Le Premier Ministre polonais, dans un entretien accordé mardi au quotidien Le Monde estime que "La Pologne veut bien aller vers un compromis (…) mais il y a une différence entre la volonté du compromis et l'acceptation de tout". Une réponse directe à destination de Nicolas Sarkozy, qui lors de sa visite jeudi à Varsovie, rencontrera les premières difficultés de la politique et de la diplomatie internationale.

Le Premier ministre Kaczyński souligne que "l'acceptation du système de vote actuel en Europe, est déjà un compromis" car il est "pire que celui qui fonctionne actuellement" (...) "Le mécanisme de prise de décision prévu dans le traité constitutionnel, du point de vue de la Pologne - qui est la seule à avoir le courage de dire ouvertement ce qu'elle pense - contient des risques." En clair, il craint que des groupes de pays, "se retrouvent dans une minorité durable" sur toute une série de sujets cruciaux. Il rappelle en outre qu'il n'y a toujours aucune "délimitation nette entre ce qui appartient à l'Union et ce qui appartient aux Etats-nations", le comble en effet pour une Union qui prétend ne pas se substituer aux Etats-nations. Il en résulte que le principe de subsidiarité est une pure fiction compte tenu de la confusion dans le partage des compétences. M. Kaczyński craint à cet égard les nouvelles compétences accordées par le Traité à la Cour européenne de Luxembourg, "qui se prononce en général contre les prérogatives des Etats-nations", se comportant depuis toujours comme une cour suprême fédérale qui interprète moins le droit qu'il ne le crée pour renforcer sans cesse la supranationalité. 

La Pologne, longtemps privée de sa souveraineté pendant l'ère soviétique sait de quoi elle parle, toutes proportions gardées. Elle n'hésitera donc pas à faire usage de son droit de véto pour bloquer le futur traité européen si les choses devaient se dérouler comme à l'époque de la "Convention européenne", où tout a été décidé "par une poignée de présidents (...) sans la participation des futurs Etats membres", pour aboutir au fameux traité constitutionnel dont la forme et le contenu sont aux antipodes des exigences de la déclaration de Laeken en 2001 : "les principes qui étaient inscrits dans la déclaration de Laeken (décembre 2001), comme la subsidiarité, le renforcement de la position des Etats nations, la démocratie ou les référendums, ont tous disparu" rappelle le Premier ministre.

"Je ne crains pas une Europe allemande" indique-t-il ensuite mais "une Europe qui porterait en elle des conflits entre ceux qui se trouveront, sur les dossiers sérieux, en minorité et ceux qui pourront chercher, avec le temps, d'autres solutions pour eux-mêmes. C'est ce qui nous inquiète et ce que nous voudrions éviter".

Le Premier ministre polonais juge enfin "excellent" le bilan économique pour la Pologne de son adhésion à l'Union européenne avec des exportations qui ont quasiment doublé depuis 2004, une croissance haute (7,4 % au premier trimestre 2007). Rappelons que la Pologne, à l'instar du Danemark, du Royaume Uni ou de la Suède, profite ici au maximum de ne pas être encore dans la zone euro où la croissance est deux fois et demie plus faible que dans la zone "non euro". En outre, d'ici à 2013, la Pologne devrait recevoir encore 67 milliards d'euros d'aides européennes.

Jarosław Kaczyński conclut en dessinant une conception de l'Europe, que nous ne partageons pas complètement, mais originale dans son architecture. Elle devrait selon lui devenir "une véritable superpuissance" élargie à "l'Ukraine, la Turquie et les Balkans" et qui "tout en laissant une plus grande liberté aux Etats sur leurs affaires intérieures (...) crée une force réelle, une force armée, et une direction supranationale qui en disposerait" pour être "un véritable partenaire pour les Etats-Unis". Supranationale sur les questions stratégiques et militaires, donc atlantiste : voilà qui démontre l'une des finalités du supranationalisme - arrimer l'Europe à l'Amérique - et qui nous rappelle l'une des raisons qui nous avaient conduits à rejeter le traité constitutionnel (art I-41) 

La constitution européenne déguisée devrait être signée les 21 et 22 juin à Bruxelles. Auparavant, la Pologne qui accueille jeudi le nouveau chef de l'Etat français, a bien raison de souhaiter "plus de temps" pour "analyser et parlementer sur les questions clefs" et éviter ainsi les graves erreurs de méthode et d'orientation de la constitution européenne. Mais elle subit une intense pression diplomatique et politique pour la forcer à signer un traité dont elle ne veut pas.




Il est d'ailleurs surprenant que notre bouillant Président de la République, pourtant décidé à impulser un vrai changement, se soit résigné à ne rien toucher à l'orientation fédérale européenne (prise depuis l'Acte unique), se contentant de remplacer l'emballage du traité constitutionnel rejeté. Voilà une bien maigre ambition pour une Europe en panne et qui n'a pas tenu un quart de ses promesses... Quel redressement et quelles réformes Nicolas Sarkozy peut-il bien proposer aux Français sans commencer par celle de l'Union européenne, dont dépendent déjà 80% de nos lois et le niveau de notre croissance économique ? 




Le 7 juin dernier à Strasbourg, les eurodéputés, dont ceux de l'UMP, votaient une nouvelle fois un rapport sur le thème "non au non !", tel que le Parlement européen nous en gratifie depuis le 29 mai 2005, dans l'indifférence générale. Celui-ci est signé du tandem Baron-Crespo/Brok et exige "la poursuite du processus constitutionnel en cours, sur le base du traité constitutionnel, si nécessaire sous une forme différente" ( !) Ou comment trahir en chambre un vote référendaire démocratique. Un peu comme si tous les élus non-sarkozystes se réunissaient pour réclamer la démission du nouveau Président de la République et proclamer "la poursuite du processus d'accession de Ségolène Royal à l'Elysée, si nécessaire sous une forme différente". Là bien entendu, ce serait un odieux affront au suffrage universel, un déni de démocratie, un véritable coup d'Etat. Ses auteurs pourraient même être poursuivis pénalement. Mais c'est là heureusement de la pure politique fiction. Nul ne songe à remettre en cause les 53% de suffrages recueillis par Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007, ni l'élection imminente de 470 nouveaux députés UMP. Il s'agit "seulement" de s'asseoir sur le résultat d'un référendum et les 55% de suffrages du 29 mai 2005 qui ont dit "non" à l'Europe constitutionnelle. Ouf, on a cru la démocratie en péril...





Christophe BEAUDOUIN

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